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 Sur les berges de la Spree à B erlin, un immense complexe internalional est né dans d’anciens entrepôts. La fin des Zwischennutzung?
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Plus de 20 investisseurs érigent une nouvelle ville au bord de l'eau sur les terrains en friche d'une ancienne zone industrielle berlinoise.
Le portail rouillé est entrouvert. Il suffit de pousser un peu pour se faufiler dans la cour. L'herbe pousse drue entre les pavés du 16 de la Köpenicker Strasse, à Kreuzberg. Nous sommes le long de la Spree, la rivière de Berlin, qui marquait la frontière avec l'est communiste. L'endroit a gardé sa tristesse grisante des années du Mur. Il y a une "Fabrik" en brique rouge, comme il en existe des dizaines dans cette ancienne zone industrie.
Dès qu'on approche de la rive, le décor change. Ici, le Berlin "hype" a pris ses quartiers. "Spindler & Klatt" offre "locations", "club event", "dining room" et "opium room". Les nouveaux amuseurs sont installés dans l'ancienne boulangerie industrielle qui fournissait, il y a un siècle, du pain aux soldats de l'armée de terre (Heeresbäckerei).
Sur les deux rives de la Spree, s'érige un nouveau quartier de verre et de lumière. Entre Jannowitzbrücke et Elsenbrücke, 23 investisseurs veulent reconquérir les rives abandonnées sur près de 4 kilomètres. "Media Spree" a l'ambition de faire naître ici le "quartier des médias, de la mode, de la musique et des services".
Des bâtiments transparents doivent s'intégrer dans la brique des anciens réservoirs, usines de confitures, entrepôts et stations hydrauliques du début du XXe siècle. On a fait appel à des architectes connus (Axel Schultes, Kühn & Kühn, Helmut Jahn, Kollhoff) pour aménager 120 hectares, faire sortir de terre plus d'un million de m2 de bureau et héberger 30.000 emplois. Le volume d'investissement est de 2,5 milliards d'euros.
Avec l'installation de MTV et du siège allemand d'Universal, en 2002, le projet, jusqu'ici inconnu du public, a vraiment pris son envol. Le syndicat des services (Verdi) est installé. La régie des transports en commun (BVG), les services de nettoyage (BSR), les activités portuaires (BEHALA) et la Deutsche Post doivent suivre. Quant au groupe américain de divertissement AEG, il construit une arène multifonction pour 150 millions, le plus gros investissement du projet jusqu'à présent. La "O2 World Arena" pourra accueillir 17.000 spectateurs.
Le quartier a ses atouts. Il attire les touristes avec la East Side Gallery, un morceau de Mur transformé par des artistes sur près de deux kilomètres. Les noctambules se concentrent autour du pont "Oberbaum", fréquentant les boîtes de nuits et les bars "lounge" les plus courus de la capitale.
Mais la renaissance des "Fabriken" ne plaît à tout le monde. Les habitants craignent que la spéculation immobilière n'oblige les familles les plus modestes à quitter les lieux. Un mouvement de protestation a appelé à "saborder Mediapree" (Mediaspree versenken) pour stopper la "commercialisation des rives". Mais il reste marginal.
D'autant plus que Media Spree ne devrait pas être achevé avant 20 ans. On a comparé hâtivement ce projet à la Potsdamer Platz. Non seulement la surface est huit fois plus grande que cette place mythique mais l'euphorie de la Réunification ne porte plus le projet. Berlin se disperse dans ses "grands travaux" (complexe de bureaux et de commerces de l'Alexander Platz, la nouvelle gare centrale...) et les investisseurs réfléchissent à deux fois avant de construire. A la Postdamer Platz, plusieurs tours sont encore vides.
Christophe Bourdoiseau
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