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 Ai Weiwei en août 2009.
Photo: Galiani Berlin
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Le 2 décembre, le Martin-Gropius-Bau, lieu d'exposition berlinois, témoigne son soutien à Ai Weiwei, en proposant la lecture de plusieurs textes de l'artiste multi-talents. Celui qui est surnommé Ai Welai (celui qui aime l'avenir) par de nombreux internautes a bien besoin de cette marque d'encouragement. Dissident actif depuis plus de trente ans, il refuse en effet de se laisser intimider par le régime chinois, qui le menace de sept ans d'emprisonnement.

Lecture de soutien au Martin-Gropius-Bau(1)
Macht Euch keine Illusion über mich. Der verbotene Blog ("Ne vous faites aucune illusion à mon propos. Le blog interdit"). Le titre de l'ouvrage d'Ai Weiwei paru en 2011 annonce la couleur. Il continue de lutter et n'a aucunement l'intention de céder face aux pressions du régime chinois. En 2009, le pouvoir chinois a fermé le blog de l'artiste dissident et tout son contenu a été effacé. Ce livre compile tous les textes publiés par Ai Weiwei sur son blog entre 2006 et 2009. Plus de cent textes, dont quelques titres suffisent à évoquer la diversité des sujets qu'il aborde: "Ici et Maintenant", "Hier soir je suis allé chez le coiffeur", "Obama" (en 2008), "Nous n'avons rien", "Victime"... Tant d'humeurs du jour de l'artiste, qui reflètent aussi bien sa vie quotidienne que ses pensées politiques. Cette lecture donnée par Eva Menasse, Elke Schmitter et Alain Claude Sulzer promet d'être délectable.

Ai Weiwei à New-York – Photographies 1983 1993(1)
Le Martin-Gropius-Bau expose aussi depuis le 15 octobre une collection impressionnante de 220 photos prises pendant ses années new-yorkaises (de 1983 à 1993), reflets de la ville fourmillant alors d'activité artistique et politique. Composée pelle-mêle de portraits d'artistes, d'auto-portraits où se profile l'impertinence salutaire de ses œuvres futures et d'instantanées de la vie quotidienne, l'exposition dresse un aperçu de ce qu'était la vie du célèbre dissident durant cette décennie, entre art et politique.

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 Une des 220 photos de l'exposition du Martin-Gropius-Bau ("Preacher reading Bible to man on the street 1990. "). A propos d'Ai Weiwei le directeur du Martin-Gropius-Bau déclare: "Il ne place jamais les personnes qu'il photographie dans une position qui pourrait être humiliante. Au contraire, il tente toujours de les élever".
(c) Ai Weiwei: Courtesy of Three Shadows Photography Art center
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|  Gereon Sievernich
Photo: La Gazette
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Après avoir servi de guide dans les nombreuses salles de l'exposition, Gereon Sievernich a accepté de nous accorder quelques minutes. Le directeur du Martin-Gropius-Bau, sobre et fin dans son analyse, nous livre ses impressions sur le travail de l'artiste.
La Gazette: Quelques mots à propos de l'exposition?
Gereon Sievernich: Elle se divise en trois groupes, mais selon la volonté d'Ai Weiwei, les photos sont accrochées sans distinction aucune et toutes les catégories sont mélangées. Le premier groupe de clichés est dédié aux portraits d'artistes chinois. Vous pouvez imaginer que quelqu'un qui avait un appartement à New York dans ces années était très apprécié, beaucoup de personnes sont donc venues lui rendre visite de Chine, beaucoup de grands noms de la scène chinoise. Un autre groupe est dédié à la vie quotidienne à New York. Ce ne sont que des gens dans la vie normale, des manifestants, des chômeurs... La compassion qu'il a pour les personnes qu'il photographie saute aux yeux, et on la retrouve dans les travaux qu'il fait en Chine, par exemple son travail sur les enfants qui sont morts lors du séisme du Sichuan en 2008. Dans le troisième groupe de photographies, ce sont des auto-portraits, où on le voit parfois nu. Il fait lui-même partie d'une installation. Il faut imaginer ce que signifiait le nu en Chine à cette époque. C'était complètement interdit. À travers des installations comme celles-là, il discute réellement la situation en Chine. C'est pourquoi je pense qu'il est possible de voir dans cette exposition une préfiguration de ce que sera son art tel qu'il l'est aujourd'hui.
La Gazette: Certaines photographies sont très touchantes. Le cliché montrant un vieillard habillé de vêtements déchirés qui tient un ours en peluche dans sa main par exemple, montre un contraste saisissant entre la pauvreté de cet homme et la douceur de l'image de l'ours, qui évoque l'enfance. Que pensez-vous de l'attitude d'Ai Weiwei vis à vis des personnes qu'il photographie?
Gereon Sievernich: Ai Weiwei cherche à avoir la compassion du spectateur pour le sujet qu'il photographie. Il tente toujours de mettre ses sujets en valeur, que ce soit un sans-abri ou un policier. Il ne les place jamais dans une position qui pourrait être humiliante. C'est pourquoi je crois qu'il a une mission, celle d'aider les personnes qui vivent dans des situations très difficiles. |
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 Ai Weiwei est un habitué de la lutte contre le pouvoir liberticide chinois. Sur cette photo qui a fait le tour de la toile, le cache-sexe de l'artiste est une peluche représentant le Cheval de l'herbe et de la boue (Cao Ni Ma), animal mythique chinois, devenu un symbole de la lutte contre la censure de l'internet en Chine. Son nom est quasiment l'homophone de "cào nǐ mā", équivalent de l'expression "nique ta mère".
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Un dissident de longue date
L'artiste risque une peine de prison pouvant s'élever jusqu'à sept ans. Accusé d'évasion fiscale par le régime chinois, il avait été sommé de verser une amende de 15 millions de yuans (1,7 millions d'euros) avant le 15 novembre. Le 14, il a payé une caution de 8 millions de yuans (environ 900 000 euros) pour faire appel de sa condamnation. Fils du poète chinois Ai Qing qui avait été mis en disgrâce par le régime communiste en 1957 pour avoir publié un texte critiquant les cadres du parti, Ai Weiwei considère que "la politique est [s]a vie et [s]on destin." En 1978, Ai Weiwei participe au mur de la démocratie avec l'artiste Wei Jingsheng, qui réclame davantage de démocratie et de libertés individuelles. Mais ce mouvement est interdit fin 1979 et Ai Weiwei échappe de peu à la prison. Exilé à New-York entre 1981 et 1993, il réalise alors d'innombrables photographies, qui sont devenues une véritable mine d'or d'informations. Depuis son retour en Chine en 1993, il n'a pas arrêté de dénoncer le régime, à la fois dans ses discours et dans ses œuvres, qu'il juge nécessairement liées à l'action politique.

