

Les voyageurs allemands devraient en 2011, voir le prix de leurs billets d'avion augmenter, alors que le ministère fédéral des Finances prévoit d’introduire l’an prochain une taxe "écologique" de l'aviation. Cette taxe constitue un des éléments du plan d‘austérité* que souhaite instaurer Angela Merkel. La chancelière allemande veut réaliser 80 milliards d’économies sur 4 ans afin de réduire le déficit public du pays.

Un projet critiqué
Le ministre des finances allemand a annoncé en effet la mise en place prévue pour 2011 d’une taxe touristique sur les vols au départ d'Allemagne.
Cette taxe, d’une valeur de 9 à 40 euros selon la durée des vols sera apliquée sur le prix des billets d’avions.
Elle s’élèvera à neuf euros pour les vols courts (jusqu’à 2500 km), vingt-six euros jusq’a 6000km et quarante euros pour les long-courriers.
L’annonce de cette nouvelle taxe est plutôt mal reçue alors que l’on craint des retombées négatives pour les compagnies aériennes, créatrices d’emplois.
L'industrie aéronautique prévoit alors une baisse nationale de cinq millions de passagers, craignant que ceux-ci se reportent vers les aéroports à l'étranger, ou choissisent d’autres modes de transports.
La filiale de Lufthansa à faible coût « German Wings » a annoncé qu’elle reconsiderera ses plans d'expansion si cette taxe entre en vigueur. La compagnie est basée à Cologne et craint aussi un exode de ses passagers vers les pays voisins, comme les Pays-Bas et la Belgique.
Le président du groupe Airbus Thomas Enders déclarait lui aussi dans le quotidien allemand « Bild » que « la taxe aérienne est un poison pour la reprise et pour l'industrie allemande ».
Il souligne le fait que certaines compagnies ne pourraient répercuter cette taxe sur leur clientèle, et décideront alors d'exploiter plus longtemps des vieux appareils plutôt que d'en acheter de nouveaux moins polluants.
Les aéroports allemands avaient enregistré au premier semestre de 2010 - malgré une année difficile marquée par la crise économique, un hiver dur, et le nuage de cendres volcaniques - plus de passagers que l'an dernier sur les 23 aéroports internationaux. Le nombre de passagers a été ainsi de 85,9 millions, soit une augmentation de 1,6 pour cent.

Une taxe environnementale ?
Avec cette nouvelle taxe, le gouvernement espère ainsi réunir un milliard d’euros par an pour le budget féderal, mais ce projet a-t-il également un sens pour l'environnement ?
On parle aussi de cette taxe comme un outil de réduction de l’avantage concurrentiel que possède l’industrie aéronautique. Jusqu'à présent, les compagnies économisent chaque année jusqu’à 11,5 milliards d'euros du fait qu'elles ne payent pas de taxes sur le carburant et pas de TVA pour les vols à l'étranger. Cette taxe sur les billets pourrait par conséquent contribuer à la réduction de ces avantages concurrentiels.
Martin Cames, specialiste du changement climatique, considère lui dans un entretien avec l’hebdomadaire « Die Zeit » que la taxe n’est pas assez importante, et qu’elle n’aura pas d’impact environnemental. « je crois que cette taxe est trop faible. En comparaison avec d'autres pays européens, les tarifs restent plutôt modérés et n’empêcheront pas quiconque de prendre l’avion, l’effet sur l’environnement ne sera donc pas significatif »
On peut aussi se demander si cet argent percu par l’Etat sera ensuite réutilisé a des fins écologiques ou servira seulement à reduire la dette.
Selon un rapport émis par le chercheur Richard Wormser Klophaus, La taxe imposée sur les billets pourrait menacer 16 200 emplois dans l’industrie.
La perte de revenus pour les compagnies aériennes pourrait représenter plus de de 750 millions €, ainsi qu’une perte de 450 millions d’euros pour l'industrie touristique allemande.

Xavier Buatois

*plan de restriction budgétaire de la république fédérale allemande : http://www.lagazettedeberlin.de/6228.html
