Près de 10 ans de prison pour l'un et 7 pour l'autre*. Presque un an après la mort de l'homme d'affaire Dominik Brunner dans des circonstances particulièrement violentes, le jugement des deux agresseurs que la chambre des mineurs du tribunal de Munich vient de rendre est salué par beaucoup comme dur mais juste. Joachim Herrmann (CSU), le ministre de l'intérieur de Bavière s'en félicite et appelle à un durcissement de la loi.
Gerbes déposées en mémoire de Dominik Brunner sur le quai de la station de S-Bahn de Solln à Munich 6 jours après les faits
Ce 12 septembre 2009, est un samedi après midi tranquille, comme les autres. Dominik Brunner un homme d'affaire de 50 ans, juriste de formation, est dans le S-Bahn** en direction de Solln un quartier périphérique, résidentiel du sud de Munich où se trouve l'appartement de sa compagne. Tout bascule quand le quinquagénaire veut s'interposer entre quatre adolescents (13 à 15 ans) et leurs deux racketteurs (17 et 18 ans). Le ton monte, tout le monde descend à la station de Solln (16h09), et là sur le quai on en vient aux mains (selon plusieurs témoins Dominik Brunner porte le premier coup). S'en suit un déchaînement de violence, l'homme est au sol, perd connaissance et les coups se prolongent. La police que M.Brunner avait précédemment (16h) appelé de son portable arrive sur les lieux (16h10) et interpelle rapidement les deux agresseurs qui tentent de fuir et de se cacher dans un buisson. 18h20 la victime meurt à l'hôpital malgré les soins prodigués immédiatement après l'agression. Tragique, rapide et absurde, ce drame avait alors ému toute l'Allemagne. Il était tout à la fois devenu le fait divers symptomatique d'une violence juvénile aveugle sensée émerger mais avait aussi déclenché empathie et respect pour le courage civique dont Dominik Brunner avait fait preuve au prix de sa vie.
Un héros national
Le courageux Bavarois est entre-temps devenu un héros national puisque après avoir rapidement reçu la médaille de l'ordre du mérite bavarois à titre posthume, c'est le président fédéral qui au lendemain de la fête nationale devait remettre à ses parents La Croix du mérite de première classe pour son courage civique. Une minute de silence avait ainsi été observée peu après les faits au stade Allianz de Munich avant une rencontre du FC Bayern. Aujourd'hui, une fondation consacrée au courage civique porte même son nom.
Avec des méchants très méchants et une victime héroïque ce drame a dépassé le fait divers pour devenir une histoire emblématique. Pour le quotidien de référence "Süddeutsche Zeitung" à la veille du verdict l'affaire était "plus qu'un simple délit". Dans le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung Albert Schäffer estimait quelques jours après les faits que "la mort de Dominik Brunner [était] un signal", soulignant que son "chemin s'était achevé dans des ténèbres sur lesquelles la société a trop longtemps fermé les yeux". Aucun détail n'a été négligé dans les comptes rendus : comment un des deux agresseurs a empoigné un porte clefs laissant passer deux clefs entre ses doigts pour en faire une véritable arme, l'insuffisance cardiaque de M.Brunner qui aurait précipité son décès, la personnalité généreuse et appréciée de tous de la victime...
La nation en émoi
Ce tragique fait divers était intervenu dans un contexte particulier. En effet, deux ans auparavant une tragédie comparable, avait eu lieu. Fin 2007 deux jeunes gens avait très violemment molesté dans le métro de Munich un retraité qui leur avait demandé d'étteindre leurs cigarettes. La scène d'une violence extrême filmée par des caméras de surveillance avait été largement diffusée, accroissant d'autant l'émoi général. C'est un même magistrat, Reinhold Baier qui dirige depuis quatre ans la chambre des mineurs du tribunal de Munich qui a jugé les deux affaires. Le fonctionnaire est par ailleurs vice-président de l'association bavaroise de foot où il est responsable d'un groupe de prévention de la violence. M.Baier sait donc de quoi il parle quand il dit que les violences juvéniles ont toujours existé. Toutefois il estime qu'une "nouvelle intensité" est atteinte. Le juge, qui a aussi en charge une affaire en cours concernant trois adolescents suisses de 15 ans qui lors d'un voyage scolaire ont violemment agressé cinq passants au hasard, explique que "la vacuité des motifs" de violence est un élément nouveau. Pour le magistrat il s'agit souvent de "se décharger de sa frustration". Une approche qui semble donc attester l'émergence d'une nouvelle forme de violence. Avec ces deux affaires, parmi d'autres, l'Allemagne a donc semblé découvrir la violence gratuite d'une partie de sa jeunesse marginalisée.
Testostérone + étranger = danger ?
La République fédérale a même paru un moment se convaincre que la violence était inhérente à la sécrétion de testostérone. Ainsi l'hebdomadaire Der Spiegel n'avait alors pas hésité à titrer sur un ton un tantinet généraliste "jeunes hommes : l'espèce la plus dangereuse du monde". Une accroche propre à heurter tout mâle pacifiste. Il est vrai qu'en Allemagne la stigmatisation sexiste quel que soient les a priori simplistes est un réflexe bien ancré. En pleine hystérie Sarrazinesque il est peut être préférable que les barbares qui viennent d'être jugés soient de bon Allemands "de souche" et non pas comme dans le cas précédant d'origines étrangères (turque et grecque).
Roland Koch (CDU) à l'époque en campagne électorale en Hesse avait ainsi exploité l'événement en affirmant : "nous avons trop de criminels étrangers". Le Spiegel n'avait-il pas surtitré alors le détail du superbe "Caïn tuant Abel" de Bartolomeo Manfredi de sa couverture de l'ambiguë phrase "migration de la violence". Ce faisant, l'hebdomadaire de "centre gauche" ne faisait alors qu'assoir l'idée dans l'opinion que la menace vient de l'étranger. Dans le même esprit, le même magazine vient de faire sa une avec une photo de Thilo Sarrazin en titrant de façon tout aussi ambiguë : "un héro du peuple", sous-titré "pourquoi autant d'Allemands tombent sous l'emprise d'un provocateur"... une facon de surfer sur un air du temps aux relents un peu nauséabonds.
Régis Présent-Griot
le 07/09/2010
* L'agresseur principal Markus S. a été condamné pour assassinat à 9 ans et 10 mois de détention (10 ans, la peine maximale dans un contexte de justice pour mineurs avaient été demandés par le parquet), Sebastian L. son complice a été condamné à 7 ans de privation de liberté pour coups et blessures ayant entraîné la mort. Leurs défenseurs ont annoncé vouloir faire appel de la décision.
**Les S-Bahn sont des trains urbains équivalents des RER français.
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mo-ti-vée /// Sonntag, 24-10-10 03:16
Bonjour,
je voudrais faire un stage à la Gazette.
Est-ce que c'est possible?
Quelle est la démarche à suivre?
A qui envoyer mon cv?
merci
düsseldorf parceque je le vaux bien /// Dienstag, 07-09-10 23:28
ce qui est bien dans la mise en page de l'article c'est que tout en bas, avec les deux couvertures du spiegel, on a l'impression que Cain va balancer sa matraque sur la troche de sarrazin!