« Le contrat du siècle ». C’est sous cette appellation un rien pompeuse que se cache un marché important pour les grands constructeurs de trains : le renouvellement de l’ensemble des trains de banlieue de la première agglomération européenne, l’Ile de France (près de 12 millions d’habitants). Si le 21ème siècle connaîtra certainement d’autres « contrats du siècle », notamment en Chine, celui-ci n’en reste pas moins imposant : 172 trains flambant neufs, plus 200 autres en option, pour la bagatelle de 2,7 milliards d’euros. De quoi attiser les convoitises. Avec comme procédure, la mise en place d’un appel d’offres européen, gage de transparence dans l’attribution des marchés publics. Dans ce cadre, les constructeurs de tous les pays européens sont invités à proposer des offres, respectant le cahier des charges fixé par les autorités en charge du transport régional (Région, SNCF). Les arguments décisifs sont variés et le choix se doit d’être limpide : innovation, design, respect de l’environnement, délais de livraison… Mais le critère qui fait la différence pour des élus aux budgets rétrécissant, c’est évidemment le prix. Et là, c’est le constructeur « berlinois » (voir ci-dessus) Bombardier qui a proposé la meilleure offre, avec son train au nom futuriste, le « Xenium 306 ». 9% moins cher que son concurrent français Alstom ! C’est autant d’économisé pour les contribuables franciliens. Et 1500 emplois générés dans la région de Valenciennes (Nord), où se situe l’usine de Bombardier, ainsi que celle de son principal sous-traitant, qui n’est autre que… Alstom. Les deux entreprises ont l’habitude de collaborer. Mais voilà, certaines voix se sont élevées pour dénoncer l’affront fait au champion national. Même s’il est vrai que le groupe français avait préparé un train trop luxueux et trop cher, la pilule est dure à avaler pour ses équipes, après des mois de travail de conception.
Mauvais perdant et procédurier.
Après avoir dénoncé un contrat obtenu sans appel d’offres à Montréal par Bombardier, Alstom a déposé un recours auprès de la justice pour faire annuler le contrat francilien. Culotté, lorsque l’on connaît le nombre de contrats en France où Alstom s’est trouvé favorisé par sa « nationalité » (tramways, TGV). Devant le tollé provoqué, les deux constructeurs ont fini par trouver un accord. Alstom sous-traitera donc pour 900 millions d’euros, soit le tiers du total. Si l’on a éteint l’incendie assez vite à Paris, c’est désormais au Canada, où Alstom vient d’attaquer Bombardier, que le serpent continue de se mordre la queue.