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Pour le bicentenaire de la mort de la Reine Louise de Prusse en 1810, le château Paretz situé à 40 km de Berlin accueille ses tenues et bijoux. « Luise. Die Kleider der Königin »*, nous dévoile les richesses d'un monde dans lequel l'apparence revêt un aspect tout autant symbolique que politique.




Schloss Paretz
© Stiftung Preußische Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg (SPSG)

Le choix du château Paretz, comme hôte, de ce qui semble au premier abord, une exposition plus légère et superficielle, est tout sauf un hasard. C'est en partie dans ce lieu que Louise de Mecklembourg-Strelitz (1776 – 1810) coula des jours heureux durant les « années calmes » entre 1797 et 1804 en compagnie de son époux, Frédéric-Guillaume III, et de ses enfants. Cette résidence d'été est un refuge d'insouciance, loin de la cour et de ses conventions. Un abri à l'écart du tumulte des guerres napoléoniennes qui entrainèrent la Prusse, sur un chemin décousu, ponctué de défaites et d'occupations et poussèrent le couple royal à l'exil et aux concessions.


Une beauté célébrée



Louise par Elisabeth Vigée-Lebrun
© SPSG

Si la Reine Louise est connue pour son opposition farouche à Napoléon Ier, elle l'est également pour son extrême beauté célébrée par nombre de ses contemporains dont les panégyriques ont contribué à façonner le culte qui entoure toujours sa vie. Ainsi Elisabeth Vigée-Lebrun, portraitiste française écrit à l'occasion d'une séance : « L'enchantement de son visage céleste, qui exprimait la mansuétude et la bonté, ses traits si fins et réguliers, la beauté de sa silhouette, son cou, ses bras, la fraicheur éblouissante de sont teint, en un mot, tout en elle dépasse encore ce que l'on peut imaginer de plus charmant ». Un autre écrit encore : « Sa taille élancée, svelte, et idéalement proportionnée est sans doute la partie la plus attractive de sa dot. Ses cheveux sont blonds, tandis que ses yeux bleus, si expressifs, rayonnent de charme. Mais l'impression la plus tenace provient de ses qualités intrinsèques : la gentillesse et cette tranquillité propre aux âmes pures ». Cette remarque sur la couleur de ses cheveux, laisse supposer une éventuelle idéalisation de la figure de la Reine à travers de nombreuses peintures ou de récits. De son vivant, elle est érigée au rang de véritable icône dans les journaux de mode, de même qu'aujourd'hui encore, ne reculant devant aucun anachronisme c'est à Eva Peron ou Lady Diana qu'on la compare. Outre la beauté, Louise partage avec ces femmes le destin tragique d'une mort précoce, puisqu'elle s'éteint à l'âge de 34 ans victime d'une pneumonie.


L'incarnation d'une nouvelle mode



Louise par Johann Friedrich August Tischbein
© SPSG

Louise de Prusse, accompagne, et incarne, une rupture tant dans la mode de l'époque que dans les comportements. Dans le sillage de la Révolution française, le vent de liberté qui souffle sur la mode parisienne, transporte la « mode nue » ou « Mode à la grecque² » au travers de l'Europe. Voilà la description qu'en fera Octave Uzanne en 1898 « Dans le jour on ne voyait que chemises à la prêtresse, robes de linon coupées sur patron antique, robes à la Diane, à la Minerve, à la Galatée, à la Vestale, à l'Omphale, moulées au corps, laissant les bras nus et, bien que dégagées, modelant les formes comme des draperies mouillées. ». Profondément inspirés par l'Orient, ces costumes « tissés d'air », par leurs couleurs claires et leur quasi transparence, laissent parfois entrevoir, pour l'observateur avisé, des dessous colorés. Abonnée à de nombreux journaux spécialisés, mais disposant également d'un vaste réseau de couturiers, de fournisseurs, ainsi que de proches avec qui elle échangeait, Louise, très au faîte, ne tarda pas à faire sienne cette nouvelle mode. Son fameux châle de mousseline, que nombre de contempteurs considéraient, à tort, comme étant une tentative pour dissimuler une grosseur, s'inspire directement des modes orientales. Cette tendance, vantée par le très en vue « Journal du luxe et de la mode », ne fera pas que des heureux : « Une belle gorge attire toujours le regard. C'est extrêmement injuste de votre part Mesdames, qu'au nom d'une mode fluctuante, vous nous priviez, nous pauvres hommes d'un certain âge, d'un si charmant spectacle que nous affectionnons tant ! ».


