Premier Album de Led Zeppelin, en couverture le crash du Hindenburg de 1937
Il vogue à travers les temps, tantôt adulé, tantôt détesté, et sort parfois de son brouillard au gré de l'actualité. Dimanche 12 juin, un zeppelin s'enflamme et s'écrase près de Friedberg (Hesse), dans le centre-ouest de l'Allemagne, tuant son pilote. Un incident qui peut paraître anecdotique, mais qui, dans un pays marqué par la catastrophe du Hindenburg, n'est pas anodin. A l'heure où des solutions propres, alternatives à l'avion sont recherchées, ce nouvel accident pourrait décidemment enterrer le destin de l'aérostat (voir encadré).
"Goodyear" est en flamme. Non pas l'entreprise, mais un Zeppelin promotionnel qui volait dans le centre de l'Allemagne. A son bord trois passagers dont deux journalistes (Bild, RTL) et un pilote australien de 52 ans. À l'atterrissage, l'appareil connaît un problème technique encore inconnu et le pilote enjoint les passagers à sauter, à deux mètres du sol. A cause de la soudaine légereté de l'appareil, celui-ci reprend brusquement de la hauteur et finit par prendre feu, le pilote toujours à l'intérieur. Cet accident a fait couler beaucoup d'encre en Allemagne non seulement à cause des journalistes à bord, mais également à cause d'un passé qui n'a rien de leger
Rares sont les objets volants qui ont autant marqué l'univers musical. Grâce au britannique Jimmy Paige et son groupe, Led Zeppelin (Dirigeable Plombé) fondé en 1968, ce nom -et celui de son inventeur- resteront inscrit un bon moment dans les esprits. Car le père du premier dirigeable a donné son propre nom à son invention : le comte Ferdinand von Zeppelin dépose les premiers plans du "Zeppelin" en 1895. L’idée : une poche gonflée aux gazs “plus légers que l’air” qui permet un envol simple et immédiat. Mais le projet ne trouve pas d’investisseurs et le comte, tout juste retraité de l'armée, décide de financer lui même sa construction, à Friedrichshafen. Le premier vol d'un Zeppelin est acté le 2 juillet 1900 : l’engin avait alors une longueur de 128 mètres, deux moteurs de 14,2 chevaux et deux nacelles. En 1909, un premier zeppelin est utilisé pour le transport de passagers et est racheté par la première compagnie aérienne Deutsche Luftschifffahrts-AG (DELAG). C'est le début de nombreux voyages : en tout, les dirigeables DELAG voyagèrent sur 200 000 km et transportèrent 40 000 passagers. Dans les années qui suivent, le comte von Zeppelin développe plusieurs différents prototypes qui finissent par intéresser l'armée allemande.
Lors de la première Guerre mondiale les Zeppelins allemands jouent un grand rôle. Tout d’abord bombardiers, ils sont vite en charges de missions de reconnaissance. A la fin de la guerre le bilan est mitigé : sur 88 zeppelins construits pendant la guerre, 30 sont détruits par accident. Leur usage militaire disparaît naturellement après 1918 : le traité de Versailles impose en effet un désarmement complet des pays vaincus. Avec toutes les restrictions imposées par le traité et la mort du comte von Zeppelin en 1917, le futur du dirigeable semble compromis.
C'était sans compter sur son successeur Hugo Eckener qui trouve le moyen de commercialiser sa technologie auprès des Américains. Le 12 octobre 1924, celui-ci décolle à bord de son meilleur Zeppelin pour un vol transatlantique de 81 heures. Lorsque le Zeppelin atterit à New-York, il est acclamé par la foule alors que le président Calvin Coolidge l’appelle “ange de paix”. Quatre ans plus tard, Eckerner crée un nouveau zeppelin baptisé Graf Zeppelin(1) en l'honneur du comte disparu. C’est lui qui, en août 1929, réalise le premier tour du monde en dirigeable en 21 jours, 5 heures et 31 minutes. Malgré la concurrence de l’avion et la crise économique les voyages en Zeppelin deviennent de plus en plus prisés : en mai 1930, la première ligne transatlantique régulière est ouverte et transporte pendant six ans un nombre croissant de passagers.
Mais la dictature nazie s’installe et c’est le début des ennuis pour la société Zeppelin. Eckener refusant de collaborer, c’est Goering qui prend la tête de l’entreprise. Les appareils sont réquisitionnés pour distribuer des tracts de propagande, diffuser des chants ou des discours et doivent afficher les swastikas sur leurs ailerons. Avec la nouvelle donne politique, l'Allemagne ne dispose plus d'hélium pour gonfler les dirigeables (les principales réserves sont américaines) et Eckener doit gonfler ses ballons à l'hydrogène. L'accident fatal intervient le 6 mai 1937. L'arrière d’un aéronef (246 mètres de longueur) baptisé Hindenburg en l’honneur du président prend feu accidentellement, et le dihydrogène étant fortement enflammable, tout le zeppelin s'embrase. Trente-cinq personnes périssent à bord. La confiance du public est fortement ébranlée et il devient impensable de faire voler des passagers à l’aide d’hydrogène : le Graf Zeppelin est retiré et devient un musée.
