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 Klaus Wowereit (SPD), à la tête de Berlin depuis 10 ans est en passe d'entamer un nouveau mandat de cinq ans.
© be berlin
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Mettant fin à la super année électorale*, les élections régionale et municipale de Berlin se tiennent dimanche 18 septembre. Dans la dernière ligne droite, la reconduction de Klaus Wowereit étant quasi-acquise, trois enjeux demeurent : le partenaire de coalition du SPD (à nouveau Die Linke ou les Verts?), sortie de route du FDP (moins de 5%?), et émergence du parti des pirates (+/-9%?).

incontournable Klaus Wowereit
Depuis dix ans déjà, la ville-État de Berlin est dirigée par des coalitions** ayant à leur tête le parti social-démocrate (SPD), avec pour maire*** Klaus Wowereit. Celui-ci est encore aujourd’hui en course pour le poste de “bourgmestre-régnant“. Pourquoi ce titre ? Parce qu’il regroupe deux élections bien distinctes. La ville de Berlin n’est pas qu’une municipalité mais également l’un des seize Länder allemands, spécificité que la capitale partage avec les deux autres "villes-états" du pays : Hambourg et Brême. Cette superposition des compétences, liée au fédéralisme, fait de la capitale fédérale un enjeu à double titre pour les partis politiques : tant du point de vue municipal que du point de vue régional, influant donc au niveau fédéral. L'occupant de la "Rotes Rathaus"**** n'est donc pas un maire comme un autre, ni même un ministre-président parmi d'autres. Autant dire qu'à deux ans des élections fédérales (sauf changement de calendrier!), les résultats seront riches d'enseignements. Par ailleurs dans l'histoire de la République fédérale la capitale a déjà donné un chancelier et un président, or Klaus Wowereit ne nie pas que la chancellerie est loin de le laisser indifférent.

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 L'an passé, la candidature des Verts, Renate Künast, tenait la dragée haute à l'actuel maire de Berlin. Entre temps, l'euphorie s'est estompée, et laisse place à l'espoir d'être choisi dans la coalition au pouvoir.
© Heinrich-Böll-Stiftung
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Malgré les rebondissements – les sondages prévoyaient il y a encore un an le possible succès de la candidate des Verts Renate Künast –, la victoire de Klaus Wowereit annoncée par les enquêtes d'opinion ne fait aujourd’hui plus guère de doute. Toutefois, si dans ces dernières jours de campagne, le débat semble plutôt inerte, les thèmes durant la campagne ont été divers et animés, l’éducation et la sécurité occupant le devant de la scène.

L’éducation au cœur du débat dans la ville la plus prolifique d’Allemagne.
Le premier motif de mobilisation autour de l’éducation est lié à la très forte natalité de la capitale fédérale. Le constat est rapide. En se promenant dans les rues des quartiers de Friedrichshain ou Prenzlauer Berg, (ce dernier ayant le taux de natalité le plus élevé d'Allemagne), difficile d'échapper aux omniprésentes poussettes. Il n’existe en Allemagne pas d’école maternelle gratuite et généralisée. Mais Berlin, héritage de la RDA oblige, assure une prise en charge de la petite enfance bien meilleure que la plupart des villes allemandes. Contrairement à ce qui a longtemps été la norme à l'ouest il n'est ici pas incongru de confier son enfant à un jardin d’enfants (Kindergarten ou “Kitas“ de Kindertagesstätte) dès le plus jeune âge. Les mères ne sont donc pas ici tenues de "sacrifier" six ans de leur vie exclusivement à leurs chérubins et peuvent ainsi continuer leurs carrières professionnelles, si tant est que le marché du travail sclérosé de Berlin leur permette. Toutefois, les places d'accueil des jeunes enfants demeurent insuffisantes. Par ailleurs ces institutions accueillant des enfants de quelques mois jusqu'à l'école primaire, la question du contenu pédagogique fait depuis quelques années débat. L'école maternelle à la française étant bien souvent citée en exemple. À droite comme à gauche l'amélioration tant qualitative que quantitative de l'accueil de la petite enfance a donc été un thème brûlant. La démographie vivace de la capitale expliquant en grande partie ici cette préoccupation.

