Condamnée à perpétuité, Birgit Hogefeld, la dernière détenue de la Fraction Armée Rouge (RAF), allias la Bande à Baader, a été libérée le 20 juin après avoir passé 18 années en prison. A 54 ans, c’est sa conduite exemplaire en détention qui a motivé cette décision indique un porte-parole de cour d’appel de Francfort (Hesse). Le reste de sa peine a été commué en cinq années de mise à l'épreuve.
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 Birgit Hogefeld en 1986
© Bundeskriminalamt
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Née en 1956 à Wiesbaden, elle rejoint à 28 ans les rangs de la troisième génération de la RAF, groupuscule d’extrême gauche fondé en 1970 par Andreas Baader et Ulrike Meinhof. Tous ses anciens compagnons d’armes parmi lesquels burckhard Garweg, Wolfgang Grams ou encore Christian Klar (libéré en 2009) sont soit morts ou ont recouvré la liberté au cours des années 2000(voir encadré) .
Accusée Hogefeld, levez-vous !
Au long de sa relativement courte histoire, la fraction a tué 34 personnes, dont de nombreux responsables économiques et politiques, marquant de son empreinte une Allemagne de l’Ouest comme dépassée un moment par cette violence militante durant les « années de plomb ». C’est au cours de l’automne 1977, durant lequel elle organise plusieurs attentats meurtriers, quelques assassinats de hauts représentants de l’Etat, que l’organisation terroriste est la plus active.
Les faits dont se serait rendue coupable Birgit Hogefeld remontent pour l’essentiel à la période 1982-1993 (année de son arrestation à Bad Kleinen). Durant son procès il sera démontré qu’elle était un des principaux membres de cette troisième génération.Die Welt nous rappelle en effet qu’ elle aurait en effet eu un rôle éminent dans l’organisation de plusieurs attaques dont la conduite d’un attentat à la bombe sur la base aérienne de Francfort le 8 Aout 1985, ayant causé la mort de trois personnes et fait une vingtaine de blessés, ainsi que dans l’assassinat d’un soldat américain. En 1996, le tribunal condamne Birgit Hogefeld à la perpétuité. On lui a également reproché d’avoir participé à la tentative d’assassinat du futur président de la Bundesbank Hans Tietmeyer et de son chauffeur. En 1998, la Cour, manquant de preuves, a cependant retiré ce dernier chef d’accusation. Pour tous ces crimes elle écopa de la réclusion à perpétuité.
Birgit Hogefeld n’en n’était pas à sa première demande de libération. Elle en avait déjà adressée une en 2004 ainsi qu’en 2010.Toutes deux rejetées à cause de son manque de coopération quant aux crimes non élucidés attribués à la RAF.
B2B Hessen met l’accent sur les conditions assez strictes du contrôle judiciaire auquel elle devra se soumettre pendant 5 ans, soit la durée la plus longue prévue par la loi. Elle aura entre autres l’obligation de notifier tout changement d’adresse, ainsi que de rencontrer un agent de probation avant et après chaque déplacement à l’étranger.
Le temps de la rédemption
Dès 1993, Birgit Hogefeld a pris ses distances avec la RAF, appelant même lors de son procès ses camarades à «déclarer la dissolution de la RAF» ajoutant que ce combat appartient à une «époque révolue».
Le Spiegel insiste sur son comportement irréprochable durant son séjour en prison et précise qu’elle commence des études littéraires pour lesquelles elle fait preuve d’une grande détermination et entreprend même un doctorat. En raison à cette attitude positive, un régime de semi-liberté lui est accordé en 2009 grâce auquel elle peut travailler dans une maison d’édition.
La remise en liberté d’une des figures de proue de la troisième génération de la RAF s’est globalement faite dans une relative discrétion .La presse anglo-saxonne et plus particulièrement les journaux américains ont cependant largement relayé l’information, essentiellement à cause de son implication dans la mort de soldats américains
Aujourd’hui encore, l’extrême gauche inquiète
Cette page de l’histoire n’est cependant pas complètement tournée. En effet l’enquête sur l’assassinant du procureur fédéral Siegfried Buback en 1977 a été relancée à la suite de la découverte de nouvelles traces ADN exploitables. Ces nouveaux éléments ont permis de mettre en cause Verena Becker, graciée en 1989, qui comparait depuis fin 2010 au tribunal de Stuttgart.
Cette libération s’inscrit dans un contexte de résurgence de l’activité des groupuscules d’extrême gauche. Le Ministre de l’intérieur de Basse-Saxe, Uwe Schünemann (CDU), souvent décrit comme conservateur au sein de la CDU, perçoit qu’à l’échelle nationale il y a une « réelle augmentation des violences dues à ces terroristes » qu’il estime à 70%. Dans un entretien accordé au quotidien populaire Bild, il reproche à l’Etat fédéral son « manque d’implication » voire même un certain laxisme. Il appelle à une bien plus grande sévérité contre les auteurs de violence commis par des groupuscules d’extrême gauche et ajoute que «le travail éducatif doit être considérablement amélioré ».
En avril 2011, un incendie volontaire s’est déclaré dans un poste de police dans le quartier de Friedrichshain(Berlin). Le 24 mai dernier, c’est cette fois la gare d’Ostkreuz (Berlin) qui a été prise pour cible. Dans les deux cas les enquêteurs ont très rapidement privilégié la piste terroriste d’extrême gauche. Mais à la différence des années 70-80, il n’y a pas de groupe clairement défini comme la Bande à Baader ce qui rend les investigations policières bien plus compliquées.

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