De haut en bas : Le prototype russe DZ-N1 ; le Zeppelin NT, dirigeable allemand toujours fabriqué à Friedrichshafen
Les nouveaux défis du paquebot du ciel
Les accidents du début du siècle ne sont plus vraiment envisageables aujourd’hui : l'hydrogène est proscrit et l’hélium disponible partout. L’enveloppe du Zeppelin s'est considérablement renforcée : le caoutchouc est désormais remplacé par des matériaux tels que le kevlar. Les moteurs sont plus légers et plus perfectionnés, les armatures en carbone ou fibres de verre sont plus résistantes. Tout est là pour relancer la machine.
Mais c’est l’utilité du Zeppelin qui reste à définir. Aujourd’hui trois principales missions lui sont confiées. La première comme outil publicitaire, avec des petits dirigeables qui voguent au-dessus des plages. La seconde utilise également des petits dirigeables pour le tourisme cette fois. C’est le cas notamment dans son berceau d'origine, où des Zeppelins proposent des balades au-dessus du lac de Constance. Enfin les plus gros projets lancés à ce jour concernent le transport du fret et notamment les très lourdes charges (supérieures à plusieurs tonnes). L’armée américaine tente par exemple de développer un très grand dirigeable pour transporter des unités plus rapidement que les navires. Les pays européens ne sont pas en reste avec SkyCat en Grande Bretagne, FIRST et AVEA en France ou le Cargolifter en Allemagne. Beaucoup de projets mais beaucoup d'abandon. Ainsi le Cargolifter, prévu encore plus grand que le Hindenburg n’a finalement jamais vu le jour : la société demande la liquidation en 2002 et entraîne avec elle les 50 millions d'euros de subvention accordés par le Land de Brandebourg et plus de 300 millions investis par des petits actionnaires qui avaient cru au projet. L’énorme hangard qui avait été construit pour l’accueillir au sud de Berlin est racheté par une entreprise malaisienne et abrite aujourd'hui Tropical Island.
Avec la prise de conscience des enjeux écologiques, d’aucuns envisagent de remplacer définitivement l’avion par des dirigeables. Contrairement aux Airbus et autres Boeing, ils m’utilisent pas de kérosène(2), ils peuvent se poser et décoller de la terre aussi bien que de l’eau. Les dirigeables volent beaucoup plus bas que les avions (1200 mètres) ce qui signifient que leurs émissions de vapeur d'eau ont très peu d'effet sur les températures. Ils sont également très silencieux. Par ailleurs ils sont de plus en plus rapides et peuvent parcourir de longues distances : le Zeppelin NT atteint les 125 km/h et peut parcourir jusqu’à 900 km, le DZ-N1 russe 170km/h pour 15 000 km. Enfin ils sont capables de transporter beaucoup plus de passagers que l’avion, en offrant le confort et l’agrément d’une croisière en paquebot. L’idée d’un voyage, lent, majestueux, à basse altitude dans un zeppelin reste très séduisante.
On est cependant loin du compte. Les dernières tentatives font apparaître, comme par le passé, une longue litanie de catastrophes, de crashs ou de projets non aboutis. La fragilité du Zeppelin, réside dans sa principale caractéristique : il est plus léger que l’air. Pour cette raison, il est soumis à toutes les conditions atmosphériques, aussi bien en vol qu’à terre, pouvant être détruit à la moindre bourrasque. Par ailleurs, plus problématique, les réserves d’hélium ne sont pas inépuisables, au contraire. Il reste donc de nombreuses recherches à faire en aérodynamique pour lancer un modèle hybride moins sujet au caprices du vent et qui pourrait fonctionner également sans hélium. Mais, comme tout au long de son histoire, le problème du Zeppelin est le même : les financements, sporadiques et irréguliers qui empêchent toute vraie recherche. L’avenir du dirigeable dépend donc d’un nouveau Graf Zeppelin.
(2) Même en brûlant des combustibles fossiles, l'impact total d'un dirigeable sur le changement climatique, selon des chercheurs du Centre Tyndall pour Recherche sur le Changement Climatique, est de 80 à 90 % plus faible que celui d'avion ordinaire
Un aéronef est un moyen de transport capable d’évoluer au sein de l’atmosphère terrestre. Parmi eux on distingue les aérostats et les aérodynes. Les aérodynes sont des aéronefs qui sont plus lourds que l’air et volent grâce à des rotors ou des moteurs (c’est le cas de l’hélicoptère par exemple). Les aérostats ou dirigeables sont plus légers que l’air grâce à de l’air chaud (les montgolfières) ou du gaz léger (hydrogène, hélium). Ils assurent leur vol grâce à la poussée d’Archimède uniquement. Ils possède généralement un moteur en plus des ballons et des gouvernes pour se diriger. Les Zeppelins font partie de cette catégorie. Il peut enfin en exister de différents modèles : Rigides avec un squelette en métal recouvert d’une toile. A l’intérieur plusieurs ballons séparés remplis d’un gaz léger. Cf les grands Zeppelins d’avant guerre. Les dirigeables souples sont dépourvus d'armature. C'est juste une grande poche remplie d’hydrogène ou hélium. Egalement appelés blimps par les anglo-saxons, ils sont généralement de petite taille. Enfin les semi rigides possèdent une légère armature interne et des ballons de gaz à l’intérieur de l’enveloppe. C’est le modèle hybride le plus apprécié aujourd’hui. cf Cargolifter ou Zeppelin NT.