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 Le tailleur de pierres Mahmoud Dajani, l´un des personnages principal de News for home d´Amos Gitai.
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L’Israélien Amos Gitaï n’est guère amateur de vérités simples. Pas étonnant qu’il ait eu autant de problèmes avec sa patrie d’origine. Dans son nouveau film "News from Home", on est pourtant loin de l’agit prop à la Michael Moore. Gitaï est un cinéaste soucieux de donner un visage, un corps et surtout une histoire aux personnages derrière ce qu’il est convenu d’appeler : le « Conflit au Moyen-Orient ». Drôle de boulot pour cet ancien étudiant en architecture, que de s’employer à déterrer ces êtres enfouis sous les décombres de l’histoire. "Excaver", dirait Gitaï qui se décrit comme un archéologue de la matière humaine. "News from Home" file la métaphore à travers le récit des anciens propriétaires arabes d’une maison de Jérusalem, aujourd’hui «occupée» par une juive, Claire. Gitaï s’est mis en quête des Dajani (des Palestiniens) qui l’habitèrent avant d’en être chassés par la guerre de 1948. Ce qu’il trouve c’est une famille dispersée, une diaspora éclatée (beaucoup, comme la magnifique octogénaire Rabija, vivent aujourd’hui en Jordanie). A travers ces bribes de destins individuels, c’est 70 ans d’histoire palestinienne qui nous sont contés ; à travers le récit de Claire, la destinée de trois générations de juifs, d’Istanbul à Jérusalem.
L’aspect déconstruit de la narration - va-et-vient géographique et temporel permanent - est parfois déroutant. Le caractère parcellaire des récits, un peu frustrant. Deux sentiments au diapason des évènements. Car si on est loin de la politique, on est au cœur du chantier de l’Histoire. La résignation domine. On quitte le film avec la nostalgie de temps révolus, ceux d’un Jérusalem où Rabija-l’Arabe marchait la tête nue et haute (elle « déteste » le voile), ou d’un Istanbul multiconfessionnel où Claire-la-Juive passait ses après-midis dans les mosquées de la ville (où officiait son oncle horloger). Le mérite de Gitaï est de ne pas chercher la vérité et de ne pas juger. News from Home nous conforte joliment dans nos doutes.
Tout aussi nuancé, ne manquez pas "Sehnsucht", de la cinéaste allemande Valeska Grisebach. Un film majeur aux accords mineurs, sans vedettes (les acteurs sont tous des amateurs du petit village de Zühlen). Markus, jeune artisan et pompier volontaire de la brigade locale, est marié à Ella, son amour de jeunesse. Ils s’aiment d’un amour sans emphase mais si réel qu’on pourrait presque le toucher. A l’occasion d’un week-end bien arrosé dans le bourg voisin, Markus se réveille dans le lit de Rose la serveuse, incapable de se rappeler ce qui s’est passé. Un plan sur le sourire tendre et complice de Rose suffit à éclairer Markus - et le spectateur. S’ensuit un dilemme déchirant pour ce trentenaire taciturne figé dans un Brandebourg morne et gris. Maniant l’ellipse avec grâce et discernement, Grisebach nous concocte un drame amoureux à combustion lente, mais ô combien incandescent. 90 minutes d’émotion brute, et la trouvaille finale : un épilogue aussi exquis qu’inattendu en guise de dénouement. "Senhsucht" ou comment les petits ploucs ont l’étoffe des grands amoureux, leurs amours le potentiel tragique de celles des princes, et leurs tragédies le matériau des légendes. Grisebach signe le chef d’œuvre allemand de cette année 2006.
Nadja Vancauwenberghe