

Après avoir remporté le prix NRJ Ciné Award pour la meilleure musique de film avec leur chanson « Lili », Aaron arrive pour une tournée en Allemagne. Petit flash back sur une rencontre qui fut un vrai coup de foudre artistique.
Rien à voir avec le King Elvis ! Aaron, acronyme de Artificial Animals Riding On Neverland, renvoie à une réalité fantasmée, celle de Simon Buret et d’Olivier Coursier. Une rencontre au gré du hasard car les deux hommes n’avaient rien planifié. Ils partageaient un univers et cette même envie de le retranscrire en musique. De cette union est née Lili. Philippe Lioret a utilisé cette chanson en thème musical pour son long-métrage Je vais bien, ne t’en fais pas. Au final : deux césars pour le film et un disque d’or pour Aaron, deux mois seulement après la sortie de l’album !
Acteur, Simon n’avait jamais chanté. En fait si, « une fois avec des potes en fin de soirée ». Aujourd’hui c’est lui qui fait sa tournée. Programmés entre Arcade Fire et Björk au Paléo Festival en Suisse, l’autodidacte et l’ancien guitariste de Mass Hysteria prennent leur pied. Ils se disent « bouleversés » devant l’œuvre de Basquiat, ce jeune artiste d’avant-garde new yorkais. Mais qu’en est-il de leur succès ? «On aura besoin de temps, un ou deux ans pour digérer ». Ils restent en tout cas convaincus d’une chose : ils ne se refuseront rien mais resteront cohérents. Un deuxième album comme projet commun, un film pour Simon, la musique toujours pour Olivier. Et puis l’Olympia le 20 Novembre… pour finir sûrement à Berlin en 2008. Ils galopent, les écuyers du Neverland…
Fabien Charlon
INTERVIEW Aaron
Olivier COURSIER, qui est Simon BURET ? Simon BURET, qui est Olivier COURSIER ?
S. BURET : Alors Olivier, il compose avec moi, il fait les arrangements. Sur scène il joue du piano et de la guitare.
O. COURSIER: Simon, c’est un acteur qui s’est mis à la musique il y a pas peu de temps. Il a chanté pour la première fois devant un public en mars dernier. Il compose aussi, il écrit les textes. C’est bon pour toi ?
S.B. : Oui…Il est très très cool aussi !
O.C. : Ça, c’est vrai !
Et votre rencontre… un peu le fruit du hasard, non ?
O.C. : Effectivement! J’ai rencontré Simon il y a environ trois ans grâce à une amie qu’on avait en commun, Vanessa Fihlo. C’est elle qui a réalisé la pochette de l’album et notre clip. Je m’occupais de Vanessa à l’époque. Elle était sur un projet en anglais. J’entendais souvent parler d’un Simon qui l’aidait pour la prononciation ou pour traduire les textes. Ce Simon en question était intéressé pour assister aux sessions de studio. Il est donc venu chez moi. C’est la première fois qu’on s’est vu. Il arrêtait pas de dire à Vanessa « cette session, essaie de la faire comme ça ou comme ça ». Elle en a eu marre et lui a demandé de prendre le micro. Il s'est entendu chanter pour la toute première fois.
C’était vraiment la première fois que vous chantiez Simon?
S.B. : Ouais vraiment ! J’avais fait ça bourré aussi pour un pote (rire). Je m’en souvenais pas très bien.
O.C. : Mais pour quelqu’un qui n’avait jamais chanté… j’étais bluffé! Je sais pas très bien ce qui nous est passé par la tête au final. On s’est dit qu’on se reverrait dans deux ou trois semaines pour faire un truc ensemble.
Vous avez commencé à écrire immédiatement?
O.C. : Premier jour, premier titre- Endless Song -! Ca représentait une base assez forte pour se convaincre de nous revoir le lendemain et de continuer. On s’est pas du tout imaginé à ce moment là qu’on allait faire un album. On avait juste envie d’exprimer des choses, de recréer en musique notre univers.
Et vous aviez tous les deux les mêmes choses à exprimer ?
O.C. : Ca s’est toujours retrouvé! Au moment de la compo. On avait même pas besoin de se parler.
S.B. : On avait une envie commune c’est sûr et un style musical en commun.
Le nom Aaron, il est venu comment ?
S.B. : On cherchait un acronyme. Aaron est un prénom qui se baladait dans les toiles de Jean-Michel Basquiat, un dieu vivant pour tous les deux, enfin un dieu vivant !… un dieu mort pour tous les deux (rire)! J’avais des bouts de phrase dans la tête et Artifical Animals Riding on Neverland est venu. Il renvoie à la philosophie de cet artiste new yorkais. Ne pas écouter la réalité. Chacun à un monde à proposer. Des gens le mettent en veille, d’autres l’écoutent. Basquiat c’est une joyeuse folie, quelque chose de sublime. J’ai pleuré devant ses oeuvres. Tu as un ventre éclaté sur une toile. Ce qui parle c’est les fêlures. Pas les techniciens !