De la pratique des cadeaux diplomatiques



Voiture de Gala utilisée lors du mariage de Louise et de Frédéric-Guillaume III

En revanche, l'importance que revêt la mode n'est pas toujours aussi légère que les étoffes de mousseline et de soie présentées au château Paretz. Outre l'impératif de représentation inhérent à l'ascension de la Prusse, qui fera dépenser au parcimonieux Frédéric-Guillaume III des sommes considérables pour Louise, la toilette joue un rôle éminemment politique. L'exposition soulève en effet un pan de la pratique des cadeaux diplomatiques. Alors que certains, à l'instar d'Alexandre Ier font montre d'une générosité authentique, d'autre, comme le perfide Napoléon, préfèrent dissimuler leurs intentions belliqueuses sous un voile dorée, suintant l'amour et les bons sentiments. Voici la lettre qu'envoya Louise à son frère Georg en 1803 : « Je déballe et trouve 12 chapeaux et bonnets, un carton plein de fleurs, un autre avec une robe en dentelle d'une valeur incroyable, une autre en dentelle noire, une robe de balle brodée d'or, c'est impressionnant ! Qui l'eût cru ??? ». La mode devient alors une véritable arme entre les gants des souverains européens, que cela soit un facteur de rayonnement ou un symbole de puissance et de richesse.


Un code vestimentaire à respecter.



Robe de « demi-parure »

Mais que serait un habit sans étiquette ? Il en est une à qui l'on ne peut tourner le dos : le code vestimentaire. Héritée de l'Ancien Régime, celui-ci prescrit pour chaque situation une toilette particulière : la demi-parure², la grande-parure², la robe de cour², et le négligé². Il s'agit ici de ne pas perdre le fil ; la demi-parure est réservée aux réunions de moindre importance, la grande-parure pour galas, et bals privés, la robe de cour, peu usitée par Louise, pour les cérémonies en grande pompe. Le négligé loin de l'acception moderne était réservé aux voyages et aux événements quotidiens. De manière plus générale, l'ajout d'accessoires, tels qu'un éventail, des gants, des bijoux, rendent les frontières de ce code fluctuantes car ils rehaussent la valeur d'une tenue. Sont également concernés par cette étiquette, le maquillage et la coiffure, qui connaissent eux aussi un profond bouleversement à cette époque. Dans un mouvement de rapprochement avec la nature, les coiffures se simplifient à mesure que les cheveux raccourcissent en prenant le monde grec et la Rome antique comme patrons.





« La Reine de Prusse changeant de Bidet » et l'uniforme de parade du régiment de dragons.
© SPSG

Le maquillage est quant à lui mal perçu, voire « totalement inadmissible dans la toilette des jeunes femmes » d'après « Le journal du luxe et de la mode » d'août 1798. Il n'en demeure pas moins un moyen de pression pour Louise : « A propos, j'ai eu une idée. Pour te punir d'avoir bu tant de champagne dimanche soir, je t'annonce, que je me suis faite maquiller durant mon séjour à Potsdam, et si jamais tu recommences dimanche en huit, j'en ferais de même à Paretz, si si ! ». Le tutoiement qui existait entre les époux, reflète une proximité rare chez les souverains prussiens. Lorsque pour son trentième anniversaire, Frédéric-Guillaume III animé d'un élan patriotique, décide de placer son épouse à la tête d'un régiment de Dragons, la Reine Louise s'empresse d'ordonner la confection d'une tenue militaire. Si la perspective d'une Reine en uniforme est jugée peu appropriée par les cours européennes, c'est surtout de France que les réactions les plus violentes proviennent. Louise est alors caricaturée et tournée en dérision dans la presse française. « Ces coquins de français je veux les battre ce qui s'appelle proprement » annonce t-elle en montant sur ses grands chevaux ... depuis son bidet.


* « Louise. Les robes de la Reine », exposition organisée par la SPSG au château Paretz entre le 31 Juillet et le 31 Octobre 2010.

² En français dans le texte.

 

Pour de plus amples informations :

 

Site Ouèbe de la Fondation des châteaux et des jardins prussiens (SPSG) : http://www.spsg.de/

Article récapitulatif sur les expositions autour de la Reine Louise : http://www.lagazettedeberlin.de/6095.html

« Louise. Die Inselwelt der Königin » l'exposition d'art contemporain sur l'île aux paons :

http://lagazettedeberlin.de/6281.html

 

Quentin Schnapper le 11 Août 2010









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