A l’ombre d’un arbre du Tiergarten ou sur les bords des lacs, découvrez ou redécouvrez les albums pop rock de l’été 2006.
TV On The Radio, Return to Cookie Mountain
Avec ce nouvel album, le collectif new-yorkais de cinq doux dingues, emmenés par Tunde Adebimpe et David Sitek poussent encore plus loin les limites de la pop et du rock et marquent ainsi l’un des plus grands chef d’œuvres du rock « indé » de ces dernières années.
Poussant le mot fusion jusque dans ses derniers retranchements, le groupe invente le « post post rock » : une musique rock dans sa sonorité, pop dans sa volonté, mais traitée globalement à partir d’un bon vieil album vinyle. Un album où l’on croise David Bowie à la voix et où chaque titre semble chipé sur les disques du passé et remonté sur un fil sémantique munis des dernières percées technologiques. 11 morceaux ébouriffants, étonnants, particuliers, imprévisibles à l’exemple du titre A Method, un mix de vieux chant tribal africain et de percussions métalliques où viennent se greffer des voix à la Beach Boys un jour de tempête de sable.
TV On The Radio “Return to Cookie Mountain” (4ad/Beggar /Indigo)
www.tvontheradio.com
Thom Yorke, The Eraser
Quand l’ancien leader et voix du cultissime Radiohead nous annonçait la sortie d’un album solo et une métamorphose post-Ok Computer, nous étions tous sceptiques. Réalisé certes par Nigel Godrich (Air, Beck, Paul McCartney, Charlotte Gainsbourg…), the Eraser est au final un album étrange, minimaliste mais terriblement attachant : très électronique avec une même voix limpide et dramatique, mais très épanouie et des textes toujours angoissés. Son titre « La Gomme » en traduction VF témoigne d’ailleurs de la volonté de Yorke d’épurer le style Radiohead, sans en effacer totalement la trace. On y retrouve donc des compos de génie aux textures synthétiques et effets électroniques. C’est finalement très songwriting, voire même par moment mélodique et très chantant infléchi certes par quelques basses. Un groupe, un artiste qui n’ont pas fini d’éclairer notre époque et de défricher les nouvelles tendances musicales de demain. Indispensable donc.
Thom Yorke “The Eraser” (Xl/Beggars/Indigo)
www.theeraser.net
The Divine Comedy Victory For the Comic Muse
"S’il y a une guerre, je coucherai avec toi avant que tu ne te fasses tuer. C’est ce que font les vieilles filles dans les livres. Et je suis une vieille fille." "Oh tu sais, la virginité n’est rien, tu peux la perdre en montant à vélo." "Je ne savais pas. Je dois faire attention, je vais avoir un vélo à Londres." Le ton est donné. Après ses précédents albums Libération et Promenade, Neil Hannon y chante une nouvelle fois son triptyque éternel ("le sexe, la mort et la religion") avec une poésie déroutante. Avec comme thème central cette fois-ci les femmes– toutes les femmes- dont il semble un éternel amoureux et inépuisable conteur. Comme ce magnifique portrait d’une vieille dame très british tout droit sorti d’un film en noir et blanc, a lady of a certain age ou le titre Mother Dear, où règne un banjo très élégant. Bref, de la pop bricolée, bariolée et teintée d’influences 80’ parfaite pour se distraire l’été. Sans aucun doute le plus écrit, le plus littéraire des albums de Neil Hannon.
The Divine Comedy “Victory For the Comic Muse” (Parlophone/Emi)
www.thedivinecomedy.com
Sonic Youth Rather Ripped
Album de la renaissance pour le groupe, Rather Ripped fait aujourd’hui figure d’album du siècle pour bon de nombre de grands critiques musicaux. Redevenu quartet pour l’occasion, comme à ses grands débuts, Sonic Youth, constitué de Kim Gordon (bassiste et chanteuse), Thurston Moore (guitariste et chanteur), Lee Ranaldo (guitariste et chanteur occasionnel) et Steve Shelley (batteur) nous propose une vrai ballade pop. Du jamais vu pour ce groupe quinquagénaire qui a eu tant de mal à s’imposer dans le monde impitoyable du rock et qui semble aujourd’hui avoir trouvé son équilibre dans l’univers pop. Les morceaux de Rather Ripped sont de véritables bijoux travaillés (certains parlent même de diamants travaillés et dépolis, c’est pour dire) comme si ils étaient le fruit d’années d’écoute, de perfectionnement. Et comble du talent : ils semblent pourtant d’une fraîcheur incroyable. Des déflagrations comme Do You Believe in Rapture ?, Incinerate, Lights out, Sleepin’ around ou Turquoise Boy peuvent facilement figurer parmi les morceaux les plus enivrants de l’année, toutes catégories confondues. Un disque qui parle moins de politique que d’histoires amoureuses, moins de Bush que des banlieues de Desperate Housewives.
