L’auteur et dessinateur de BD hambourgeois, Andreas Michalke, illustre dans des strips de seulement trois images les petits travers de ses contemporains : des Anti-Deutsche aux Anti-Anti-Deutsche en passant par l’éternel étudiant et la chef de WG, sa série « Bigbeatland » n’épargne personne… et surtout pas la gauche radicale allemande.
La vie a parfois des allures de satire magnifique, ou encore de BD. Pour Andreas Michalke, les groupuscules de la gauche underground et leur idéologie radicale constituent un vivier dans lequel il puise son inspiration. « Bigbeatland », publiée régulièrement dans l’hebdomadaire Jungle World, vient de sortir sous forme de recueil aux éditions Reprodukt.
Pendant la Coupe du monde, l’Allemagne a assisté à l’explosion des couleurs noir-rouge-or : apparemment, le rapport problématique à la fierté nationale avait disparu. Pourtant, cet état d’exception se jouait en première ligne sur le terrain footballistique. Car si les T-shirts exhibaient « I love Ballack, Poldi et Schweini », pas un « I love Deutschland » en vue. Ainsi, peu après le Mondial, la situation est vite revenue à la normale. Car en Allemagne, la fierté nationale est honnie et suscite la méfiance des gens de gauche - surtout des Antifas (anti-fascistes, ndlr). Juste après la réunification, quelques-uns de ces Antifas, craignant le réveil du nationalisme, créèrent même la fraction des Anti-Deutsche, les anti-Allemands. Pourquoi pas, après tout, l’ensemble de la gauche était d’accord sur ce point : il n’y avait pas de quoi être fier d’être allemand. Mais les Anti-Deutsche étant pro-américain et pro-israélien, ils en sont vite venus à considérer la gauche anti-impérialiste comme un ennemi idéologique. Acculée, cette gauche qui était contre les Anti-Deutsche devait-elle former la fraction des Anti-Anti-Deutsche? Mais deux « anti » faisant un « pro », était-elle de facto « pro Deutsch » ?
Dans ses strips, Michalke touche dans le mille. Il résume le dilemme de la gauche radicale allemande : pendant que les différents groupes se lancent au visage l’insulte suprême (Fascistes !), les autres, les Néonazis du DVU et NPD, se frottent les mains. Car entre-temps, ils organisent avec succès leur campagne commune.
Matthias Schneider