Berlinois d'adoption, traducteur, fondateur de la revue franco-allemande La mer gelée (www.lamergelee.com), Alban Lefranc se consacre une nouvelle fois à l'Allemagne d'après-guerre dans son troisième roman, où l'on retrouve son écriture violente et auxphrases ciselées "à coups de couteau".
Après s’être penché sur la vie imaginaire de Fassbinder et les gesticulations grotesques et sublimes du « gros homme indigne »[1], Alban Lefranc ressuscite dans son nouveau livre[2] la Fraction Armée Rouge et son cortège de personnages frénétiques. Contre toute attente, la figure de proue de ce bateau ivre n’est autre que le plus falot des protagonistes du mouvement : un certain Bernward Vesper, premier compagnon de Gudrun Ensslin, la future égérie de la R.A.F. Infiniment moins photogénique que le Marlon Brando du terrorisme Andreas Baader, ce personnage de second rang devient, au fil du roman, une incarnation pantelante et sacrificielle d’une génération hantée par la culpabilité des pères, et pressée d'en découdre. Multipliant les voix, les changements de rythme et de ton, et porté par un humour ravageur où s'affrontent pulsion de vie et rage autodestructrice, ce roman nous replonge dans une période historique essentielle à la compréhension du présent allemand, et du présent tout court.
Aurélie Maurin
Alban Lefranc fera une lecture de Des foules, des bouches, des armes le 4 octobre à 19h30 à la Librairie Zadig, Linienstr. 141, Berlin Mitte
1.Attaques sur le chemin, le soir, dans la neige, Le Quartanier, 2005
2.Des foules, des bouches, des armes, éd. Melville/Léo Scheer, 2006