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 Le panneau que l'on trouve désormais à l'entrée des transports publics de Hambourg : "Zone sans alcool merci pour votre participation"
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Depuis le 1er septembre 2011, les usagers des transports en commun hambourgeois ne peuvent plus consommer d'alcool durant leurs trajets. Cette mesure relance le débat sur le lien entre alcool et violence. Elle pose aussi la question de l'effet de la consommation d'alcool sur la santé.

Les habitants de la ville de Hambourg semblent satisfaits de l'interdiction récente de consommer de l'alcool dans le réseau de bus et de trains de la ville. Tout au moins n'y a t-il pas eu de vives réactions. Cette interdiction concerne la consommation et le transport de bouteilles ouvertes. Selon un sondage de la société des transports hambourgeois (le Hamburg Verkehrsverbund) 86% d'entre eux soutiennent cette mesure; ils espèrent la disparition des odeurs d'alcool, ainsi qu'une diminution des esclandres et des débordements de violence.
Agresseur imbibé, la responsabilité revient à la bouteille?

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 Credit photo: Maurizio Montanaro.
Le quai de la sation de U-Bahn Friedrichstrasse
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La décision de la société de transports de Hambourg fait écho à l'ouverture, en août, du procès d'un Berlinois, jeune allemand "de souche", accusé d'avoir agressé extrêmement violemment un homme à la station Friedrichstrasse. La défense du jeune homme a relancé le débat sur la question des débordements entraînés par une consommation d'alcool excessive, notamment chez les jeunes. Elle s'est axée sur le fait que le jeune homme aurait été ivre au moment des faits, ce qui serait censé pouvoir expliquer, sinon excuser, son geste. Elle pose ainsi la question du rôle de la consommation d'alcool dans les actes de violence. L'ivresse peut-elle vraiment "justifier" ou même expliquer un geste de violence?

Raphael Gassmann, sociologue et directeur de l'office allemand pour la dépendance (DHS), explique que l'alcool peut déclencher des gestes de violence chez ses consommateurs. L'alcool a un effet désinhibant, qui peut libérer des pulsions violentes. "L'ivresse déclenche l'envie de boire davantage, et elle désinhibe la personne qui boit."


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 Crédit photo: Thomas Ablard
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L'interdiction de l'alcool, secourable pour tous?
Selon M. Gassmann, interdire la consommation d'alcool dans les transports en commun peut empêcher une poignée de personnes ivres d'importuner les autres voyageurs. Il insiste ainsi sur le fait que 30% des graves agressions sont commises par des personnes sous l'emprise de l'alcool.
Il voit aussi dans cette mesure un moyen, certes partiel, de s'attaquer aux problème d'alcoolisme précoce chez de nombreux jeunes Allemands. Il déclare aussi que cette interdiction pourra avoir un effet bénéfique sur la santé, puisqu'elle diminuera – même légèrement – la consommation d'alcool.


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 Crédit photo: TK_Presse
Les ado enivrés. De plus en plus d'adolescents atterrissent ivres à l'hôpital. Entre 2004 et 2009, chez les jeunes assurés,le nombre de cas d'hospitalisations dues à l'alcool a quasiment doublé
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 Generation Wodka, ouvrage coécrit par M. Siggelkow, M. Büscher, und M. Mockler
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Et trois nuits par semaine...
Bernd Siggelkow, pasteur et fondateur de l'Arche, association chrétienne d'aide de la jeunesse, pointe du doigt les dangers pour la santé engendrés par une consommation d'alcool trop importante. Il a récemment publié un ouvrage dans lequel il s'inquiète de la naissance d'une "Génération Vodka". Dès le début de l'adolescence, de nombreux jeunes gens ont un comportement addictif avec l'alcool, c'est le cas de 10% des jeunes de moins de douze ans, qui déclarent boire toutes les semaines. Il insiste sur le côté pernicieux de l'alcool, puisqu'en donnant l'illusion de rendre la vie plus agréable, il détruit la santé du consommateur. Il est rappelé que 17% des comas sont dus à l'alcool, et que les ivresses répétées attaquent le foie et le système nerveux, à plus forte raison chez les très jeunes.
Surtout il peut paraître surprenant que dans un pays si perméable à la consommation d'alcool en tous lieux, le débat porte sur les transports en commun. Ainsi est il possible d'acheter de l'alcool dans les stations services (y compris sur autoroute). Certains Länder interdisant toutefois cette vente la nuit venue. De même les "mignonettes" (petites bouteilles d'alcool fort de quelques centilitres vendues entre un et trois euros) sont proposées à proximité des caisses dans la plupart des supermarchés du pays.

