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Les rencontres franco germano polonaises du triangle de Weimar, prévues début juillet ont été reportées sine die. Motif officiel : l’état souffrant du président polonais Lech Kaczynski. Les relations tripartites, déjà bien fragiles, en prennent encore un sérieux coup.

 

Il semble que les satires du quotidien berlinois, la Taz, aient tourmenté l’estomac du dirigeant polonais. Lech Kaczynski n’apprécie pas d’être traité de « pomme de terre » et a expressément invité le gouvernement allemand à condamner le journal, tandis que sa ministre des Affaires étrangères taxait les journalistes de « nazis ». Les vieux conflits refont surface dans la « république monozygote », comme l’a baptisée la presse polonaise. Depuis que Lech a nommé son jumeau Jarislow premier ministre, rien ne semble pouvoir entraver le tour nationaliste, antisémite et parfois antiallemand que prend le pays dirigé par leur parti Droit et Justice (Pis). Pourtant, il ne faut pas négliger « l’écart entre les dirigeants et la population qui, en grande partie, a désapprouvé le comportement du chef de l’Etat » tient à souligner l’historien Dieter Bingen, président de l’Institut Allemand de la Pologne (Deutsches Polen Institut). Selon lui, ce ne sont pas les slogans antiallemands de la campagne présidentielle, à l’automne 2005, qui ont porté Lech Kaczynski au pouvoir. Il avait spéculé sur les vieilles peurs d’une population malmenée par l’histoire, coincée entre deux voisins dont elle a subi à plusieurs reprises les ambitions hégémoniques et totalitaires. Blessures de l’Histoire, que semblait raviver le récent projet germano-russe de gazoduc via la Baltique, excluant Varsovie et la mettant à la merci de Moscou, sur le plan énergétique.

 




Jaroslaw Kaczynski recoit sa nomination au poste de premier ministre des mains de son frère jumeau, le Président Lech Kaczynski

L’Association des expatriés

 

Au-delà de l’application des jumeaux Kaczynski à saper les efforts de rapprochement entrepris ces dernières années, l’Allemagne et la Pologne devront triompher d’un certain nombre d’obstacles et de fantasmes fabriqués par l’histoire.

 

Or, depuis 2000, l’Association des Expatriés (Bund der Vertriebenen, BdV) projette d’honorer la mémoire des immigrés allemands forcés de quitter leurs foyers en Europe de l’est. Dans une zone située aujourd’hui majoritairement en Pologne et en République Tchèque, sur les anciens territoires du IIIème Reich, quelque 14 millions d’Allemands ont été déplacés à l’intérieur des nouvelles frontières de l’Allemagne entre 1945 et 1947.

 

La place centrale que le BdV voulait accorder aux réfugiés allemands sans évoquer les victimes polonaises du nazisme a fait scandale en Pologne. Prenant le BdV pour la nouvelle fabrique nationale et revancharde de l’histoire, le président Kaczynski ne fut pas le seul à prêter aux allemands l’ambition de relativiser les crimes nazis et de préparer le terrain à des revendications territoriales futures, explique Dieter Bingen

 

 

Les raisons de l’euro scepticisme

 

Le ressentiment antiallemand des jumeaux Kaczynski semble trouver un prolongement dans un euro scepticisme exacerbé, qui rencontre un écho dans la population. Le fait d’être considérés comme « européens de seconde classe » - « plombiers » et « travailleurs au noir » par excellence - auxquels la vielle Europe refuse pour l’instant l’accès à son marché - alimente la frustration des polonais. La France, à ce sujet, n’est pas étrangère au refroidissement actuel des relations tripartites. On se souvient des propos maladroits sinon irrespectueux de Chirac, estimant inconvenante la fidélité atlantiste de la Pologne, futur Etat membre de l’UE en 2003, avant la guerre en Irak. N’en déplaise au Président français, les polonais déplorent que l’opinion européenne soit trop souvent réductible à celle du seul tandem franco allemand. Sans compter que, contrairement à l’Allemagne, « la France n’a jamais montré de réel intérêt pour la Pologne et n’a jamais été prête, au niveau de l’UE, à laisser les polonais jouer dans la même ligue que le tandem franco allemand» explique Dieter Bingen.

 

La bouderie polonaise n’est pas sans conséquence sur l’avenir du pays, ni sur celui de l’UE. Mais la balle n’est pas dans le seul camp polonais. Les allemands devront être secondés par les français pour parvenir à corriger l’asymétrie des relations avec la Pologne.

 

Mara Desbois

 








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