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 Résultats du classement de l'étude PISA inscrits sur le tableau d'une salle de classe en Corée du Sud. On y voit que l'Allemagne est classée 9ème.
© Jens-Olaf
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Mais l'enfance ne s'arrête pas à six ans. L’éducation étant une compétence relevant des Länder, c'est aux états fédérés, de déterminer le budget, ainsi que l'organisation de la scolarité. Or depuis quelques années, des études comparatives nationales et internationales – au premier rang desquelles la fameuse étude PISA – pointent le faible niveau des élèves berlinois. Les enchères ont donc monté quant aux solutionx pour améliorer situation. Assainissement des installations existantes, augmentation du nombre de professeurs, tout aura été bon pour rassurer l’électeur parent d'élève.
Ne manquant pas d'esprit d'à propos certaines listes d’extrême droite, mais aussi la CDU, n'ont d'ailleurs pas hésité a faire le "crossover" avec l'autre grand thème de la campagne : la sécurité. Ainsi les violences scolaires synthétisent aux yeux de ces contradicteurs de l'équipe sortante un bilan catastrophique.

La sécurité, sujet "brûlant" mais qui ne renversera pas la campagne
Brûlant, tel a été également l’autre sujet en vogue à Berlin. En effet, la sécurité a resurgi dans les dernières semaines de la campagne électorale, sur les braises de la saga des voitures brûlées dans les allées des quartiers riches de Berlin, provoquant la peur et la stupeur des habitants comme des politiques.

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 "Sous la coalition Rouge-Rouge : 4140 policiers en moins. Mais 30 897 délits dans les transports publics."
L'accent est porté sur la sécurité et l'augmentation du nombre de forces de l'ordre du côté de Frank Henkel, candidat de la CDU.
© Romain Rivet
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Faisant feu de tout bois, la CDU a donc insisté sur la nécessité du développement des forces de l’ordre dans la capitale. Une préoccupation servie certes par le comptage des voitures en cendres évoquées chaque matin dans la presse mais aussi par exemple par l'ouverture du procès des deux lycéens auteurs d'une agression extrêmement violente dans le métro cette année. « Ordre » et « sentiment de sécurité en hausse » ont donc été les leitmotivs d'une campagne toujours délicate pour le parti chrétien-démocrate à Berlin. Les affiches ont ainsi souligné les effectifs insuffisant des policiers, alors que le nombre de voitures brûlées depuis janvier s’étalait dans un coin de celles-ci. Les conservateurs et leur chef de file, Frank Henkel, en axant leur argumentation sur le réflexe sécuritaire et la peur ont joué là leur va-tout dans ce qui à bien des égards a pu s'apparenter à une campagne de témoignage tant la gauche est majoritaire dans la capitale.

Des thèmes secondaires qui en disent pourtant long sur l'état de santé de la capitale fédérale
D’autres thèmes abordés durant la campagne finissent de parfaire le visage de la capitale au début de cette nouvelle décennie. En ce qui concerne le quotidien des Berlinois, les nombreux problèmes du S-Bahn (trains urbains, équivalent des RER français) ont divisé les tenants de la gestion privée ou publique des transports de la capitale.

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 "Pourquoi la coalition Rouge-Vert (SPD-Les Verts, ndlr) souhaite-t-elle introduire une limitation de vitesse à 30 km/h ? Pour que l'avance sur les S-Bahn en panne ne soit pas si visible."
© Coralie Jacquier
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Les 30 km/h généralisés évoqués un moment par le Verts ont aussi inspiré les contradicteurs, pour le meilleur et pour le pire. Ainsi les libéraux du FDP avec un choix visuel très improbable (longs textes bleu clair sur fond jaune) ont par exemple railler la limitation de vitesse pour rappeler les défaillances des transports publics.
Beaucoup plus hasardeux, le NPD (extrême droite) a affiché un message qui a choqué beaucoup de Berlinois : "Gas geben". Littéralement "Donner du gaz", l'expression signifie en fait accélérer. L'affiche où figurait le chef du parti extrémiste Udo Voigt en tenue de cuir enfourchant une moto, a fait l'objet d'une plainte. Mais le jugement du tribunal a rejeté l'interdiction, expliquant que le message pouvait certes avoir plusieurs sens, mais que l'on ne devait pas nécessairement retenir le plus gênant. De l'humour nauséabond aux forts relents de Ziklon B.
L'humoriste Martin Sonneborn et son "Spaß-Partei" ("le parti d'en rire" ou le parti du plaisir") ont entre temps détourné l'affiche controversée en gardant le slogan mais en remplaçant l'image par une photo de l'accident de voiture qui fut fatal au populiste autrichien Jörg Haider.

