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 Couverture du livre paru le 23/06/2010 aux éditions puf
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Allemagnes…au pluriel ? Y en aurait-il plusieurs ? On nous l’aurait caché ? En quelque sorte oui. Jean Pierre Wytteman combat ici le cliché « Deutschland über alles » (Allemagne avant tout ou au-dessus de tout) et se pose en prescripteur de culture. A travers une étude chronologique de l’histoire allemande, il décrit les différents visages d’un pays qui n’acquiert son unité définitive* que dans la seconde moitié du 19ème siècle (Proclamation du 2ème Reich en 1871). L’écriture est telle qu’on prend un réel plaisir à parcourir les pages d’ « Allemagnes ». En bon journaliste-chercheur, Jean Pierre Wytteman nous livre des informations précieuses ainsi qu’un bon nombre de témoignages, autant d’impressions qui font la diversité de l’Allemagne contemporaine.

Un mot sur l’auteur
Jean Pierre Wytteman est agrégé d’histoire et a exercé pendant près de trente ans la profession d’inspecteur à l’académie de Lille. Il est l’auteur de plusieurs livres historiques tels que l’Europe baroque, dossier d’histoire, 2. Ici il propulse le lecteur à travers l’Allemagne qu’il présente sous tous les angles : Géographie, sociologie, politique, rien n’échappe à Jean-Pierre Wytteman qui a longtemps participé à l’élaboration de ces « guides historiques ». A travers quelques 384 pages, l’auteur partage son immense connaissance quant à la culture germanique, à savoir près de 2 millénaires et quelques siècles. Avec Allemagnes, l’auteur signe sa dernière production puisqu’il nous a quittés en janvier dernier à l’âge de 66 ans.

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 Jean-Pierre Wytteman, historien auteur du livre
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Une analyse de fond
Loin de dicter une ligne de conduite quant à l’abord de la culture allemande, il se propose de lever le voile sur les multiples facettes qu’ont pu arborer les différentes Allemagnes.
Un livre très factuel qui n’est en aucun cas indigeste. Bien sûr, il ne se lit pas d’une traite... Cependant il est complet et offre au lecteur en voyage dans le Bade-Wurtemberg, à Hambourg, Berlin ou encore Munich (Bavière), une vision plus contrastée du paysage. A la manière d'un archéologue, il fouille méticuleusement chaque recoin d'histoire, ne laissant rien au hasard: tradition, mythe, ossement de culture, Wytteman déterre la moindre parcelle d'Histoire au profit d'un lecteur assoiffé de connaissance.
L’analyse est fine, puisque l’auteur reprend l’histoire allemande depuis l’an 9, date à laquelle Arminius brandit le glaive contre l’oppression romaine, au nom de l’unité des tribus germaniques. De là, chaque période qui a suivie cette bataille, est minutieusement décrite par la plume avisée de l’historien français. Agrémenté de cartes géographiques qui dépeignent les Allemagnes au fil des siècles, le livre présente un plan très rigoureux, Histoire de ne rien rater ! On découvre tour à tour, la structure de l’empire ottonien (de l’empereur Otton 1er couronné à Rome en 962), l’Allemagne médiévale puis « renaissante ». Luther sonnant le clairon de la réforme, premier signe apparent du climat d’angoisse qu’occasionne la sévérité « apocalyptique » du catholicisme d’alors... L’Histoire bat son plein à travers une œuvre complète et s'achève sur les ruines du mur de Berlin : 1989, dernier relent d'unité au sein de l'Allemagne fédérale. Avec une totale honnêteté intellectuelle, l’auteur revient sur ces moments d’histoires, ces grands personnages, qui au fil des siècles, ont fondé et construit une Allemagne qui, certains l’oublient parfois, ne s’est pas créée au milieu du 20ème siècle.