O.C. : Janis Joplin pouvait chanter faux mais au niveau de l’émotion il y avait pas photo.
S.B. : Dans ses toiles, les buildings de New York deviennent un terrain de jeu. Ça rejoint un peu cette terre du Neverland. Parce qu’aujourd’hui les terres les plus sauvages et les moins explorées, elles ne viennent pas de la planète bleue, c’est celles qu’on a dans nos têtes. Il faut pas avoir peur d’y plonger. On peut y trouver de très belles choses. J’ai parfois cette sensation que les gens en grandissant, ils s’interdisent un peu cette part de fantasme. Ils rentrent dans le carcan du building, du goudron.
Devenir adulte sans vieillir alors?
S.B. : Ce n’est pas forcément non plus garder une part d’enfance. On peut avancer aussi sans se dire « n’oublie pas l’enfant qui est en toi ». Les réalités qu’on nous impose ne sont pas les seules qui existent. Il y en a d’autres qui ne sont pas palpables mais elles doivent être entendues.
Pas de rapport alors avec Aaron, le frère de Moïse?
S.B.: Absolument pas… comme ça n’a rien à voir avec le second prénom d’Elvis (rire)!
La chanson Lili vous a fait connaître. C’est qui exactement Lili ?
S.B.: Lili elle est comme tous les personnages présents dans nos chansons. C’est des lettres ouvertes, ça parle de quelqu’un. Ça parle à quelqu’un…
Et le fait de la voir à l’écran Lili ?
S.B. : C’est pas la même Lili en fait… la chanson n’a pas été faite pour le film. On a apporté la chanson à Philippe Lioret. Il a été séduit et a changé le nom dans le scénario pour que la musique colle vraiment au personnage. Je sais pas si vous avez vu le film mais la voix correspond au frère jumeau qui est absent.
Mais il y a une vraie Lili sinon ?
S.B. : Chaque chanson est une lettre ouverte à certaines personnes…
Donc des textes autobiographiques principalement ?
S.B.: Oui c’est clair. Après ce sont des réalités fantasmées. Là tout de suite on a quatre réalités différentes – nous sommes quatre au moment de l’interview -et une cinquième qui fait qu’on est tous ensemble. C’est une autre réalité. Tu la ressens différemment, tu la retranscris différemment. C’est ça qui m’intéresse, surtout pas le A plus B !
Et sur le disque le fait qu’il y est une seule chanson en français…
O.C. : On voulait que l’album soit homogène, différent d’un étalage de tout ce qu’on avait fait. Le fait d’en mettre une en français - Le Tunnel d’or - ça lui donne un certain relief par rapport aux autres. On en joue d’autres sur scène. Elles existent en tout cas et elles seront sur un autre album.
Et le choix de l’anglais pour le reste de l’album ?
S.B.: Quand on s’est rencontré avec Olivier, on faisait de la musique sans logique commerciale. Mon père est américain et ma mère française donc j’ai comme un truc « schizo » en moi. C’est un peu étrange. De ce fait je ne me suis pas posé de questions. Il y a des lettres qui étaient faites pour être entendues en anglais et d’autres en français. C’était naturel.
O.C. : On a aucune barrière. Pourquoi pas chanter en arabe ou en espagnol. L’accent c’est pas très important. Au contraire tu inventes d’autres sonorités. Je pousse mes potes à chanter dans la langue qu’ils veulent. Malgré tout, pour nous, la base c’est le français et l’anglais.
Cette double culture, ça a facilité la réception justement dans les pays anglo-saxons ? Vous avez fait de la promo aux Etats Unis ?
S.B. : On a pas commencé aux Etats Unis. On a des échos positifs qui arrivent, par My Space, ou par notre site. En France les retours ont été très bons mais les gens comprennent pas tous l’anglais, alors… J’ai du mal à me sentir légitime dans ce métier. Mais ça se passe bien, c’est cool. Les Etats unis et l’Angleterre, c’est des marchés importants.
O.C. : Pour l’instant on vit notre rêve français et européen. Après on ira voir ailleurs.
Qui sont les gens qui tiennent une place essentielle dans votre travail, des références ?
