L’association des Expatriés (BdV), née en 1958, est à l’origine du projet d’un Centre contre les déplacements de population. Ce mémorial doit être consacré surtout aux expulsés allemands d’après guerre. Le projet s’inscrit dans le débat, qui, depuis quelques années, pousse les allemands à dépasser leur sentiment de culpabilité historique, qui les amenait à refouler la mémoire de leurs propres souffrances.
L’idée de départ était d’honorer la mémoire des seuls expulsés allemands. De nombreuses controverses ont conduit à une redéfinition plus européenne du concept original, puisque désormais, l’ensemble des expulsions et déportations en Europe au XXème siècle devraient être évoquées.
C’est du moins l’idée retenue pour l’exposition temporaire organisée par le BdV dans le prestigieux Kronprinzenpalais. Documents sonores, photos et témoignages illustreront les exodes de plusieurs peuples européens : les Arméniens lors du génocide de 1915, les Juifs de l’Allemagne hitlérienne dès 33, les Allemands à partir de 44/45… Pour le commissaire de l’expo, Wilfried Rogasch, ces expulsions étaient toutes « dictées par une conception de l’Etat-nation propre à l’Europe, qui impliquait une homogénéité ethnique ».
Malgré l’effort de contextualisation de chaque déplacement, cette lecture de l’histoire peut conduire à éluder les causes singulières de chaque situation. Discutable. Notamment dans le cas du national socialisme. « Nous ne cherchons pas à minimiser les crimes nazis. Simplement, des allemands ont, eux aussi, été poussés à l’exode », répond Wilfried Rogasch. Le choix d’objets chargés d’émotion– valise, chaussure d’enfant – répond à l’objectif moral que s’impose le BdV et appuie la dimension très didactique de l’exposition.
Le projet, financé pour moitié par le Ministère de l’Intérieur, à travers le BdV, aura coûté 500.000 euros. L’enjeu est de taille : il s’agit de convaincre les autorités de faire une exposition permanente et ainsi, de conférer au futur centre un statut national quasi officiel.
Mara Desbois
Exposition du BdV Kronprinzenpalais, Unter den Linden, entre le 10 août et le 29 octobre 2006.