imprimer   03.09.2010 
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Vous avez déjà eu envie de pleurer en voyant des poussins ? Moi oui. Je vous jure. Devant le documentaire autrichien sur la chaîne alimentaire We feed the world- Essen global, d’Erwin Wagenhofer. Dans ce film, Jean Ziegler, rapporteur spécial auprès de l’ONU dans l’unité d’appui et de recherche sur le droit à l'alimentation, est époustouflant. Peter Brabeck-Letmathe, grand grand chef de Nestlé, non. Voilà. Alors moi, tant que les poulets élevés en batterie n’auront pas accès à des centres de fitness, comme tout citadin qui se respecte, et puis tant qu’un de ces centres ne leur sponsorisera pas une Lovail… euh une volaille parade, je n’achèterai plus de pilons de poulets à bas prix. Tiens, d’ailleurs je n’en achetais pas, ça tombe bien. Après tout, je suis Française, et les Français aiment la viande rouge. C’est Jean-Vincent Pfirsch, auteur de La saveur des sociétés, sociologie des goûts alimentaires en France et en Allemagne (Presses Universitaires de Rennes) qui le dit. Selon lui, nous, Français, pensons nous approprier la force de l’animal par le sang. Nous sommes zoophages. Les Allemands, eux, préfèrent la viande blanche, comme le poulet justement, ou le porc, jamais servi saignant. Certes, ils étalent sur leur pain noir de la Blutwurst - de la saucisse au sang ! – mais c’est en réalité le parangon de la charcuterie triturée. Aucun sang sous le boyau. Dès l’abattage, nos hôtes font subir à l’animal un traitement visant à sa conservation, naturelle ou non, sans le putréfier, par exemple par fumage. Ils le transforment en charcuterie, en saucisses, en boulettes, comme des momies. Selon M. Pfirsch, les Allemands sont sarcophages.

Si tout ça vous a mis en appétit, je vous conseille les Volksküchen, aussi appelées Vokü, ou en français dans le texte : la cuisine du peuple. Rien à voir avec la soupe populaire, non, les Vokü ne s’adressent pas aux pauvres, elles sont pour les êtres alternatifs, les contestataires du système, les gens « in ». La plupart du temps végétariennes, parfois végétaliennes, les Vokü sont servies dans les squats et lieux autogérés, comme par exemple au XB-Liebig dans la Rigaerstr. à Friedrichshain, ou au Köpi dans la Köpenickerstr. à Mitte. Tous les jours, vous pouvez manger équilibré pour pas grand-chose, vous pouvez même vous resservir: c’est vous qui décidez du prix de votre assiette, selon vos finances. La seule chose qu’on vous demande, c’est de ne pas tricher. Dans les cuisines du peuple, on n’aime pas les faux-culs. Pour plus d’infos : www.stressfaktor.squat.net

 

*Céline Robinet, auteure, slameuse et traductrice, vit de sa plume à Berlin. Elle a publié son premier recueil de nouvelles:"Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres!" au Diable Vauvert en 2005.

 





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