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 Frederic II de Prusse 1740-1786 dit le Grand
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Des invités d’exceptions à l’appui de l’Histoire
Comme un Dj’ digne de ce nom, Jean Pierre Wytteman sait varier ses sources et compose à toutes les sauces. Aussi ce livre vous ouvre une culture dans tout ce qu’elle a de plus riche. Artistes, écrivains, compositeurs, poètes et chanteurs, font partie intégrante de la compilation « Allemagnes » de Jean-Pierre Wytteman : un magicien qui force la culture et l’histoire à parler d’elles-mêmes. Ouvrez le livre. Dans un deux voix frissonnant vous écoutez Haydn et Fallersleben vous expliquer pourquoi l’Allemagne ne s’écrit pas avec un « s ». Tournez quelques pages et saluez Brecht de ma part, qui vous explique à travers le destin d’une juive allemande forcée à l’exil, que cette singularité est le fruit d’un multiculturalisme qui donne toute son importance, toute sa cohérence au titre de l’œuvre. De nombreux textes originaux viennent appuyer le propos de l’auteur, telles les correspondances entre Fréderic le Grand de Prusse et le philosophe Voltaire, les impressions écrites de Mme de Staël ou même celles d’Hugo, déplorant la victoire de la Prusse dans un Paris assiégé. Magnifiquement orchestré, le livre est organisé autour d’un fil conducteur : l’unité allemande comme un puzzle où chaque pièce tient une place bien particulière, comme si chaque duché, chaque royaume qui la constitue était indispensable. En effet, si parfois certains personnages historiques ont agit de façon différente au nom des valeurs qu’ils défendaient, ce livre dénote une volonté universelle des uns et des autres d’agir dans l’intérêt de l’unité nationale, même s’il est vrai, au détriment parfois d’un certain équilibre européen.
“Deutschland über alles in der Welt” ** ??
C’est effectivement le cri que semble pousser tour à tour chaque intervenant de ce livre, l’écrivain en tête… Mais il ne faut pas l’oublier, si la première phrase de l’hymne national avant la 2nde guerre mondiale a été honteusement détournée pendant le 3ème Reich, elle fut tout d’abord un poignant témoignage de la volonté des peuples allemands de vivre ensemble (et non de rejeter la différence). Ce livre invite à découvrir ce qu’est réellement la culture allemande, qui aujourd’hui encore fait les frais de détracteurs pas forcément mal intentionnés non, mais peu éclairés sur un sujet complexe. L’Allemagne avant tout, c’est effectivement ce que chacun des acteurs de l’unité allemande a su exprimer à travers différents styles. Ainsi Fréderic le Grand, très actif dans le processus d’unification, francophile et ami de Voltaire, aurait méprisé sa langue maternelle au profit de celle de Molière (l’histoire raconte que tout le monde devait parler français à la cour du roi). Ainsi Fallersleben, francophobe et nationaliste libérale qui parlait de la France comme « cette grande nation de l’infamie et de la bassesse », écrira « Das Lied der Deutschen » symbole de l’unité allemande.
Deux personnages aux idées pour le moins distinctes, qui pourtant ont contribué activement au projet de l’Allemagne unie.
Si le drame du siècle dernier ne peut être considéré comme un détail de l’histoire, l’auteur montre qu’il est nécessaire d’aller au-delà d’un évènement qui n’est en rien représentatif de l’Allemagne, dont l’histoire vous la découvrirez, s’inscrit dans un contexte tout de même plus complexe.
* Il est clair que depuis 1870 l’Allemagne a connu un certain nombre de changements aussi bien au niveau de la structure Etatique que de ses frontières. Cependant, c’est à partir de cette date que l’on peut réellement parler d’Allemagne unie.
** « Allemagne avant tout » première vers du premier couplet du poème « Das Lied der Deutschen » (le chant des allemands) rédigé par Hoffman von Fallersleben, longtemps utilisé comme hymne national.
Axel Caquelard
Le 28/07/2010
Détails concernant l'œuvre disponibles à cette adresse : www.puf.com/wiki/Autres_Collections:Allemagnes