S.B. : On a pas vraiment de références. On se dit pas qu’on va faire de la pop ou de l’électro. Nos influences, c’est les films, les livres comme l’Ecume des jours de Boris Vian. On ne fait pas les choses à la manière de ! Les gens qui passent dans nos vies sont des sources d’inspiration. Chez les artistes… beaucoup sont morts. Aujourd’hui je pourrais citer Abd El Malik.
O.C. : On pourrait vous citer aussi Miss Elliot. On part du piano. C’est des questions de rythme aussi.
Cette collaboration fructueuse vous voulez la continuer j’imagine ?
S.B. : On continue nos projets sans oublier les à-côtés. On a fait le truc dans une bulle, qui a aujourd’hui bien grandi. On veut travailler quand on a envie de travailler. On aime bien tendre l’arc et tout lâcher d’un coup.
Pourquoi une reprise de Björk ?
O.C. : C’était un trip. C’est une artiste qu’on aime beaucoup. Ça paraissait tellement incroyable de reprendre Bachelorette. J’adore cette chanson.
Un retour ?
O.C. : Les gens aiment bien.
Un retour d’elle ?
S.B. : Elle, non ! On a joué avant Björk au Paléo festival en Suisse. On a pas osé la faire. Ca aurait été un peu con d’autant plus qu’elle l’a fait après. C’est pas très grave de pas avoir de retour de sa part. J’adore le chanter ce morceau. C’est un petit clin d’œil. Elle défonce cette nana !
Et sur scène justement ça se passe comment la tournée ?
S.B. : J’ai chanté devant des gens qui avaient acheté leur billet. Je me sentais imposteur, j’avais une grosse pression. C’est très facile de prendre des trucs, de la drogue, toute cette légende. Au quotidien t’as pas trop le droit. C’est tellement éprouvant. A côté aussi. On s’est jamais où on est. Et puis ces drogues on les porte en nous. Il y un truc très fou qui se développe sur scène.
Et le jeu d’acteur vous a aidé sur scène?
S.B. : Tu peux pas te cacher derrière quelque chose. C’est un côté de toi qui sort. Tu dois te libérer, le plus possible. Je veux vivre comme ça. Tu ne mens pas, tu joues pas. C’est pas intéressant sinon.
Et toi Olivier tu as plus l’habitude de la scène en tant qu’ancien membre du groupe Mass Histeria ?
O.C. : J’ai plus l’expérience de la scène, c’est sûr !
S.B. : Il m’a beaucoup aidé au début. Je savais pas ce qu’étaient les retours (rire).
O.C. : Je l’ai rassuré sur le mode de fonctionnement
S.B. : Heureusement qu’ils étaient là, Olivier et toute l’équipe autour.
O.C. : On se complète beaucoup et puis c’est bien d’être deux pour calmer la chose.
Vous êtes deux et vous voulez rester deux ?
S.B. : Sur scène il y a une violoncelliste aussi. On a voulu « casser » un peu l’album. On a voulu refaire les morceaux, les rallonger, les raccourcir. C’est complémentaire cet instrument. On pouvait le mettre partout. C’est un instrument noble.
O.C. : C’est majestueux!
S.B. : Pour l’instant c’est notre formule. Demain, on optera peut-être pour une batterie. On ne s’interdit rien.
O.C. : Dans le passé on a déjà rajouté des cœurs d’enfants. On s’amuse.
S.B. : On se protège tous les deux, quoi qu’on fasse.
Vous avez crée un monde à deux ! C’est pas trop difficile pour une autre personne de rentrer dedans?
O.C. : On eu de la chance vraiment ! Parce que c’est vrai que tu peux t’entendre avec quelqu’un dans la vie et pas sur scène. Le violoncelle en tant qu’instrument de toute façon avait sa place dans notre univers.
S.B. : La base c’est nous deux parce que ça fonctionne. On invitera sûrement des gens sur scène mais il faut que ce soit justifié. Avec Gainsbourg par exemple les duos étaient toujours parfaits. C’était pas juste pour l’esthétique. C’est plus gros que la tour Eiffel Gainsbourg.
Votre meilleur souvenir sur scène ?
O.C. : Le Paléo festival, c’était énorme. On est ressorti en transe. On était programmé entre Arcade fire et Björk. On avait super peur. Et puis les gens ils étaient là pour nous écouter. Ils vivaient une heure et quart avec nous.
S.B. : J’entendais même plus les retours. Je faisais signe aux mecs du son mais il me répondait qu’ils étaient au maximum. C’était électrique, intense. On était entre deux groupes excellents. On a flippé.
O.C. : On appréhendait cette date. C’est une partie de ping-pong. Le public est à fond, tu réponds. Et c’est reparti. C’est des trucs que tu vies pas ailleurs.
Des projets en commun ?
