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 Le shéma peut être un peu éculé de la famille comme lieu de toutes les névroses
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Une famille, un week-end, une maison : voici le cadre choisi par Hans Christian Schmidt pour Was bleibt (« Ce qui reste ») qui est aussi un des trois films allemands en compétition à la Berlinale. Névrose familiale très ancrée dans le modèle patriarcal de l’Allemagne de l’Ouest.
“Was bleibt” est comme un petit théâtre. De l'extérieur tout semble en ordre. Deux fils de famille bien faits et engagés chacun dans des relations stables. L'ainé Marko (Lars Eidinger) est écrivain, le plus jeune (Sebastian Zimmler) dentiste . Le père Günter (Ernst Stötzner) était à la tête d'une maison d'édition et jouit d'une toute récente et confortable retraite La mère Gitte (Corinna Harfouch) est femme au foyer. Pour compléter la photo de famille il faut ajouter le petit fils “Zowie” (fils de Marko). Le spectateur accompagne l'écrivain Marko qui habite Berlin et rend visite à ses parents pour le temps d'un week-end.
La maison parentale qui se trouve du côté de Bonn est du meilleur goût scandinave moderne. Des livres, des tableaux, une cuisine design : tout est calme, luxe et névrosé. On comprend que tous n'aspirent qu'à l'harmonie liée à un bon moment passé en famille ( “Enfin nous voila tous ensemble").

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 La mère Gitte (Corinna Harfouch) une femme au foyer qui ne veut plus jouer le jeu attendu menace le fragile équilibre familial
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Mais Gitte à l'occasion d'un petit discours au début du repas confesse ne plus prendre ses antidépresseurs depuis deux mois. Les autres se montrent choqués. La décision de Gittes menace le fragile équilibre familial. Soudainement Gitte ne serait plus malade, et plutôt que de continuer à être handicapée, elle handicape les autres. Le voyage d'étude que prévoyait Günter en Jordanie et en Israël afin de mener à bien des recherches pour son livre “Strategie narrative des Assyriens et Sumériens” est tout à coup compromis. Günter n’est pas vraiment sûr de pouvoir laisser Gitte sans médicaments.
Quant à partir avec elle : c’est inenvisageable. Gitte est blessée ne serait-ce que parce qu’il n’avait pas jugé nécessaire de la prévenir du projet de voyage. Le dentiste craint de devoir faire face à une nouvelle crise de Gitte. Il devient vite clair pour chacun que Gitte aurait mieux fait de continuer à prendre ses comprimés. Progressivement émerge la vérité : l'infidélité du père derrière le voyage prévu, la faillite du cabinet du fils dentiste, le couple vacillant du fils écrivain. Autant d'éléments que Gitte a du mal à digérer. Au petit matin elle part en voiture pour ne pas revenir. Grande perte pour le spectateur que la disparition du seul personnage ayant un réel potentiel d'évolution.
démarche narrative aussi étouffée que la situation décrite
Fondamentalement il y a une force comique dans cette histoire, tant les modes relationnels sont arrêtés, figés, tant le père est imprégné de patriarcat, et tant les bons fils se donnent de la peine.
Mais “Was bleibt” est un drame. L'histoire de conflits sourds, de mensonges existentiels et de leur dissimulation sous le couvercle du raisonnable bourgeois. Une situation qui laisse peu de place à l'expression et à la confrontation des sentiments. Tout est comme étouffé. Malheureusement le film relève d'une démarche narrative elle aussi étouffée. Dans un rythme constant et étale le film se traîne de dépit en dépit. Tout cela dans un décor idoine : mobilier, habits tout est de bon goût! On mange des bonnes choses avec du vin fin.
Techniquement le film est d'une facture exigeante. Et ce soin est comme un reflet des attentes du très bourgeois foyer familial auquel il semble exclu de contrevenir.

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 Costumes, mobilier, le bon goût bourgeois omniprésent jusqu'à la facture du film
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Les acteurs incarnent à la perfection ce drame bourgeois autour des non-dits. Impeccable! Rien à dire ! On se sent comme soi-même invité par ces parents dont la relation se limite depuis longtemps à celle qui unit des copains.
Le film est sympathique. Peut être le vécu des deux trentenaires à l’origine du long métrage (le scénariste et le metteur en scène) explique pour une grande part l'approche du film. Un foyer parental de la bonne bourgeoisie, une certaine aisance, des études de cinéma dans une grande ville et puis ces retours à la maison familiale le temps d'un week-end où dans ce cocon sécuritaire sourd l'infortune maternelle, typique de la femme au foyer de l'Allemagne de l'Ouest. C'est bien gentil de la part de ces fils de se montrer sensibles et d’essayer de faire face à la situation.
En revanche il est certainement moins gentil de ne pas laisser d’échappatoire à la mère hors de son rôle de victime. Pas vraiment gentil non plus de sembler gênés que l'image maternelle ne colle plus aux attentes sans pour autant réaliser que cette image n'a jamais collé à la réalité.
D’une certaine manière le côté conservateur des auteurs semble tellement prégnant que le film a du mal à trouver son point de vue sur son sujet. En témoigne des phrases telles que celle-là : “Ma grande peur, c’est que Tine trouve un nouveau type et que Zowie l’appelle papa.” Une confession faite à samère par Marko en instance de séparation. Il n’a pas peur de perdre sa compagne ou son fils. Non, la peur porte sur une éventuelle perte statut. En clair, le risque de ne plus être “Papa” paraît moins grave que le fait que personne ne l’appelle ainsi.
Pas une fois dans le film, ni même durant la conférence n’a été établi le lien entre la dépression de la mère et le fait d’être femme au foyer. (A moins que ce soit si évident, qu'il n'est pas nécessaire de l'évoquer?)
absence de lien clair entre dépression et le statut de femme au foyer

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 Marko, un père qui craint de perdre son statut de père après la séparation. Une menace classique dans la société ouest allemande
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La dépression est uniquement présentée comme le fruit d'un destin individuel. La faute à pas de chance en quelque sorte.
Le film semble délivrer un message clair : Gitte aurait pu être une femme au foyer épanouie et Il n'y aurait en fait pas eu de problème si elle n'avait pas eu cette dépression!
C'est un petit peu comme si l'on disait : un verre m'est tombé des mains et aussi longtemps qu'il ne rencontre pas le sol tout va bien. Manque de chance, au dernier moment il se brise sur le carrelage!
Ruth Herzberg
16.02.12