Une interdiction vraiment efficace?
Au-delà des difficultés matérielles pour l'appliquer, cette mesure semble quelque peu inadaptée, puisqu'elle s'attaque essentiellement à la face émergée de l'iceberg. Certes, les passagers de la HVV seront désormais sûrement moins importunés par des odeurs d'alcool. Il est en revanche moins sûr qu'elle ait l'effet escompté par les utilisateurs (cf. sondage) sur la diminution des violences au sein du réseau de transports hambourgeois. Difficile d'empêcher les agressions commises sous l'emprise de l'alcool, puisque l'interdiction n'a pas vraiment d'incidence sur les personnes ayant bu auparavant et étant déjà en état d'ébriété. Ces derniers sont au contraire incités à utiliser les transports en commun pour se déplacer...

De la part de la presse, des réactions parfois inattendues
Le Spiegel montre son scepticisme face à cette mesure et explique qu'elle est surtout symbolique, et qu'elle ne peut pas avoir de réel effet. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung, quotidien plutôt conservateur, semble partagé, puisque dans un premier article il paraît très dubitatif sur le sens de cette interdiction: « Pas d'alcool n'est pas non plus la solution » alors que dans un autre titré "Le droit à la beuverie", le journaliste Philip Eppelsheim rappelle que la vie en société exige dans l'espace public des "règles civilisationnelles". Surtout il explique que dans certains pays la question de l'alcool sur la voie publique paraîtrait incongrue ou honteuse. À titre d'exemple il cite les Etats-unis. La France où la consommation d'alcool dans les transports serait perçue comme déplacée n'est pas évoquée, on retrouve là un trait marqué des journalistes européens, qui sont toujours prompts à aller chercher un élément de comparaison outre-atlantique sans trop s'intéresser aux pays voisins. Enfin, le Kölner Stadt-Anzeiger, quotidien Colonais, publie un plaidoyer pour la Fahrbier (bière pour la route) Selon l'avocat improvisé, l'attitude grossière de certains "porcs" ivres ne doit pas punir l'ensemble des usagers, et le rôle de la compagnie des transports en commun de la ville n'a ni une mission d'éducation, ni de santé publique.

Mais les journaux ne sont pas les seuls à réagir. Les autres Länder se positionnent aussi par rapport à l'interdiction de consommer de l'alcool dans les transports en commun. Ainsi, Boris Rhein (CDU), ministre régional de l'Intérieur du Land de Hesse, souhaite y faire appliquer cette mesure. De même Joachim Herrmann (CSU) ministre de l'intérieur de Bavière plaide pour une interdiction de l'alcool dans les transports en commun sur tout le pays. Un souhait qui a peu de chance de faire l'unanimité quand on écoute le porte parole de la BVG (transports en commun berlinois) : « Nous nous promettons de ne pas interdire de consommer de l'alcool dans les transports. Nous avons le sentiment que la bouteille de bière appartient au style de vie berlinois ».
Marion Muracciole
le 08.09.2011

Ci-dessous la vidéo issue du système de surveillance du métro. Cette vidéo a été diffusée à plusieurs reprises sur les chaînes allemandes et a alimenté le débat en cours autour de la violence et de l'alcool. Ce court film qui montre la violence extrême avec laquelle les agresseurs ont agi peut heurter.
Überwachungsvideo: Brutaler Überfall in Berliner... von Zoomin_Deutschland