imprimer   10.03.2010 
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Nous voulons Airbus. Nous sommes Airbus. Les 27 800 habitants de Nordenham, petite ville industrielle située au nord de l’Allemagne, ne peuvent imaginer l’avenir sans le constructeur aéronautique européen. Tous sont prêts à se battre pour rester dans « la grande famille Airbus ».  

 

 

«Avec 2500 emplois, Airbus est le premier employeur de Nordenham. Un habitant sur dix y travaille et de nombreux commerces annexes en dépendent », explique Georg Raffetseder, maire de la commune depuis 2003. « Si l’usine venait à fermer, Nordenham serait une ville sinistrée. Il n’y aurait plus de travail, personne ne viendrait s’y installer, le pouvoir d’achat serait en chute libre et la ville encaisserait moins de taxes professionnelles. » En quelques mots, le scénario catastrophe est déroulé.

 

C’est que, depuis plus de 70 ans, l’industrie aéronautique donne le rythme à Nordenham. Dans le quartier d’Einswarden, les générations se succèdent pour monter tôles métalliques et coquilles de fuselage des Airbus. Actuellement, les carnets de commande sont remplis et l’usine fonctionne à merveille. Pourtant, elle figurerait sur la liste noire du plan de retructuration d’EADS, la maison-mère d’Airbus. La modernisation des ateliers pour les nouveaux matériaux plus légers qui constitueront en grande partie l’A350, serait trop onéreuse et Airbus prefèrerait vendre.

 

Le plan de restructuration et de distribution du travail pour l’A 350, les salariés de Nordenham l’attendent depuis des mois. Ne tenant plus, quelque 350 ouvriers ont exigé jeudi 22 février des comptes auprès du comité d’entreprise. « Beaucoup ne sont plus concentrés car on ne comprend pas ce qui se passe », expliquait Bahram (38 ans), le lendemain, à la sortie de l’usine. « C’est vrai, nous faisons du bon boulot, nous avons des commandes. Alors pourquoi veut-on se débarrasser de nous ? »

 

Pourquoi ? Parce que la direction d’Airbus a décidé de répondre au manque de liquidités issu du retard des livraisons de l’A380 par un plan de restructuration et de réduction des coûts. La logique financière prend le pas sur la logique industrielle, comme l’explique Daniel Friedrich, porte-parole du syndicat industriel IG Metall, responsable du Nord de l’Allemagne: « La question n’est pas de savoir comment répartir équitablement les charges entre les sites de production, mais de trouver son chemin entre la logique de rentabilité imposée par les actionnaires et la nécessité d’investir dans les techniques innovantes imposée par la production. ». Le syndicaliste est toutefois sûr d’une chose : « ce n’est pas les salariés français contre les salariés allemands, mais plutôt tous ensemble contre les erreurs de management qu’on arrivera à quelque chose ».

 

Mais c’est bien là que le bât blesse : la volonté de dépasser les égoïsmes nationaux manque à l’appel, Airbus n’a plus grand chose d’un projet europén lancé par les Allemands et les Français. Et les politiques se sont emparés du sujet, comme en témoigne la surmédiatisation de la rencontre d’Angela Merkel et de Jacques Chirac, vendredi 23 février, ou encore les menaces du ministre allemand de l’Economie, Michael Glos (CSU), qui, après avoir affirmé que les politiques devaient laisser faire le marché, a finalement menacé d’annuler certaines commandes de l’Etat allemand auprès d’EADS.

 

Cette politisation du sujet ne plaît guère à Walther Vogel, Directeur de l’école professionnelle RS1 de Nordenham : «  chaque nation devrait arrêter de vouloir s’approprier le projet Airbus, sinon on va tous couler ! » Or, la « grande famille Airbus » tient  à l’école RS1. Depuis 1994, l’école travaille en partenariat avec l’usine Airbus et chaque année, 15 à 20% des élèves y partent en apprentissage. Denis Wache (15 ans) vient tout juste de signer son contrat : « Etre apprenti à Airbus, c’est un rêve pour les jeunes qui s’intéressent à la technique. On est bien formés, bien payés, ça motive ! D’ailleurs tout le monde ici veut bien passer aux nouveaux matériaux. » Un autre jeune de l’école, Soeren Pudel (17 ans), ajoute que pour lui, c’est un devoir de défendre Airbus, qu’on y travaille ou pas. « Car Nordenham, c’est Airbus ! »

 

 

Charlotte Noblet

 

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