

Les opérateurs Internet connectent leurs réseaux entre eux en différents points du monde afin d'acheminer les données à moindre coût, plus vite et plus sûrement. Un de ces « noeuds » d'échange, le deuxième plus important d'Allemagne, se trouve à Berlin : le Berliner Commercial Internet eXchange est un atout pour le Land, destiné à attirer les entreprises.
Ce message envoyé par Internet et qui n'est pas arrivé à son destinataire erre-t-il à jamais dans les limbes du cyberespace comme une âme en peine? Mène-t-il une vie de patachon dans le purgatoire électronique avant de, peut-être, retrouver un jour le droit chemin ? Que nenni ! Le grand réseau mondial n'est pas qu'une suite de 1 et de 0 dans le vide, c'est aussi une infrastructure physique.
Mine de rien, les mails et les fichiers joints n'arrivent pas par l'opération du Saint Esprit. Des fils, des puces et des serveurs acheminent les données. Avec ses chemins privilégiés – 50% du trafic Internet transite par la Virginie aux Etats-Unis – et ses « échangeurs » que l'on appelle des GIX (Global Internet eXchange). Le deuxième plus important d'Allemagne, derrière le DE-CIX de Francfort, se trouve à Berlin.
Dans une des pièces du bâtiment qui abrite le Berliner Commercial Internet eXchange (BCIX), géré par une association à but non-lucratif (BCIX e. V.), des armoires métalliques noires et grises sont alignées. Rien de bien impressionnant. Et pourtant, sans GIX, point d'Internet. A l'intérieur de ces armoires, des câbles en pagaille, tout un méli-mélo de fils qui relient des ordinateurs – 30 000 en tout - qui turbinent 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Internet est un réseau de réseaux : dans les GIX, les opérateurs peuvent s'échanger gratuitement du trafic IP (Internet Protocol), c'est-à-dire de petits paquets d'informations, en se connectant les uns aux autres. C'est d'autant plus crucial que, depuis la libéralisation du secteur des télécommunications, les fournisseurs d'accès Internet et autres hébergeurs de sites se sont multipliés.
Le BCIX permet à deux utilisateurs berlinois, liés à des opérateurs différents, de communiquer sans que le trafic ne soit acheminé par un troisième opérateur – qui, lui, facture le service – et ne passe par Francfort. En limitant le nombre d'intermédiaires, la qualité des applications, en particulier les vidéo-conférences ou des services comme Skype, se trouve nettement améliorée. Le nombre de pannes, réduit. Meilleur fonctionnement, réduction des coûts, la mise en service du BCIX est donc clairement depuis 2002 un atout du Land de Berlin-Brandebourg pour attirer de nouvelles entreprises.
L'importance de ces « nœuds » explique les dispositifs de sécurité du BCIX. En plus du grand nombre de caméras qui filment le visiteur dans ses déambulations, des cadrans indiquent la température et le degré d'humidité de la pièce, ventilée sans discontinuer pour éviter que le matériel informatique ne chauffe trop. En cas d'incendie, un système permet d'éteindre le feu sans utiliser d'eau et donc de préserver les ordinateurs et la centaine de kilomètre de câbles qui courent dans l'établissement.
L'enjeu est de taille : 32% des foyers berlinois sont connectés au haut-débit, soit 600 000 raccordements, plus que la moyenne nationale de 26%. Par ailleurs, 106 prestataires de télécommunications sont enregistrés à Berlin auprès de l'agence fédérale du réseau. Parmi elles, 44 sont désormais interconnectées au BCIX, dont certaines étaient parties un temps se raccorder au « nœud » de Franfort. Seul bémol : il ne reste presque plus de place pour de nouveaux partenaires et la construction de nouvelles infrastructures coûte une fortune. Encore loin des quelque 200 opérateurs connectés au DE-CIX de Francfort, Berlin n'est pas encore une tête de « nœud ».
Damien Dubuc
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