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Depuis le16 août 2010, Nadja Benaissa, jeune trentenaire originaire de Francfort sur le Main (Hesse), comparaît devant le tribunal de Darmstadt (Hesse) pour coups et blessures aggravés. Qui aurait pu penser que la pulpeuse chanteuse du girlsband allemand « No Angels » était capable de violence sur un tiers ?! La réalité est quelque peu morbide. Consciente de sa séropositivité depuis l’âge de 16 ans, la chanteuse aurait eu entre 2000 et 2004 des rapports non-protégés avec différents partenaires. La Gazette revient sur cette triste affaire, qui le jeudi 26 août connaissait un dénouement mitigé : 2 ans de prison avec sursis et 300 heures de travaux d’intérêt général.


Une enfance mi figues mi raisins

 

Née à Francfort sur le Main (Hesse) le 26 avril 1982, Nadja Benaissa est issue d’un métissage Marocain-serbo-germanique. Elle grandit à Langen (Hesse) aux côtés de ses deux ainés. A 13 ans déjà, Nadja pénètre le milieu de la musique et se produit dans différentes salles de Francfort. Parallèlement à cette ascension artistique, la chanteuse connaît une descente aux enfers rythmée par différents cocktails de drogues qui vraisemblablement lui apporteront plus que l’évasion attendue lorsqu’on consomme de telles substances. A 16 ans, souffrant d’un abcès sous le bras particulièrement douloureux, la jeune femme alors SDF se rend à l’hôpital avec son compagnon d’alors, le joueur de football franco-sénégalais Abdou Mbodji, et découvre sa séropositivité. Le 25 octobre 1999, Nadja accouche de la petite Leila Jamila et c’est une histoire plus heureuse qui commence. Dévoilée au grand public en 2000 via l’émission allemande Popstars, Nadja commence une carrière musicale riche de concerts et d’album, tout d’abord avec la formation No Angels (jusqu’en 2003 puis de nouveau à partir de 2007) puis une carrière solitaire qui connaîtra un succès mitigé.

Le 11 avril 2009, le drame éclate au cours d’une soirée au Nachtsleben, discothèque de Francfort où la jeune femme se voit arrêté par la police allemande. Commence alors le procès du virus du sida dans l’enceinte du tribunal allemand. Un peu comme dans le film autobiographique français de Cyril Collard Les nuits fauves sorti en 1992, Nadja entretient des rapports sexuelles non protégés tandis qu’elle se sait porteuse du virus. A l’instar du réalisateur, peut-être la chanteuse voulait elle revendiquer cette liberté sexuelle parfois un peu « fauve » qui ne doit pas être menacée par un virus transmissible... ou non.

 



Ange ou démon ?

 

Avril 2009, Nadja Benaissa est arrêtée dans un club de Francfort sur le Main alors même qu’elle s’apprête à s’y produire. Très connue et appréciée du public allemand, l’arrestation de la principale membre du groupe No Angels, fruit d’une sélection à la Popstars version allemande, est tout de suite très médiatisée. Au détriment d’un certain respect de la vie privée, la presse s’empare de l’affaire et dévoile au public la maladie de la presque trentenaire. Initialement, un certain Rudolph S, partenaire de la popstar au début des années 2000, est alerté de l’état de santé de Nadja par la tante de cette dernière. Inquiété, il va immédiatement faire le test du sida et apprend alors sa propre contamination. Excédé par ce manque de prudence et sans doute un peu par la récente prise de conscience de sa séropositivité, il alerte les autorités. Dans un tapage médiatiquement foudroyant, la jeune femme apparemment sous le choque passe 10 jours en détention. Ange ou démon ? Le titre est confus, surtout lorsque le 16 août 2010, premier jour du procès, la jeune femme très humblement rend compte de son inconséquence et présente du fond du cœur ses plus plates excuses. Les témoins défilent à la barre du tribunal de Darmstadt, et la décision tombe finalement le jeudi 26 août 2010. 2 ans de prison avec sursis accompagnés de 300 heures de travaux d’intérêts généraux dans un établissement de lutte contre le sida. Dans un silence d’Eglise, la cour a tranché prenant en compte les différents avertissements formulés par la prévenue à ses partenaires, quant au port du préservatif. La responsabilité est donc partagée selon la justice allemande.

