

Difficile d’être acteur à Berlin ? Monika, elle, a franchi le pas il y a près de 40 ans. Tout juste diplômée de la prestigieuse école Ernst Busch, elle se lance alors dans la carrière d’actrice, avec succès. « Au temps de la RDA, tout était un peu plus facile. Les contrats fixes avec les théâtres étaient monnaie courante. On travaillait soit comme "employé ", soit comme "invité"» raconte cette sexagénaire dynamique. « Mon plus long contrat, je l’ai décroché avec le Deutsches Theater. »
Ce statut d’employée permanente, Monika l’a conservé jusqu’à la réunification. Après, tout est devenu plus compliqué. « Pour nous, il a fallu se réorienter dans le paysage des théâtres et de la culture », explique Monika. « Nous avons dû chercher un agent par exemple, cela n’existait pas sous le régime de la RDA. »
Aujourd’hui, Monika bénéficie grâce à son statut privilégié d’une retraite d’Etat, et continue de cotiser à la Bayerische Versicherung, l’une des deux caisses d’assurance pour les métiers artistiques, avec la Künstlerische Sozialkasse, (KSK). « Un des avantages de cette caisse, c’est que l’on ne peut pas en être radié. Il faut travailler un certain nombre d’heures ou avoir un contrat fixe pour pouvoir y rentrer. Ensuite, le théâtre et la caisse prennent en charge une partie des frais médicaux. »
Ces tracas administratifs, Lars essaie de les repousser le plus longtemps possible. A 32 ans, ce jeune homme élégant préfère conserver un statut d’étudiant, qui facilite les questions d’assurance. Depuis sa formation d’acteur à Berlin, il y a de cela 8 ans, Lars navigue de castings en petits contrats. « C’est un peu ma faute aussi. Dès le début, je ne souhaitais pas m’engager à long terme dans un théâtre. » A côté de quelques contrats pour la télévision, souvent bien payés, il cumule des « Neben Jobs » (petits boulots) de synchronisation, pour des films ou des méthodes d’apprentissage de langues étrangères. Sans parler des autres « blöde Jobs » (« boulot alimentaires ») qui l’aident à vivre. « C’est difficile au début de savoir compter. Quand j’ai commencé à travailler pour des tournages de films, j’ai gagné beaucoup d’argent en quelques jours, et tout claqué… en quelques jours aussi ! Je n’avais pas pensé qu’il me faudrait tenir quelques mois avec ce salaire. »
Plusieurs fois, il a changé d’agent. « Mais l’agent ne fait pas tout ! » ajoute le jeune homme qui est aussi inscrit auprès de l’agence publique ZBF, dont l’entrée est sur concours. « Mais bon, il ne faut pas tout attendre de la ZBF ! Ils s’occupent de près de 3000 acteurs. La qualité n’est forcément pas la même qu’un agent privé qui se charge de 30 clients ! »
Tout comme Lars, Monika aime son métier mais reste consciente des difficultés qui l’accompagnent. « La situation est devenue vraiment compliquée depuis les lois Hartz IV », regrette-t-elle. Il faut savoir ce que l’on veut en tant qu’acteur et quels compromis on est prêt à faire pour se vendre. La télé, par exemple, ce n’était pas mon truc. »
« C’est un métier que j’aime… quand je l’exerce », reprend Lars. « C’est un gros travail en soi de savoir alterner les contrats et les périodes d’incertitude. J’ai parfois l’impression de perdre toute spontanéité quand je me rends à un casting avec cette idée derrière la tête : chouette, avec ce contrat, je pourrais payer deux mois de loyer ! »
Aline Brachet
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