

Qui pourrait imaginer une Allemagne sans bière? "Ce serait un peu comme le ciel sans étoiles", ironise Oskar Neumann, serveur dans un café berlinois. A chaque région, sa bière: la Weizen en Bavière (bière blanche), la Schwarzbier en Thuringe (brune) ou encore l'Export, une blonde qu'on trouve surtout dans la Ruhr. Les marques incarnent souvent l'esprit d'une ville. La "Beck's" est la bière de Brême, la "Schultheiss", celle de Berlin, la König Pilsener, dit aussi "Köpi", celle de Duisburg.
A travers la bière, les Allemands défendent leur identité régionale: n'allez pas commander à Düsseldorf une "Kölsch", la bière de Cologne. D'une part, vous ne la trouverez pas. D'autre part, votre demande pourrait être considérée comme une provocation (amicale) car les deux grandes villes rhénanes entretiennent une rivalité ancestrale. Et à chaque bière, son verre: la Kölsch se boit dans des petits verres cylindriques hauts et étroits. La "Alt Bier" de Düsseldorf, plus foncée, est servie dans des verres plus petits et plus larges.
La mondialisation est venue rompre l'image idyllique des 1274 brasseries allemandes (un tiers des brasseries dans le monde). Lorsque Beck's a été repris par le géant belge Interbrew, il y a cinq ans, Brême a été bouleversée. "Ce fut un scandale quand notre bière, qui fait partie du paysage de ma ville, est tombée aux mains d'un groupe étranger", se souvient Katrina Schneider, originaire de cette ville de la Hanse.
Les Allemands ne font pas le poids face aux géants du secteur. A lui seul, l'Américain Anheuser-Busch produit autant que tous les brasseurs allemands réunis. Alors que le Néerlandais Heineken produit plus de 100 millions d'hectolitres par an, le premier groupe allemand, Radeberger, ne dépasse pas les 14 millions d'hectolitres!
Les brasseurs allemands n'ont pas les moyens financiers de se regrouper. Ils doivent donc ouvrir leur capital aux étrangers. Le groupe hambourgeois Holsten, qui était le numéro 1 sur le marché, n'a pas résisté à la pression. Il a été repris en 2003 par le Danois Carlsberg.
Cantonnées sur leur marché intérieur, les brasseries souffrent aussi d'une baisse de la consommation. Les Allemands délaissent leur traditionnelle chope de bière pour le ballon de rouge. Bien qu'ils fassent encore partie des plus grands buveurs d'Europe, derrière les Tchèques et les Irlandais, ils ingurgitent désormais 115 litres par an contre 151 litres il y a 30 ans.
Au pays de la "Reinheitsgebot" (loi de 1516 instituant les strictes règles de fabrication de la bière), les étrangers sont donc accueillis en sauveurs. Les représentants du personnel de Beck's avaient approuvé le rachat en 2001. Et le groupe Bavarois BrauHolding a accepté dans son capital l'entrée du Néerlandais Heineken, numéro 3 mondial, pour assurer son développement à l'étranger.
Selon la Fédération des brasseurs allemands (DBB), les consommateurs n'ont rien à craindre pour l'avenir des bières allemandes. "Les grands groupes étrangers n'achètent pas des brasseries pour y produire leurs propres bières mais pour reprendre des marques", estime le président de la fédération. "L'important, c'est que la qualité soit préservée", dit-il.
Christophe Bourdoiseau
Voir aussi :
>>>L'Oktoberfest, entre tradition et beuverie
>>>L’improbable victoire de la Kro !
>>>Petit lexique brassicole pour qui aime goûter en connaissance de cause
>>>A l'école de la bière
>>>Le Reinheitsgebot, qu´est-ce que c´est ?
>>>Bière cherche nouveaux amateurs
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Ma chère Madame,
mon cher Monsieur,
votre article est tres bon......
Aurevoir de
Gerhard Behrendt
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