"En Chine règne encore et toujours non pas le droit, mais l'arbitraire du pouvoir de l'Etat." (Wei Jingsheng)
Ai Weiwei est un habitué de l'arbitraire du pouvoir que dénonce cet artiste actif du Mur de la démocratie dans les années 1970, aujourd'hui en exil aux États-Unis. L'artiste multi-talents a en effet déjà été emprisonné en avril 2011, et détenu presque trois mois dans un lieu tenu secret. De nombreux soutiens avaient alors afflué, tant de pressions pour sa libération. La pétition lancée par le musée Guggenheim de New-York avait alors récolté 140 000 signatures en quelques semaines. En Allemagne, le mouvement "Liberté pour Ai Weiwei" initié par le propriétaire d'une grande galerie à Berlin Alexander Ochs avait quant à lui été soutenu par quelques 4000 personnes. Enfin, le poste proposé par l'Université des Arts de Berlin avait été un signe de fort soutien. Il a d'ailleurs symboliquement accepté cette offre à sa libération, puisqu'il a depuis juin 2011 l'interdiction de quitter Pékin.

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 Sunflower Seeds' d'Ai Weiwei au Tate Modern. Ces millions de graines de tournesol en porcelaine, chacune sculptée et peinte à la main ont jonché le sol du Hall du musée londonien d'octobre 2010 à mai 2011. Référence aux relations compliquées entre l'individu et la masse? Évocation du pouvoir absolu de Mao tous les Chinois devant se tourner vers lui, comme des tournesols vers le soleil? Cette œuvre a suscité de nombreuses interprétations.
Photo: Loz Pycock
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"Finalement, l'État m'offre de belles opportunités"
Et en effet, à quelque chose malheur est bon. Face à la menace qui pèse aujourd'hui sur lui, un incroyable mouvement de solidarité s'est mis en place en Chine. Pour l'aider à payer son amende, les Chinois sont ainsi très nombreux à lui avoir fait parvenir de l'argent, par internet ou encore en pliant des billets de banque et en les envoyant dans son jardin. Certains écrivent un mot d'encouragement : "On sait que vous en avez besoin", "Marchez vers la lumière, l'obscurité passera".

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 Nouveau signe de soutien au dissident Ai Weiwei, de très nombreux Chinois posent nus et postent leurs photos sur internet. Des portraits de l'artiste placés à des endroits stratégiques leur évitent d'être taxés de pornographie.
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 En 2007, Ai Weiwei et quatre femmes posent nus. Postée sur internet, cette photo est jugée "pornographique" par le régime chinois...
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Et le mouvement de soutien ne s'arrête pas là. Bravant le régime, de très nombreux Chinois posent maintenant nus pour protester contre le gouvernement, qui accuse maintenant Ai Weiwei et son assistant Zhao Zhao de "pornographie". Ai Weiwei a en effet posté sur internet une photo de lui-même et de quatre femmes, nus. Les soutiens du dissident posent seuls ou en groupe, certains reprennent le célèbre doigt d'honneur de l'artiste, d'autres encore posent comme pour une photo de classe, un portrait d'Ai Weiwei en guise de cache-sexe. L'espoir est bien vivant en Chine et Ai Weiwei a de quoi se féliciter d'avoir su initier un tel mouvement. C'est sûrement la première fois que tant de simples citoyens se mobilisent en Chine pour la défense d'un artiste, devenu au fil des ans fer de lance de la lutte pour la démocratie.
Marion Muracciole
Le 22.11.2011

(1)Informations pratiques
Lecture le 2 décembre
Textes tirés de l'ouvrage d'Ai Weiwei: Macht euch keine Illusion über mich. Das verbotene Blog ("Ne vous faites aucune illusion à mon sujet. Le blog interdit")
Le 2 décembre à 19h00 (jusqu'à 20h30 environ)
Au Martin-Gropius-Bau, dans la Kinosaal.
Lecture de Eva Menasse, Elke Schmitter et Alain Claude Sulzer
Entrée libre.
Exposition - Ai Weiwei à New-York – Photographies 1983-1993.
Jusqu'au 18 mars 2012.
Au Martin-Gropius-Bau
Tarifs
Plein tarif: 8€
Tarif réduit: 5€
Gratuit jusqu'à 16 ans.
Horaires d'ouverture:
Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 20h.
Ouverture le mardi après noël (27.12)
Fermeture les 24.12 et 31.12
Niederkirchnerstrasse 7, 10963 Berlin
U-Bahn & S-Bahn : Potsdamer Platz
Tel: +49 (0) 30 / 254 86-0
post /@/ gropiusbau.de
www.gropiusbau.de