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Restaurant dans la rue Sonnenallee dans le quartier Kreuzberg


Le 17 août 2010 le parlement libanais a voté une loi qui permet aux résidents palestiniens de travailler légalement. En situation délicate, de nombreux Palestiniens du Liban ont depuis des années choisi comme terre d’émigration l’Allemagne, amie étroite d’Israël. C’est l’occasion pour La Gazette de se pencher sur leur situation dans la République fédérale qui accueille la plus grande communauté palestinienne d’Europe.


 

Il vous est peut être déjà arrivé de demander gentiment à un commerçant arabe son origine exacte. Et si celui-ci vous a répondu « Liban », en bon Francophone vous avez alors abandonné l’allemand et essayé de poursuivre la conversation en français. Et là malaise. Face à son incapacité à manier la langue de Molières votre interlocuteur s’est lancé dans une explication compliquée, en précisant qu’il venait certes du Liban, mais qu’il était Palestinien. Or les Palestiniens du Liban sont jusqu'à aujourd’hui des citoyens en marge de la société et notamment de son système scolaire. Cet élément explique par exemple que la plupart d’entre eux n’ont pas accès à la langue française qui constitue pour beaucoup de citoyens du pays du cèdre une part de la « libanité ».

 

 62 ans après leur arrivée au Liban, les réfugiés palestiniens peuvent désormais accéder à tous les métiers destinés aux étrangers, seuls les secteurs de l’agriculture et du bâtiment leur étaient précédemment accessibles. Une lueur d’espoir pour cette population qui souffre d’exclusion et de discriminations au sein de la société libanaise. Suite à la proclamation de l’Etat d’Israël beaucoup d’entre eux ont dû fuir la Palestine et migrer dans les pays arabes voisins, au Liban, en Jordanie et en Syrie dans des conditions précaires. Aujourd’hui, ils sont 300 000 à vivre retranchés dans les douze camps que compte le Liban où l’accès à l’eau et l’électricité est limité. Ils vivent principalement de l’aide internationale distribuée par l’UNRAW, une organisation des Nations Unies qui est en charge de leurs besoins.

Les guerres civiles successives survenues au Liban les incitent à partir vers l’occident dans l’espoir de se construire un avenir meilleur mais là encore la route vers l’intégration est longue et semée d’embûches.

 

En Allemagne, la plus grande communauté palestinienne d’ Europe

 

Même si l’on ne connaît pas le nombre de réfugiés palestiniens ayant choisi l’Allemagne comme terre d’asile, plusieurs chercheurs s’accordent à dire qu’ ils seraient 30 000 à être venus s’installer dans les grandes villes allemandes et depuis longtemps malgré le durcissement de la politique d’immigration. Notamment de 1975 à 1991 période de guerre civile au Liban puis suite à la dernière guerre avec Israël en 2006.

 

A Berlin ils sont nombreux à avoir tenté leur chance, Amer est l’un d’entre eux, il est arrivé dans la capitale berlinoise il y a 14 ans laissant sa femme enceinte et son premier fils au Liban. Comme il l’explique difficilement tout est compliqué quand on vient de si loin avec l’étiquette de réfugié et les démarches administratives sont sans fin.

A son arrivée il a obtenu l’asile politique, qui lui a donné droit à un logement en pension complète où vivent d’autres demandeurs d’asile « Je suis beaucoup mieux ici même si au départ je n’avais pas le droit de travailler, on ne m’a pas laissé mourir. J’ai reçu une aide sociale pour survivre en attendant de savoir si je pouvais avoir un titre de séjour. » Amer a donc multiplié les petits boulots au noir qui lui ont permis de tenir. Au bout de cinq années, sa femme l'a rejoint, « j’ai pu enfin prendre dans mes bras mon deuxième fils que je n’avais jamais vu » confie t-il avec dépit.




Les drapeaux palestinien et allemand

Travailler légalement

 

C’est seulement dix ans après son arrivée à Berlin, qu’Amer a obtenu un titre de séjour en 2006 d’une durée de trois ans renouvelable. Il peut enfin travailler légalement mais là encore les obstacles sont nombreux pour un peintre en bâtiment qu’il est. « Quand un employeur allemand me demande d’où je viens et de quelle nationalité je suis, il fronce les sourcils car notre statut n’est pas clair aux yeux de tous et moi même je crains les problèmes avec certains employeurs qui pourraient abuser de mon statut. » A 41ans il travaille donc dans une pâtisserie arabe, son employeur est palestinien comme beaucoup sur la Sonnenallee, véritable « petite Palestine » du quartier berlinois de Kreuzberg. Dans le cadre des lois « Hartz 4 »*, il travaille trois heures par jour et son salaire est complété par une aide financière sociale. « C’est le mieux pour moi car je peux ainsi m’occuper de mes quatre enfants et j’ai pu nous trouver un appartement bon marché, cela m’a pris beaucoup de temps avant de trouver un propriétaire qui me fasse confiance. »

Il a conscience de la précarité de sa situation mais il pense qu’en travaillant à temps complet il perdrait ces aides ou qu’on lui « reprendrait son argent » comme il tente de l’expliquer en parlant des impôts et des taxes. Amer ne comprend pas tout et a des difficultés à s’exprimer en allemand et tout au long de notre conversation il a souvent recours à l’arabe dialectal palestinien pour préciser sa pensée. 

