Ayo met l’Allemagne à genoux
Un soir, au printemps dernier, sur une chaîne hertzienne française, elle a fait son apparition. Un visage de femme-enfant rayonnant, une voix soul fragile et grave à la fois, une douceur à toute épreuve… En quelques concerts, du haut de ses vingt-cinq printemps, elle a réussi tout en fraîcheur à se faire une place dans le paysage musical français.
Son album, intitulé Joyful entremêle folk, jazz et reggae, avec des textes d’une mélancolie un brin autobiographique.
Elle a transité par Londres et New York, chantant dans les bars, pour finalement exploser à Paris. Après son succès immédiat dans l´Hexagone, elle revient timidement à l´attaque en Allemagne, dans le pays où elle a grandi. Avant de se produire dans une même soirée avec Patrice, TY et Julian Smith, elle nous reçoit à son hôtel près de la Ostbahnhof pour nous parler de son parcours. Artiste à l’ascendance multiculturelle, de père nigérian et de mère roumaine, une enfance chaotique l´a dotée d´une force qui lui permet de savourer son succès avec modération.
Comment définissez-vous votre musique ?
C´est très difficile de définir mon style musical, car c´est un grand mélange, un peu comme moi. Je sens l’influence de la musique de mon père, de Donnie Hathaway et de Jimmy Cliff. Mais mon style reste quelque chose de très personnel.
Vous êtes souvent classée dans la même catégorie que Lauryn Hill, qu’est-ce que vous en pensez ?
Vous pourriez aussi me dire Macy Gray ou Alicia Keys. Voilà, quand on est noire, qu’on chante et qu’on joue de la guitare, les gens ne peuvent pas s´empêcher de voir des analogies. On se ressemble côté look et état d´esprit, mais notre musique est très différente. Et même si en tant qu’artiste, on a toujours envie de se croire unique, être comparé à Lauryn Hill, c´est flatteur …
Votre album est sorti en France en juin et les ventes ont littéralement explosé. Quel effet cela fait-il ?
Ma musique existe avec ou sans disque. Peut-être que demain, je n´aurais plus de succès et que j´irais jouer dans un hôtel au Maroc. Ce sera sûrement moins stressant. Sinon, le seul truc qui a vraiment changé dans ma vie, c’est que je ne dors plus beaucoup, en fait !
La sortie de votre album en Allemagne est prévue pour novembre, est-ce que vous l´appréhendez ?
Je me suis échappée d´Allemagne il y a cinq ans. C´était vital pour moi, de tout quitter pour recommencer à zéro. Ce pays n´était pas pour moi, je me sentais un peu perdue ici. Je ne sais pas du tout comment je vais être accueillie par le public, c´est étrange de jouer ici. J´ai pas vraiment le temps de réaliser, tout se passe trop vite.
D’après vous, les artistes allemands ont du mal à s´exporter au pays de la chanson française ?
C´est vrai que c’est très rare pour des artistes qui ne chantent pas en français d´être signé en France. Mais beaucoup s´imaginent que c´est impossible sans essayer !
Propos recueillis Jennifer Semet