Le deuxième film de Xavier Dolan, Herzensbrecher (Les Amours imaginaires), sort le 7 juillet 2011 dans les salles allemandes. Après le succès de J’ai tué ma mère, l’enfant prodige du cinéma québécois présente une œuvre plus controversée. Une chronique sur l’incompétence des hommes et des femmes à gérer le sentiment amoureux, tout en légèreté et en couleurs.
« Il n’y a de vrai au monde que de déraisonner d’amour.» Comme dans J’ai tué ma mère, les vers d’Alfred de Musset donnent le ton au cinéma du jeune réalisateur. Oscillant entre le superficiel et le tragique, Xavier Dolan révèle la banalité du rejet. Il avoue volontiers n’avoir rien inventé. La situation n’a rien d’exceptionnel, le scénario est accessible. Mais justement parce qu’il traite de sujets qu’il connaît, Xavier Dolan parvient à toucher le spectateur, lui rappelant son propre vécu. Le film a mérité la récompense Un certain regard au Festival de Cannes.
« Quel est ce bellâtre particulièrement à l’aise ? » se demande Marie (Monia Chokri) lorsqu’elle et Francis (Xavier Dolan) rencontrent Nicolas (Niels Schneider). Autour de cet Apollon joueur et enfantin va se former un triangle amoureux. Les Amours imaginaires met en scène ce duel malsain entre les deux amis. A la manière d’un documentaire, le récit est habilement entrecoupé de témoignages. Hommes, femmes, homosexuels et hétérosexuels racontent leur expérience du rejet et de la dépendance amoureuse. En résulte un tableau à la fois drôle, ridicule et touchant des extrémités auxquelles la peur de la solitude peut réduire. On rit jaune.
L’atout principal du film est de ne jamais tomber dans la sensiblerie. Xavier Dolan réussit un film sans complaisance sur le sentiment amoureux. Dans un univers vintage et multicolore, regards méprisants et sourires forcés côtoient des remarques cinglantes et bien senties. Niels Schneider incarne à la perfection l’ambiguïté de Nico. Tout en séduisant les deux amis, il n’est pas attachant pour le public. Après J’ai tué ma mère, Anne Dorval reste dans le rôle de la mère extravagante, cette fois en « pétasse assoiffée d’un Manhattan désuet ». Né de la complicité entre les acteurs, le film bénéficie d’une atmosphère pleine de grâce et d’harmonie.
Un exemple de cadre à la Godard (Niels Schneider dans le rôle de Nicolas)
Plus que pour le fond, le film a été tour à tour encensé et critiqué pour sa forme. Xavier Dolan livre une œuvre fétichiste, parfois à la frontière entre hommage et reprise. Les Amours imaginaires est un patchwork de références ouvertement inspiré par la Nouvelle Vague. Le spectateur retrouve, en effet, Jean-Luc Godard, François Ozon, Wong Kar-Wai, ou encore Gregg Araki. Les personnages de Francis et Marie se veulent, quant à eux, des copies conformes de James Dean et Audrey Hepburn.
Jeux de couleurs, ralentis et autres méthodes esthétisantes, tout est bon pour faire des Amours imaginaires un véritable moment de cinéma. Le réalisateur use voire abuse des privilèges du septième art pour imposer sa propre perception de la réalité. Le résultat est euphorique et irritant à la fois : une mosaïque pop art qui n’a pas peur de l’excès. Le tout accompagné d’une bande originale éclectique allant de Wagner à Fever Ray en passant par Dalida.
Les Amours imaginaires offre le spectacle d’une génération hipster qui n’apprend pas de ses erreurs. Un film anachronique et contemporain à la fois. A voir.
Katerina Vojtechova
05.07.2011
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Mathilda /// Donnerstag, 07-07-11 00:55
J'ai découvert Xavier Dolan en 2009 avec "J'ai tué ma mère" et depuis je dois avouer être assez admirative de ce qu'il a accompli étant donné son jeune âge.
J'ai finalement peut être été un peu moins emballée par "Les amours imaginaires", plus édulcoré et moins intimiste, malgré des musiques, des plans et une direction d'acteurs formidables.
J'attends avec impatience son troisième film, intitulé "Laurence Anyways", et je suis même devenue productrice du film ! En fouillant sur le net, j'ai trouvé un site qui propose d'aider le film à boucler son budget, voici le lien : http://www.touscoprod.com/ca/pages/projet/fiche.php?s_id=2 .
Je trouve l'idée très chouette, et je suis fière d'apporter ma modeste contribution à ce futur chef d'oeuvre :)