 « Le mieux serait de pouvoir ouvrir ma propre affaire mais pour cela je dois obtenir un titre de séjour illimité ou obtenir la nationalité allemande. » insiste t-il. Mais quand on se penche sur la loi Amer est encore loin du compte. Il doit en effet cotiser à l’assurance vieillesse pendant 5 ans, travailler à temps plein, maîtriser parfaitement la langue et surtout connaître ses droits et devoirs. Malgré l’importance de la communauté palestinienne à Berlin, difficile de trouver une institution qui soutienne et aide cette population dans ses démarches.

 

Incompréhensions

 

Le seul interlocuteur est le bureau de l’immigration où le dialogue reste limité. Deux semaines avant notre entretien quand il s’est présenté dans ce même bureau pour régulariser la situation de ses enfants qui sont sous le même régime que lui et dont un âgé de trois ans est né à Berlin, il raconte, « Nous patientions sur le banc, un fonctionnaire a regardé nos papiers en faisant non de la tête et deux minutes plus tard nous quittions les lieux sans avoir compris pourquoi notre troisième enfant né ici ne peut pas obtenir la nationalité allemande ». En effet au regard de la loi, l’enfant bénéficie des mêmes droits que celui des parents qu’il soit né ou pas sur le territoire. Il doit lui aussi avoir bénéficié d’un droit de séjour depuis 5 ans et avoir 16 ans pour obtenir le droit à un titre de séjour permanent en Allemagne. Difficile de voir clair. Tous les cas sont différents. Pour Leila une amie d’Amer le parcours a été plus simple. Elle a tout de suite bénéficié du titre de séjour permanent il y a 16 ans : « J’ai 25 ans, je peux travailler, monter mon affaire, voyager dans tous les pays du monde avec ce titre de séjour, et je l’ai obtenu à l’âge de 9 ans alors qu’on venait d’arriver en Allemagne. » Maintenant, elle aimerait obtenir la nationalité allemande mais elle a essuyé deux refus malgré le respect du protocole, une formation, des expériences professionnelles et la bonne maîtrise de la langue. La loi relative au séjour des étrangers a en effet évolué vers un durcissement. Il était en effet plus facile d’obtenir un titre de séjour et d’avoir le droit de travailler jusque dans les années 1980. L’Allemagne reste tout de même tolérante pour les demandeurs d’asile qui peuvent rester jusqu’à six mois sur le territoire fédéral en attendant le droit d’asile, pour la suite les candidats doivent doublement s’armer de bonne volonté et de patience. 




Pâtisserie palestinienne dans le quartier de Kreuzberg

Amer: "Je ne rentrerai pas au Liban".

 

Quand il regarde derrière lui, Amer pense avoir perdu beaucoup de temps ces 14 dernières années mais il ne pense pas rentrer un jour au Liban, c’est aussi l’une des conditions de l’obtention du titre de séjour allemand où il et inscrit « ne par retourner au Liban ». « J’aimerais que toute ma famille puisse venir ici et bénéficie de cette sécurité, de cette démocratie » poursuit-il, « Au Liban, les conditions de vie pour les réfugiés palestiniens ne changeront pas malgré cette nouvelle loi pour l’accès à tous les métiers, là-bas même une loi peut changer ou s’annuler en deux jours » déclare t-il. La configuration politique libanaise est en effet instable. Chrétiens et les Musulmans partagent le pouvoir et ne font pas bon ménage. Les chrétiens veulent préserver leur identité car leur nombre diminue, beaucoup se tournent aussi vers l’occident, ils constituent désormais une minorité et veulent préserver leur accès à l’emploi. Pour beaucoup de Libanais, la population palestinienne reste source de problème. Une hostilité ou pour le moins une incompréhension bien partagée, puisque pour Amer le système multiconfessionnel libanais n’inspire pas confiance : «  Il est difficile de croire que toutes ces confessions et ces différentes cultures puissent travailler dans le même bureau, ce sera toujours la guerre des camps, des clans, c’est un fait, on ne peut pas aller à l’encontre de cela, notre avenir est désormais ailleurs. »


Hélène Bourgon (interview, reportage), Lili Schackert (interview, traduction) 

01/09/2010

 

 

*Voir l'article de La Gazette sur les lois Hartz 4









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