Sonic Youth “Rather Ripped” (Geffen/Universal)
www.sonicyouth.com
Peter Licht Lieder Vom Ende Des Kapitalismus
Sorti en mai dernier, le 3ème album de Peter Licht « le Philippe Katherine allemand » a fait une fois de plus l’effet d’une „bombe“ dans le milieu musical outre-rhin. Souvenez-vous déjà en 2001, le hit Sonnendeck, relayé par les plus grands DJ et titre chouchou de Ellen Allien, c’était déjà lui. Une histoire de bronzage, de solarium, qui reste pour toujours dans la tête. Puis Die Transylvanische Verwandte ist da, un autre tube, au texte toujours absurde, mais néanmoins aussi irrésistible. Pour ce dernier album , il va encore plus loin en nous proposant des chansons cinglantes sur la fin du capitalisme Lieder vom Ende des Kapitalismus. Après une intro qui s’intitule Offenes Ende (la fin ouverte) – tout un programme -, l’auteur nous entraîne une nouvelle fois dans un délire pop, électro, et même classique délirant. Das Absolute Glück, comme se prénomme d’ailleurs l’un de ses titres !! Des mélodies imparables, entêtantes, rayonnantes, légères et drôles..
Peter Licht „Lieder Vom Ende Des Kapitalismus“
www.peterlicht.de/
http://www.myspace.com/peterlichtmusic
Tomte Buchstaben über der Stadt
Grande révélation du rock allemand en 2003 avec Hinter all diesen Fenstern, le groupe de l’écrivain Thees Uhlmann avait, à l’époque, démontré que le rock outre-rhin pouvait aussi tenir tête au rock anglo-saxon. Depuis le groupe (issu de l’école pop-rock de Hamburg "Hamburger Schule") a fait du chemin, montant son propre label et se plaçant toujours dans les meilleures ventes de disques. Avec ce 4ème album, très attendu, les 5 musiciens de Tomte ont continué à nous surprendre en nous proposant un virage à 90 degrés. Et c’est plutôt réussi ! Textes dures, paroles acérées et mélodies imparables qui rappellent encore plus The Smiths ou Oasis. L’album garde une originalité surprenante. De Was den Himmel erhellt au lumineux Ich sang die ganze Zeit von dir, la voix écorchée et mélancolique de Thees Uhlmann, le chanteur et leader du groupe, s’attarde sur les mots, raconte des histoires et semble caresser la musique en exprimant un spleen romantique typiquement prussien. Buchstaben über der Stadt est un album de pop nordique (à l’image du titre Norden der Welt, poème sur les petites villes portuaires pluvieuses du nord de l’Allemagne) mais aux accents de rock indé voire folk ou jazzy.
Tomte “Buchstaben über der Stadt“ (Grand Hote/Indigo)
www.tomte.de
Nouvelle vague Bande à part
L’un des albums incontestables de l’été et qui colle si bien à la chaleur harassante : des standards new-wave repris à la sauce caribéenne. Avec notamment l’un des titres-tubes incontournable, la version reggae de Heart of Glass de Blondie. Si certains puristes peuvent regretter ce passage aux UV des grands classiques new-wave, il faut reconnaître à Marc Collin (l’arrangeur et musicien de nouvelle vague) un vrai talent. Qui à part lui aurait osé greffer un doux balancement calypso sur le très rigide Blue Monday ? Qui à part lui aurait pu nous faire (re)découvrir une superbe chanson sous l’atroce titre Dancing with Myself de Billy Idol ? Sans oublier Heaven 17 (Let Me Go), Yazoo (Don’t Go) ou Blancmange (Waves). De la guitare sèche, de l’accordéon, des percussions, une réelle belle voix féminine. C’est simple, c’est léger et c’est frais ! Et c’est 1 000 fois mieux qu’une bonne compil électro pop des années 80 !
Nouvelle Vague « Bande à part» (Pias)
Retrouvez la critique complète de l’album dans la gazette N°3/rubrique archives www.lagazettedeberlin.de
Phoenix It’s Never Been Like That
Pour ce 3ème album, enregistré à Berlin, le groupe versaillais Phoenix nous entraîne dans des sonorités plus rocks : il y a un peu de Smiths, de Strokes ou même de Cindy Lauper chez Phoenix. Les rythmes sont durs, les arrangements simples et brutaux. Sans oublier pour autant la substance émotive et les harmonies vocales qui donnent à l’ensemble une âme pop parfois inspirée par la vague des seventies. Ecoutez Consolation Prizes, un vrai régal pop qui fait déjà des heureux sur les dances floors, réecoutez It’s Never Been Like That ou le déjà très classique Long Distance Call sans oublier les très beaux instrumentaux comme North….. C’est l’un des grands classiques de cet été et c’est français.
Phoenix Its “Never been Like That” (Emi/Virgin). www.wearephoenix.com
Par Nicolas Jeanneté
Retrouvez la critique complète de l’album dans la gazette N°2/rubrique archives www.lagazettedeberlin.de