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 Pascal Thibaut, correspondant à RFI, il habite à Berlin depuis 16 ans
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Bleue, jaune, verte, marron : non, ceci n’est pas un compte-rendu exhaustif du feu d’artifices du 14 juillet. Ce festival de couleurs hors du commun, avec ces tonalités si tranchées, c’est celui que vous appréciez régulièrement en descendant dans votre arrière-cour glauque ou plus pimpante selon le quartier où vous habitez, pour vous soulagez de vos petits déchets ménagers.
On peut discuter des mérites de ces poubelles pour le moral des troupes au petit matin et de leur esthétique pop art. Plus problématique est leur utilisation. Je me demande si Bernd a été capable de l’expliquer à Monique (voir le couple de choc gallo-germanique en pages intérieures). Le génie capable de comprendre quelque chose à ces gros legos multicolores décorant nos cours intérieures mérite le prix Nobel, de la paix. Car la disparition des affres de notre mauvaise conscience écolo et des regards en biais de Herr Pubelmann, le Hausmeister ne pourraient que contribuer à la paix des ménages. Il y a peu de chances que votre Blockwart lise (ou déchiffre) la Une de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il y aurait appris que si les deux tiers des citadins balancent leurs déchets dans la mauvaise poubelle, c’est parce qu’ils sont daltoniens. A la campagne, les adeptes sont apparemment plus doués. Il faut dire que le taux de bergers allemands et de futures saucisses encore dotées de leur groin limitent le volume des déchets et les maux de tête du recycleur ne sachant pas recycler sans son Schwein.
Le papier, ça va encore. On le met dans la poubelle bleue (les Français fraîchement débarqués sont priés de prendre des notes !). Pour les emballages, je rends les armes d’office, je n’y ai jamais rien compris. Où faut-il mettre les pots de yaourts, les boîtes de conserves et le Tetra Pak ? Reste le « Bio-Müll ». Pour les néophytes, ce sont les déchets alimentaires biodégradables que l’on met dans des réceptacles aux couleurs riantes, marrons. Avant d’en arriver là, on vous distribue une poubelle miniature dans les mêmes teintes, qui défigurerait la cuisine la plus moche. Je m’en suis servi une fois. J’ai mis mon sac biodégradable à base de maïs dans la poubelle et j’y ai déversé un bon moment les déchets autorisés par la notice d’utilisation. J’ai attendu que la chose se remplisse, faisant très courageusement fi des odeurs certes naturelles mais néanmoins nauséabondes et des cultures sauvages qui s’en dégageaient. Enfin, le sac biodégradable était plein. Le Gaulois, pas écolo pour deux sous, les naseaux contrits mais fier comme Artaban s’apprêtait à célébrer sur l’autel du système dual l’éclosion prometteuse d’une sensibilité environnementale. En guise d’éclosion, c’est ce p… de sac en maïs qui, à peine extrait de cette foutue poubelle marron, prouvait ses mérites écologiques en déversant son contenu putréfié à mes pieds, tel un humus destiné à faire croître mes pulsions écolos naissantes. Qui n’y ont pas survécu.