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Après son rachat par la HSH Nordbank, la fermeture du Tacheles, célèbre squat de Berlin, est proche et les artistes sont menacés d’expulsion. Mais comment ceux-ci envisagent-ils leur futur sans ce bâtiment qui abrite de nombreux ateliers ? Réaction surprenante : ils restent très optimistes, persuadés que l’art et la culture vaincront et qu’un tel bâtiment ne peut disparaître.

 




Roman Kroke dans son atelier au Tacheles

Auteur et illustrateur de ses propres écrits, Roman Kroke est l’un des nombreux artistes ayant leur atelier installé au célèbre squat de Berlin, le Tacheles. Fasciné par la Seconde Guerre Mondiale, il illustre le journal intime d’Etty Hillesum, une jeune juive déportée et emprisonnée à Auschwitz entre 1941 et 1943. Kroke se penche également sur l’histoire des Bielski, trois frères juifs qui se sont réfugiés dans la forêt biélorusse pendant la Guerre et qui ont fini par être rejoints par des centaines d’autres à qui ils ont sauvé la vie (leur histoire est racontée dans Les Insurgés, film de 2008 d’Edward Zwick). Ses œuvres tournent autour d’une question : comment illustrer les massacres ? Comment créer un lien entre le passé de la Guerre et le présent ?





L’arbre, « medium vivant, pont entre le passé et le présent »

Avant d’arriver au Tacheles, Roman Kroke avait son atelier chez lui. Le squat a été le moyen pour lui de séparer vie privée et vie professionnelle. Aujourd’hui cependant, il est menacé d’expulsion, de même que la trentaine d'artistes installés là-bas. En effet, cet ancien grand magasin construit en 1907 a été racheté par la HSH Nordbank, qui veut en faire à nouveau un centre commercial. La fermeture du centre, prévue à l’origine en 2008, est sans cesse retardée, mais il semble qu’elle n’ait jamais été aussi proche. On parlait d’une fermeture certaine pour fin juillet 2010, mais le squat tient toujours bon.





Le Tacheles, Oranienburgerstr.

Les artistes restent pourtant optimistes. Lorsqu’on interroge Roman Kroke sur la fermeture prochaine du Tacheles, celui-ci n’envisage même pas de partir. « Les artistes ne sont pas prêts à quitter leur atelier », affirme-t-il, d’autant plus qu’ils ont le soutien de la politique berlinoise, leur grand atout. Pour Roman, les nombreux partenariats, associations et particuliers peuvent également par leur lutte permettre d’empêcher la fermeture du bâtiment. Quant aux artistes, leur devoir est, toujours selon Kroke, de montrer leur travail, d’inviter le public à des événements gratuits pour lui faire réaliser ce qui va être perdu. Il faut amener l’univers artistique au spectateur, et non l’inverse.






Une utopie culturelle ?

 

Mais que peut faire la culture qui lutte ainsi de façon pacifique face à une possible évacuation de force ? Bombardé durant la Seconde Guerre Mondiale, le Tacheles est devenu un squat d’artistes depuis la chute du Mur, sa façade a été déclarée monument historique en 1992. Les artistes essaient aujourd’hui de faire aussi classer l’intérieur du bâtiment monument historique afin qu’il soit plus difficile et plus onéreux de le détruire pour les racheteurs. Des manifestations sont également organisées pour protester contre la fermeture du bâtiment et certains artistes ont commencé une grève de la faim. Nombreuses sont ainsi les formes de lutte contre la fermeture du squat le plus connu de Berlin, et elles fonctionnent puisque le bâtiment n’a toujours pas été évacué jusqu’à présent.






L’intérieur du Tacheles

La réaction des artistes peut sembler surprenante : le Tacheles reste pour eux une figure immuable et une fermeture proche ne fait pas partie des possibilités qu’ils envisagent. Les nombreux touristes qui passent chaque jour admirer les œuvres des artistes présents ne font que confirmer cette vision puisqu’ils sont plus de 400 000 par an. Et le Tacheles n’est pas le seul lieu artistique menacé de fermeture : le C/O, grand centre d’expositions photographique, devrait lui aussi déménager prochainement. De même, le projet Media Spree devrait entraîner la fermeture de nombreux bars et autres lieux de rendez-vous. Sans tous ses lieux artistiques, Berlin voit son visage changer rapidement et risque de perdre ce qui la rend particulièrement attirante : les échanges non commerciaux entre tous ses habitants, permanents comme temporaires.

 

 

Sophie Le Ster

Le 05-08-2010

 

 

Roman Kroke : http://www.roman-kroke.de/

Tacheles : http://super.tacheles.de/cms/

Sur le C/O : http://www.lagazettedeberlin.de/6273.html









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