La multitude des lieux de représentations de Tanz im August – scènes de premier plan tels les Sophiensäle et les HAU, mais aussi lieux officiels comme la cinémathèque et la Schaubühne de Thomas Ostermeier – révèle bien le fonctionnement de la freie Szene de danse et théâtre : le travail en réseaux.
La freie Szene n’est pas seulement « le théâtre off » mais simplement tout ce qui existe au-delà des théâtres municipaux comme le Deutsches Theater à Berlin, le Schauspielhaus à Hambourg ou le Residenztheater à Munich. Ces derniers fonctionnent avec un ensemble fixe (une troupe) et toute une structure de permanents : techniciens, metteur en scène, administrateurs, etc. Issus de la tradition théâtrale du 18ème siècle, quand la bourgeoise allemande ne faisait pas la révolution mais critiquait la société sur scène, les 150 théâtres municipaux allemands proposent une « programmation de répertoire » avec tous les soirs une pièce différente à l’affiche. Grâce à une intense promotion des jeunes auteurs, la mise en scène de textes contemporains est aujourd’hui l’apanage des théâtres municipaux.
Jusque dans les années 1970, ils couvraient largement le spectre de la création théâtrale. Puis la freie Szene a fait son apparition, avec des productions qui se conçoivent souvent comme un lieu de réflexion, un laboratoire de formes nouvelles et interdisciplinaires (théâtre, danse, performance, vidéo, musique, installation). Le développement de pièces au sein même d’une troupe ou l’adaptation pour la scène de textes non-dramaturgiques sont aussi une particularité de la freie Szene. De la configuration minimale d’un acteur et d’un metteur en scène jusqu’aux super-productions impliquant de grandes structures et d’importants financements - le Hauptstadtkulturfonds, la Kulturstiftung des Bundes sont parmi les plus prodigues -, la freie Szene ressemble à une auberge espagnole. Mais elle n’est pas pour autant exempte de hiérarchies avec ses têtes d’affiches et ses laissés pour compte. Aujourd’hui, le clivage entre les deux systèmes se réduit : les enfants prodiges de la freie Szene, tels que René Pollesch, Sasha Waltz, Christoph Schliegensief ou le collectif Rimini Protokoll ont fini, avec leur équipe, par rejoindre des théâtres municipaux.
Daniela Deinhammer