Je vais vous dire un secret. Parce que moi j’adore les secrets. Alors voilà, euh, bein, je n’ai pas de chronique. Je l’ai oubliée. Enfin pas oubliée complètement, nan, gardée pour plus tard comme l’accompagnement dans l’assiette. Pourtant j’ai passé les derniers jours, disons les dernières semaines, bon allez les derniers cinq mois à écrire. Le 22 juillet, j’ai quand même fait une exception pendant la gay pride pour danser en bikini sur un char et lancer des bonbons aux gens comme au zoo – chose que je m’étais promis de ne plus jamais faire. Il faut croire que passer autant de temps enfermé chez soi fait oublier les convenances. C’est bizarre quand même l’écriture. Etre aussi heureux tout seul dans sa chambre, comme un con. C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a des lectures publiques. Faut bien partager tout ce bonheur. Je me souviens de ma première fois. J’étais terrorisée. En chemin, je priais pour me faire écraser par une voiture. Mon honneur aurait été sauf, les organisateurs n’auraient pas pu m’en vouloir, ce n’est pas par lâcheté, non, non, c’est parce qu’elle est morte qu’elle nous a fait faux bond. Malheureusement j’étais arrivée en vie. Dans les toilettes, j’avais mesuré mentalement la taille de la lucarne pour voir si c’était réaliste de m’échapper par là, j’espérais une petite alerte à la bombe, un minuscule attentat, un tueur fou, n’importe quoi enfin, pour me sortir de ce cauchemar.
Il faut dire qu’à Berlin, on est gâté. Pas moins d’une douzaine de Lesebühnen, ces scènes littéraires où cinq ou six jeunes auteurs se réunissent dans un club ou un café pour lire à haute-voix leurs nouveaux textes - en général mordants, efficaces, drôles, et avec malheureusement un peu toujours le même humour. Dans les années 90, elles représentaient la nouvelle scène littéraire allemande, dont le représentant le plus connu est sans doute Wladimir Kaminer. Les maisons d’édition telles que Fischer et Rowohlt ne s’y sont d’ailleurs pas trompées et ont publié nombre d’entre eux. Alors si vous n’avez jamais assisté à une Berliner Lesebühne, courez au Badeschiff. Tous les vendredis à 21h00, et ce jusqu’au 25 août, c’est là qu’a lieu la Lokalrunde (lecture, musique et comédie). Profitez de la piscine incroyablement bleue sur la Spree tout en vous faisant distraire par de jeunes auteurs désireux de partager leur bonheur. Bon, comme d’habitude, vous y entendrez surtout des hommes. Alors s’il vous plait mesdames, n’ayez pas peur, écrivez. Avec l’écriture, on peut tout. Le reflet du ciel dans l’eau n’est pas moins vrai que le ciel.
*Céline Robinet, auteure, slameuse et traductrice, vit de sa plume à Berlin. Elle a publié son premier recueil de nouvelles:"Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres!" au Diable Vauvert en 2005.