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Blanca Portillo, Penelope Cruz et Pedro Almodovar pendant le 59ème Festival de Cannes

 

Sommer Loch... Berlin en été rime avec cinémas désertés. Pas un distributeur pour y risquer un film qui vaille. Une exception pourtant : Volver, le dernier film du grand Almodovar.

 

Raimunda – une Penelope Cruz relookée en Sophia Loren des faubourgs de Madrid, épatante – revient la nuit tombée de l’une de ses longues journées de besogne… pour trouver son alcoolo d’homme gisant sur le sol de la cuisine dans une mare de sang, poignardé à mort par sa belle fille qu’il avait tenté d’abuser. Le premier choc passé, Raimunda – femme forte et à l’esprit pratique - se livre à un ménage méthodique. Soudain on sonne à la porte du petit appartement: panique. C’est un voisin. Il s’étonne de la balafre rouge sur le cou de la belle Raimunda. « C’est rien, pare-t-elle d’un air entendu, una cosa de mujeres » (un truc de bonnes femmes). Le ton est donné : le dernier film de Pedro Almodovar est un film de femmes sur mode tragi-comique. Une comédie dramatique flamboyante par un réalisateur au sommet de la maîtrise de son art.

 

« Volver » le bien nommé est un véritable « retour ». Retrouvailles du cinéaste avec sa Mancha natale, avec Carmen Maura, sa muse des années quatre-vingts et, après un intermède de deux longs métrages plus masculins (Parle avec elle; La mauvaise éducation), avec un vrai beau film à la gloire des femmes. Ces magnifiques petites provinciales montées à Madrid, bien qu’encombrées de pénibles bonshommes et de sordides secret, trouvent leur salut dans l’étroite solidarité qui les unit. Leur virtuosité, que ce soit dans la préparation des repas, au chevet des malades, ou dans la perpétuation des rites funéraires ancestraux, est ici dépeinte avec une emphase proche de la dévotion. Une ode vibrante à la femme, la mère, la sœur, la famille-matrie… ainsi qu’au décolleté et « faux-cul » de Lopez (Cruz, apparemment mieux pourvue du buste que de la croupe a hérité d’une prothèse pour un déhanchement plus spectaculaire). Un film qui friserait donc le machisme si les hommes n’y étaient tous des incapables ou des pères incestueux, et sans cette admiration évidente qu’Almodovar porte à ses héroïnes. Si la presse espagnole a applaudi ces retrouvailles avec Maura après leur célèbre brouille il y a une quinzaine d’années, ce sont celles avec Cruz (déjà dans « Tout sur ma Mère ») qui crèvent l’écran. Une Penelope Cruz du tonnerre, à des années lumières de la bimbo made-in-Hollywood dont la presse people a tellement fait ses choux gras qu’on en avait oublié ses (vrais) talents d’actrice.

 

On savait qu’ Almodovar affectionnait le mélange des genres. Il pousse ici le culot un cran supplémentaire pour aborder une saga multi générationnelle abracadabrante et se colleter avec le tabou de la mort - sans renoncer ni à la comédie ni au réalisme, et sans jamais non plus sombrer dans la farce ni dans le sentimentalisme. Un scénario alambiqué où les vivants côtoient les morts et les morts reviennent s’occuper des affaires des vivants. Almodovar tient le pari d’un film improbable et admirable. On rit, on pleure, mais surtout on s’épate devant tant de virtuosité.

 

Nadja Vancauwenberghe

 








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