Retrouvez-votre vie, votre oeuvre dans les archives de la Stasi...
Qui n’a été pas été espionné par la Stasi pendant le régime de la RDA ? Un an après le Pape Joseph Ratzinger, c’est l’espionnage de l’actuel Président de la République d’Allemagne Horst Köhler qui alimente le débat sur l’accès aux archives de la police politique de l’ex-RDA.
En 1989, alors que le régime communiste touche à sa fin, les membres de la Stasi tentent de faire disparaître à la hâte au broyeur les preuves compromettantes de leur collaboration. Mais des milliers de sacs remplis de documents déchirés ont été récupérés in extremis, pour être remis au service chargé du traitement des archives de la Stasi (*). Un travail fastidieux est alors engagé pour reconstituer les dossiers éparpillés, l’équivalent de 180 kilomètres bout à bout !
Une charge impressionnante, qui au fur et à mesure de son déchiffrage ébranle la scène politique allemande. Collaborateur, victime d’espionnage ou simple « répertorié», aucun politique de l’ex-RDA n’a échappé au fichage. Une loi votée en 1991, valable 15 ans, garantit aux victimes un droit de regard sur les données les concernant. Chacun est censé se renseigner sur soi-même, mais des révélations gênantes filtrent régulièrement.
Peu étonnant qu’un ancien politique de la RFA comme Horst Köhler ait été espionné. Lui-même relativise, parle d’un simple « contrôle de routine ». Mais les autorités politiques en fonction subissent aussi des pressions pour leur implication passée dans les polices politiques. On se souvient de la ministre de l’Economie polonaise, Zyta Gilowska, contrainte de démissionner, ou plus récemment de Dagmar Birkelbach, déléguée à la condition féminine dans un quartier de Berlin.
Quinze ans après la réunification, l’Allemagne ne sait que faire de l’encombrante paperasse de la Stasi. La question ressurgit à l’heure où la validité de la loi de 1991 arrive à échéance. Le 1er décembre, le Bundestag a reconduite la loi sur les archives pour 5 ans. Cette prolongation a certes apaisé temporairement les divergences, sans pour autant régler les problèmes : depuis peu, la légitimité même du service des archives (*) est mise en cause pour avoir employé 52 anciens membres de la Stasi.
Elsa Assoun et Philippe Dialo
(*) BStU : Die Bundesbeauftragte für die Unterlagendes des Staatsicherdienstes der ehemaligen Deutschen Demokratischen Republik