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 L'affiche du parti d'extrême-droite NPD, détournée par les membres de Die Partei ("Le Parti") avec, en fond, la photo de l'accident de Jörg Haider.
© epha
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Les libéraux ont aussi essayé localement de capitaliser sur la hargne que génère un certain Jens-Holger Kirchner (Verts), conseiller à l'ordre public dans la mairie d'arrondissement du quartier de Pankow. Complètement inconscient de l'exaspération à son égard, cet étrange fanatique anti-voiture a mis en place à Prenzlauer Berg un système de stationnement payant et a tout de même la prétention de devenir maire d'arrondissement. Le FDP rappelle sobrement que pour harceler les habitants, M.Kirchner n'a pas hésité à embaucher 90 contractuels, alors que pour l'hygiène (qui relève du même personnage) seuls 9 contrôleurs sont à l'œuvre.
L’inflation des loyers est également de la partie. Sans réussir à faire vaciller le leadership du SPD, qui ne s’émeut pas de la hausse des prix, cette thématique résume à elle seule l’ambiguïté de la capitale fédérale, tiraillée entre son attractivité qui fait d’elle l’une des grandes métropoles européennes, et la relative pauvreté de sa population, dont le tiers dépend des aides sociales. L’éternel débat de la gentrification et de ses conséquences n’en finit pas de diviser. Le profil très populaire de la capitale fédérale peut-il changer ? Cette campagne électorale n’aura sans doute pas permis d’y répondre, la victoire de Klaus Wowereit ne faisant que peu de doute.
Toutefois, celui-ci aura fort à faire lors du choix de son partenaire de coalition. Maintiendra-t-il son partenaire Die Linke ou optera-t-il pour la collaboration avec les Verts ? C’est sans doute de ce choix que dépendra l’avenir de la capitale : un signe vers les classes populaires ou le choix – quoi qu’on en dise – d’un Berlin plus bourgeois.

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 Badges du Piratenpartei.
© mrbendig
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Dans un contexte de coalition fédérale CDU-CSU/FDP fragilisée après les déclarations du vice-chancelier Rösler sur une possible faillite de la Grèce, les résultats des libéraux qui pourraient ne pas dépasser les 5% et donc ne pas avoir d'élus seront suivis avec fébrilité.
La seule vraie surprise pourrait venir du score du PiratenPartei. Le parti des pirates, d'inspiration libertaire, très marqué par la culture internet est crédité dans les derniers sondages de 9%. Si ce chiffre était confirmé, on assisterait à l'émergence d'une nouvelle force politique avec laquelle il faudrait compter à Berlin...et en Allemagne. Révélateur d'un certain rejet du personnel politique actuel en général, une percée du parti orange, ferait surtout de l'ombre aux Verts.
Réponse dimanche 18 septembre.
Alban Genty & Régis Présent-Griot
16.09.11
*Une Superwahljahr, "une super année électorale", correspond à une année ou plusieurs rendez-vous électoraux se succèdent. Ainsi en 2011 pas moins de 7 éxécutifs de Land auront été renouvelés : Hambourg, Haute-Saxe, Bade-Wurtemberg, Rhénanie-Palatinat, Brême, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et enfin Berlin. Sur ce sujet lire cet article : lagazettedeberlin.de/2011-superwahljahr-6484.html
**de 1990 à 2001 une "grande coalition" CDU-SPD soutient le maire CDU Eberhard Diepgen. En juin 2001 à la suite d'un scandale bancaire berlinois l'impliquant, M.Diepgen est renversé par une majorité SPD-Vert-PDS (ex-communistes) et remplacé par Klaus Wowereit qui va gouverner quelques mois un sénat (exécutif local) SPD et Verts, le PDS ne s'opposant pas. En octobre de la même année, après les élection anticipé c'est une coalition rouge-rouge (SPD et PDS) qui va soutenir M.Wowerreit. En novembre 2006 c'est une chambre des députés berlinoise issue des élections de septembre qui le reconduit avec une seule voix d'avance jusqu'à aujourd'hui.
*** l’appellation officielle du maire de Berlin est "Regierender Bürgermeister", que l'on pourrait traduire par maire ou bourgmestre gouvernant. Toutefois les documents officiels en français de la mairie retiennent l'expression "bourgmestre régnant". L'expression semble avoir été trouvée pour distinguer durant la partition du pays et de la ville le maire de Berlin-Ouest du maire de Berlin-Est qui était un "Oberbürgermeister".
****La Rotes Rathaus, "la mairie rouge", ne fait pas référence à la couleur de la coalition dirigeante, mais à la couleur du bâtiment de briques hébergeant à nouveau depuis 1991 l'administration centrale et l'exécutif (Sénat) berlinois. Pour l'anecdote la tour surplombant le bâtiment du XIXème siècle est inspirée par les tours de la cathédrale gothique de Laon (nord-est de la France).