

L’équation est plus simple à énoncer qu’à résoudre. L’Allemagne dépend en grande partie de sources d’énergie naturelles qui vont peu à peu se tarir (pétrole, gaz, charbon), devenant de plus en plus chères à l’achat. En outre, le pays s’est engagé dans un programme de démantèlement de toutes ses centrales nucléaires d’ici le début des années 2020. Il n’a donc d’autres choix que d’investir massivement dans les énergies renouvelables, afin qu’elles puissent remplacer à temps les sources traditionnelles déclinantes.
Cette transition vers une économie basée sur des énergies durables constitue « un des enjeux les plus importants du 21ème siècle », n’hésite pas à affirmer Joachim Luther, directeur de l’Institut Fraunhofer pour les systèmes d’énergie solaire, qui travaille avec des industriels du secteur pour imaginer des solutions innovantes. Un enjeu qui figure également parmi les plus politiquement sensibles du pays, où tout ce qui touche à l’atome est bien plus discuté qu’en France. Pays qui, paradoxalement, dépend nettement plus du secteur nucléaire que son voisin.
Les décideurs allemands n’ont pas attendu l’avènement, en 1998, d’un gouvernement composé de sociaux-démocrates et de Verts pour saisir l’importance des énergies renouvelables. Mais l’accession des écologistes au pouvoir a donné un coup de fouet indéniable à tout un secteur qui, auparavant, n’employait que 30 000 personnes, contre 170 000 à la fin de 2005. Et ce n’est qu’un début. Encouragés par les autorités, les producteurs d’énergie ont prévu, dans les 15 ans à venir, d’investir plus de 200 milliards d’euros dans ce secteur.
La marge de progression est immense. L’an dernier, 84% de la consommation en énergie dite primaire (c’est-à-dire sous sa forme naturelle) provenait des carburants fossiles : pétrole, charbon et gaz. La part des énergies renouvelables ne s’élevait qu’à 5,6%. Les plus grands espoirs se portent sur les éoliennes et l’énergie solaire.
Dans les campagnes allemandes devraient surgir de nombreuses hélices géantes, montées sur des pieds allant jusqu’à 100 mètres de haut, telles qu’on en aperçoit ici et là dans le nord du pays. C’est surtout au large, en mer du Nord ou dans la Baltique, que les éoliennes vont proliférer, pour renforcer encore la place de l’Allemagne : elle exploite déjà un tiers de la capacité installée dans le monde. « Il faut maintenant que nous transformions le réseau électrique, pour intégrer des petites unités de production décentralisées et permettre au courant produit dans le Nord du pays d’être transporté vers le Sud », note Hans-Josef Hell, député Vert expert en questions énergétiques.
Les chercheurs s’efforcent aussi de développer l’énergie solaire en tant que source directe de chauffage et d’électricité. Les biocarburants, l’énergie géothermique et, à une moindre échelle, les barrages hydrauliques complèteront le tableau. Dans le même temps, le ministère de l’industrie appelle les usagers, en particulier les entreprises, à rationaliser leur consommation. Des producteurs se sont lancés dans la construction de centrales à charbon moins polluantes.
Malgré tout, la droite allemande, qui gouverne depuis l’automne 2005 avec les sociaux-démocrates, reste peu convaincue de la viabilité à court terme des énergies renouvelables. Elle ne désespère pas de revenir sur la décision, prise il y a six ans avec les industriels du secteur, de fermer les centrales d’ici 2021. Certains souhaitent même une relance du nucléaire, comme c’est envisagé, voire décidé, dans d’autres nations industrialisées. Il n’est pas sûr que la population approuve.
Antoine Jacob
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