S.B. : Continuer à construire ! Je vais tourner un film avec un pote. On fera la BO aussi. On forme une équipe qui aime partir dans tous les sens. J’aime bien revenir sur cette idée de liberté. Une bande et de la création toujours. Et si on arrive à faire ce film : il y aura des potes stylistes, on composera la musique, on jouera…
Et sur le film qui est en préparation… vous pouvez nous en dire un peu plus?
S.B. : Je me suis posé des questions à savoir si on pouvait exister sans carte bleue en tant qu’être humain, sans être clochard…. Sans carte vitale, sans tous ces trucs… et ça dérive sur d’autres choses. J’en suis au fœtus du truc.
L’écriture est achevée ?
S.B. : Oui mais il faut trouver les subventions et tout et tout
Ca devrait être plus simple maintenant?
S.B. : Peut-être !
C’est important pour vous d’être indépendant ?
S.B. : L’audimat c’est pas notre truc. Au début on nous disait que notre musique était trop lente. On a pas changé de voie. Philippe LIORET nous a fait confiance et nous a offert un vrai cadeau Il nous a aidé et il a pas eu tort apparemment. La situation était finalement la même pour son film Je vais bien, ne t’en fais pas. Les gens pensaient qu’il prenait trop de risques. Au final : un césar pour Mélanie et un césar pour Kad. On a vécu ça en équipe… c’est tellement jouissif ! Le problème aujourd’hui est clair : on laisse pas aux artistes le temps de créer. En France on analyse pendant quatre ans et au final on ne fait rien. Il faut laisser le temps de faire un truc fini. Avec notre maison de disque on eu de la chance. Pour la pochette c’est la nôtre alors qu’en général on est obligé de mettre ses gueules sur la couv. !
O.C. : On a nous proposé des trucs... mais on veut tout faire à deux, de A à Z. On ne veut pas se faire « polluer ». Si on fait des télés, je peux montrer ma tête dans le cas où c’est un moment chanté et pas une interview. Notre métier c’est partager un moment de musique. Et puis la télé ça vient, ça part. L’album, lui, il restera. L faut montrer sa tête parfois. On va pas refuser les photos. On a dit non parfois.
On est en Allemagne ! Ca évoque quoi pour vous au niveau musical ?
S.B. : Musicalement, je connais pas trop
O.C. : Pour moi, l’électro très pointue.
Et Berlin plus particulièrement?
O.C. : Première fois qu’on vient. Il parait que c’est plein d’énergie créative
Vous parliez de liberté… ici c’est libertin et libre. Il y a moins la pression de l’argent. C’est donc plus simple pour laisser libre court à sa créativité.
S.B. : C’est le problème de Paris. C’est dur d’avoir le temps d’y penser.
Et des dates prévues ici ?
S.B. : C’est en train de se faire. On s’est posé la question de l’album il y a un an Depuis : disque d’or, tournée… On termine la France dans un premier temps. Et on partira à l’étranger début 2008.
Et pour l’entourage c’est pas trop dur de vous voir rentrer dans un « autre monde » ?
O.C. : Notre entourage est à peu près le même. C’est un avantage
S.B. : Il faut savoir se séparer aussi. Ça va cinq minutes (rire). Pour l’entourage, la famille… ils ont pas les clés alors c’est compliqué aussi parfois.
O.C. : Nous on a la sensation de pas avoir changé. La vie est la même quand on rentre le soir.
S.B. : Et puis on a tout de suite été dans le travail. On a pas eu le temps de se dire ce qui se passait. Toujours dans l’action Dix jours de vacances depuis le début de l’année. Ça te protège aussi. Tu restes dans un esprit créatif. Je vais avoir besoin d’un an ou deux pour digérer.
La réception dans le milieu de la musique ?
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O.C. : On s’est pas fait lynché, même si on nous attendait au tournant C’était un single pas un album. Il y a pas eu de critiques assassines.
S.B. : Je ne veux pas une once de concession dans le prochain album. Avec cet album on a réussi à transposer ce qu’on avait dans le crâne. Le prochain sera dans le même esprit.
Vous restez encore longtemps à Berlin ?
O.C. : On repart ce soir ! On est arrivé hier. Donc plutôt court le voyage !
Quand vous avez des dates… vous nous prévenez ?
S.B. : Carrément…
« Aaron » tournée 2008 en Allemagne : le 31/01 à Francfort (Brotfabrik), 01/02 à Munich (Ampere), 02/02 à Karlsuhe (Tallhaus), 04/02 à Hambourg (Fabrik) et le 05/02 à Berlin (Admiralspalast).
Renseignements : www.prime-tours.com
Propos recueillis par Fabien Charlon et Régis Présent-Griot
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