En ce début de 21e siècle, les tabous sexuels ont la peau douce et tendre de nos jeunes vierges d’antan: ils ne résistent guère à l’assaut des hordes profanatrices de nos cultures post-progressistes. Je m’explique: si au siècle dernier, l’image d’une femme adultère, d’un couple multiracial, multigénérationel ou homosexuel faisait recette au panthéon des thèmes pourfendeurs de tabous, il ne reste dans notre « free world » guère matière à choquer les masses. Ou bien on délocalise (les pays musulmans sont toujours parfaits en la matière), ou bien on pousse le bouchon un cran plus loin. Angelina Maccarone, apparemment spécialiste en transgressions post-féministes, s’est essayée aux deux : en 2005, Fremde Haut montrait le calvaire d’une lesbienne iranienne (délocalisation), de sa fuite de Téhéran à son exil dans une Allemagne provinciale et étriquée. Cette année, Maccarone récidive avec Verfolgt, un film qui transgresse deux tabous en un : Elsa (Maren Kroymann), travailleuse sociale et la cinquantaine confirmée (mariée, une fille), entame une relation SM obsessionnelle avec un jeune délinquant (Kostja Ullmann) placé sous sa garde et trois fois et demie son cadet. Outre le fait de promouvoir une vision émancipée du couple hétérosexuel (le mari d’Elsa avoue une aventure, elle ne s’offusque pas) ainsi que du rapport tuteur/pupille, le film s’emploie péniblement à défier, voire éliminer, les limites entre générations d’une part, l’amour, le sexe et la douleur de l’autre. L’image noir et blanc est somptueuse, l’adolescent beau comme un dieu et Elsa, la domina adultère et borderline pédéraste, agit avec un naturel et une bonne foi qui désarçonnent plus qu’ils ne troublent. On sort une heure et demie plus tard un peu perplexe, sinon ennuyé – non tant par le défi moral que poserait ce film, mais par sa raison d’être. Verfolgt a remporté le Léopard d’or "cinéastes du présent" lors du festival de Locarno 2006. Un « beau » film certes, mais qui transgresse à pas feutrés pour aller nulle part. Frustrant.
Nadja Vancauwenberghe
Verfolgt, drame allemand d’Angelina Maccarone, 87 min., 2006. Sortie en salle: 4 janvier 2007.