

Des rires d’enfants viennent s’écraser sur les guidons chromés des vélos garés dans la cour, les containers de tris sélectifs sommeillent derrière des grillages et des bancs en bois donnent un avant-goût de printemps. Bienvenue à la WeiberWirtschaft eG, le plus grand centre de créatrices d’entreprises d’Europe. Installée depuis 1992 dans une ancienne usine de cosmétique de Berlin-Est, cette coopérative accueille soixante entrepreneuses sur près de 5900 m² : auto-école, bureau de traductions, centre sportif, agence de booking, psychologues, assureuses, sculptrices… et puis bien sûr une Kita. « C’était important pour nous de concilier travail et vie de famille », explique Christina Zech, membre de la direction de la WeiberWirtschaft.
Comment en est-on arrivé là?
Au milieu des années 80, le sénateur berlinois de l’économie commandite à trois sociologues de la FU une étude sur le thème : pourquoi les femmes de Berlin-Ouest ne sont à l’origine que d’un tiers des créations d’entreprises ? « Ce qui à l’époque était déjà plus que la moyenne en RFA », précise Christina Zech. Et d’ajouter : « C’est simple, lorsqu’un homme crée sa boite, sa famille est derrière lui, lorsque c’est une femme, elle a sa famille sur le dos ! » C’est aussi la conclusion à laquelle arrivèrent les sociologues : les femmes ont plus de problèmes structurels, elles ont moins d’expérience dans le management et la conduite des affaires car elles sont socialisées différemment, ou alors elles n’ont pas confiance en elles. Et puis elles ne disposent pas des mêmes ressources financières. » Oui, les banques ont tendance à prêter moins aux femmes, qui de plus touchent encore un salaire inférieur aux hommes. Une spirale sans fin ? Ségolène Royal, interrogée par La Gazette, doit-elle s’attendre à gagner 12 % de moins que François Bayrou si elle est élue ? Les dates et chiffres de l’égalité homme-femme en Allemagne et en France nous le montrent : le féminisme a encore sa raison d’être. Cest là que la WeiberWirtschaft eG intervient : « En plus d’offrir un conseil professionnel à la création d’entreprise, la coopérative permet aux locatrices de ne payer que la moitié du loyer les six premiers mois, puis ¾ les six mois suivants », explique Dagmar Reimann, installée ici depuis deux ans et spécialisée dans le coaching amoureux. Un bon coup de pouce pour les aventurières du monde du travail, les Weiberwirtschaftlerinnen. « Le mot Weiber, plutôt péjoratif, est utilisé sciemment, on voulait se l’approprier, pour dire : on est des femmes, et on est fortes ! », sourit Christina Zech. En 2006, les Weiberwirtschaftlerinnen ont gagné le prix Deutschland, Land der Ideen. Une distinction qui les honore, mais n’a pas d’implications financières. La WeiberWirtschaft eG reste surendettée: avec l’achat du terrain et les rénovations spectaculaires – et écologiques - qui ont dû être effectuées depuis 1992, ce sont 18,4 millions d’euros qui ont été déboursés. Pourtant, elles n’ont touchés aucun financement d’une quelconque politique de promotion des femmes. Les jeunes filles peuvent donc continuer à rêver.
Céline Robinet
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y a pas à dire...c´est joli ca : "Des rires d’enfants viennent s’écraser sur les guidons chromés des vélos..."