Avec son nouveau film « Rebelle », Kim Nguyen est le premier réalisateur québécois présent dans la compétition officielle de la Berlinale depuis 13 ans.
Pour son quatrième long métrage en dix ans, Kim Nguyen nous amène en République Démocratique du Congo, à la rencontre de Komona, enfant soldat, qui raconte son histoire tragique au bébé qu'elle porte en elle.
Tourné l'été dernier en RDC, ce long-métrage laisse la part belle à la liberté de jeu. La majorité des acteurs par exemple, dont l'actrice principale, ne sont pas des professionnels.
La première projection publique du film aura lieu jeudi 17 février au Berlinale Palast. Rencontre avec Kim Nguyen, représentant du Québec dans le froid hiver berlinois.


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 Affiche du nouveau film de Kim Nguyen
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La Gazette : Quelle a été votre réaction à l’annonce de la sélection à la Berlinale ?
Kim Nguyen : Cette sélection a été une grande surprise. Tout d’abord, nous ne pensions pas pouvoir terminer le film à temps pour la Berlinale. Mais comme nous voulions sortir le film au printemps dans les salles québécoises, nous avons pensé que le festival de Berlin serait une bonne porte d’entrée vers le public, afin que les gens commencent à découvrir le film. En décembre 2011 nous avons donc soumis « Rebelle ». Mais la date de limite de dépôt des films était déjà passée et les sélectionneurs de la Berlinale ont d’abord refusé notre candidature. Avec un peu d’insistance et avec la présentation du synopsis, les sélectionneurs ont accepté de faire une exception et ont décidé de peut-être faire concourir le film dans une section parallèle du festival (panorama ou forum). Puis un jour nous avons reçu un courriel, nous annonçant que le film était sélectionné dans la compétition officielle. La surprise a donc été d’autant plus grande que nous étions certains que la sélection était déjà arrêtée depuis décembre. Nous étions très contents.
La Gazette : Comment s’organise votre vie à Berlin durant le festival ?
Kim Nguyen : Je pensais au début du festival que la semaine serait assez tranquille et puis il y a eu beaucoup de demandes d’entrevues et beaucoup d’évènements avec les délégations du Québec et du Canada. Tout cela est très prenant. J’aimerais avoir plus de temps pour visiter la ville car je trouve que Berlin bouillonne culturellement.
La Gazette : Vous définissez-vous comme un « fier » représentant du Québec, bien que votre film se passe en Afrique?
Kim Nguyen : Absolument, je suis Québécois et Montréalais avant tout. Mais je pense qu’il serait dommage que les cinéastes ne parlent que de l’endroit où ils habitent. La culture est quelque chose qui nous habite obligatoirement et qui ne doit pas rester une simple définition géographique. Je me sens vraiment Québécois car je pense que le Québec du 21ème siècle est très syncrétique, c’est-à-dire qu’il se définit par un fort mélange des genres. De là, naît une redéfinition de qui on doit être et de qui on est, mais je crois qu’avec notamment la globalisation, les frontières nationales ne sont plus qu’un facteur parmi tant d’autres qui définissent l’identité, et cela est d’autant plus vrai dans le contexte québécois.


La Gazette : Pourquoi cette envie de tourner vos deux derniers films en Afrique ?
Kim Nguyen : Je n’ai pas vraiment eu le désir de tourner en Afrique. C’est un pur hasard si les deux histoires qui m’ont inspiré se déroulaient l’une en Afrique du nord et l’autre en Afrique subsaharienne. Mais le prochain film que j’anticipe de faire sera un chassé-croisé qui s’appelle « L’origine du monde ». Il y aura beaucoup d’humour dans le film, de l’humour par contraste entre différentes sociétés et un des chapitres du film sera certainement tourné au Québec.
La Gazette : L’histoire avec Rachel Mwanza, l’actrice principale de « Rebelle » est particulière, pouvez-vous nous en parler ?
Kim Nguyen : Rachel est une enfant de la rue que l’on a découvert lors d’un casting sauvage et qui jouait pour la première fois à l’écran. Avec Rachel c’est comme si j’avais trouvé une virtuose du jeu. Elle a un talent naturel incroyable. On tournait et elle était imprégnée du moment d’une façon exceptionnelle. Elle n’avait aucune peur et avait un courage incroyable lorsqu’elle jouait. Je n’ai jamais travaillé avec quelqu’un qui avait autant de talent. Elle arrive jeudi 16 février à Berlin. C’est la première fois qu’elle sort de Kinshasa et je pense qu’elle doit être très excitée par l’idée de venir ici et d’aller acheter sa robe pour la soirée de gala.

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 Les deux acteurs principaux de "Rebelle" : Rachel Mwanza et Serge Kanyinda
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La Gazette : Jouons à un jeu : c’est le soir de la remise des prix et vous voilà un ours en mains, que dites-vous?
Kim Nguyen : Difficile question. Une chose est certaine, c’est que le travail du scénario pour ce film a également été un travail sur moi-même. En présentant des réalités aussi fortes, cela m’a amené à réfléchir sur ma place dans le monde et à me rendre compte à quel point la résilience humaine est mise en valeur dans des situations extrêmes. Cela m’a amené à beaucoup relativiser sur les expériences de ma propre vie.
La Gazette : Et que penserez-vous de l’expérience de la Berlinale si vous repartez les mains vides ?
Kim Nguyen : Au moins je n’aurais pas de discours à faire (rires). Sérieusement, je ne serais pas déçu car ma récompense suprême pour ce film est autre. C’est en effet la première fois que le film que je vois à l’écran correspond exactement au film que je pouvais voir inconsciemment dans ma tête. Je pense que cela n’arrive pas souvent dans une vie de cinéaste. Cette réussite est dû au fait que j’ai cassé mon moule de travail habituel pour ce film là, en comparaison par exemple avec mon dernier film, La Cité (2012). Je suis content d’avoir travaillé différent, en laissant une place beaucoup plus grande à l’improvisation. On a laissé tomber le découpage technique, les répétitions. On démarrait seulement la caméra et puis on y allait. J’espère que les gens vont ressentir une espèce d’urgence de vivre en visionnant mon nouveau film.
Propos recueillis par Sarah Maquet
15.02.2012
Canada 2012, 90 Min
en français et Lingala
Réalisateur
Kim Nguyen
Acteurs
Rachel Mwanza
Alain Bastien
Serge Kanyinda
Ralph Prosper
Mizinga Mwinga
Où et quand pendant la Berlinale :
Le 17 février à 16h30 au Berlinale Palast
Le 18 février à 9h30 au Friedrichstadt-Palast
Le 18 février à 17h30 à la Haus der Berliner Festspiele
Le 18 février à 20h30 au Friedrichstadt-Palast
Le 19 février à 19h au Berlinale Palast