Reste cependant un fait notable par rapport à l’arrestation en avril 2009 de la chanteuse. Suite à son interpellation dans le club francfortois, Nadja est détenue 10 jours en prison par mesure de « sécurité », sous entendu afin d’éviter que l’accusée ne continue à transmettre le virus… étrange décision, dès lors qu’on sait qu’en République fédérale, seul un danger ou risque imminent entraîne la détention provisoire. Lorsqu’elle est arrêtée, Nadja Benaissa bénéficiait normalement de la présomption d’innocence et n’aurait donc pas du être maintenu en détention rapporte le Spiegel.

 




Une législation peu claire

 

En effet, plusieurs associations ont réagi suite à ce procès qui retentit aujourd’hui à travers les 16 Länder de la république fédérale. Winfried Holz, président de la fondation « Aids-Hilfe » (Aide-Sida), déplore une certaine stigmatisation des séropositifs du monde entier. Ici, la responsabilité est portée uniquement sur la personne contaminée. Il en appelle à la responsabilité collective. Attendu qu’un rapport sexuel s’effectue normalement entre deux personnes, il paraît normal que les deux parties prennent leur précaution. Un procès polémique, qui pose un certain nombre de questions. Soit on condamne la pratique de Nadja Benaissa, soit on l’encourage, il n’y a pas de demi mesure. Effectivement, un séropositif doit-il porter seul la responsabilité de la non dissémination du virus? Ou encore, la « légèreté » de la sanction requise contre la chanteuse ne pourrait-elle pas encourager les « barebackeurs » à agir en toute tranquillité ? Le Barebacking, littéralement « monter à cru » consiste à avoir des rapports non-protégés en dépit des différents risques que cela comporte. Erik Rémès véritable emblème du mouvement, explique dans son livre Serial fucker journal d’un barebackeur

comment procéder pour contaminer son partenaire. Toutes les ruses y figurent : retirer le préservatif discrètement pendant le rapport, trouer le préservatif pour permettre au sperme de se répandre, on croirait presque que l’auteur de ce roman fictif a lui-même expérimenté ces techniques. Toujours est-il que l’absence de sanction de ce genre de comportements revêt des conséquences malsaines : en Allemagne, on sait désormais que « monter à cru » équivaut a priori à 2 ans de sursis et quelques heures de TIG. Un dénouement moins sévère que celui qui, sous les mêmes chefs d’accusation, a vu à Rennes (Bretagne) dans la même semaine, un français écoper de 3 ans de prison dont 6 mois ferme.

Effectivement, la législation n’est pas encore très claire aussi bien en Europe qu’au Canada.

A dire vrai, la question est délicate...

- En France par exemple, on procède par assimilation, et le fait d’entretenir des rapports non -protégés alors même qu’on se sait porteur du virus les chefs d’accusations varient :

Empoisonnement, dès lors que l’accusé tente de transmettre le virus article 222-15 du code pénal.

Selon l’article 225-15 on peut également se voir reprocher (c’est le cas de toutes les personnes condamnées pour transmission du virus) l’administration de substances nuisibles.

- En Suisse, il existe différents cas de figures qui voient la personne séropositive condamnée. Si la personne n’est pas au courant qu’elle porte le virus, elle n'est a priori pas inquiétée de condamnation. Le cas inverse, elle peut encourir jusqu’à 10 ans de prison ferme

Aujourd’hui, seul le Danemark et quelques 20 Etats américains disposent d’une législation spécifique quant à la transmission du sida.

 

Le débat reste ouvert quant à l’importance de la protection. On retiendra tout de même le risque qu’encourt l’une et l’autre partie lorsque elles engagent un ébat sans protection. Sanction pénale ou maladie aux conséquences irréversibles, ni la justice ni la science sont à même de trouver une réponse qui reste jusqu’à maintenant dépendant du comportement des uns et des autres.

 

Axel Caquelard

Le 01/09/2010









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