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Le football est une activité de plus en plus réglementée et soumise aux aléas économiques. Dans ce milieu concurrentiel à l'échelle européenne, les clubs allemands prennent une longueur d'avance. La coupe du monde 2006 organisée en Allemagne a favorisé une rénovation des infrastructures et un fort engouement populaire, la nouvelle politique de formation a augmenté la valeur du capital joueur. La Bundesliga est donc prête à régner sur l'Europe.


Les structures juridiques générales du football allemand


Le Deutscher Fussball Bund et la Deutscher Fussball Liga, autrement dit la fédération et la ligue, sont les deux organes qui gèrent le football professionnel en Allemagne. Depuis 2001, la ligue est directement sous le contrôle de la fédération, soit 36 clubs licenciés de première et seconde division. L'objectif de la ligue de football est le renforcement des entreprises de football professionnel en Allemagne. La ligue est donc le premier prestataire de service des clubs membres, qu'elle défend contre les médias notamment. La ligue a trois domaines de compétence, le déroulement du jeu, les licences, et la promotion économique des clubs membres. Elle gère en particulier la vente des droits de retransmission des compétitions à la télévision, sur internet, et à la radio, ainsi que la gestion du nom et de l'image de la ligue. D'un point de vue juridique le terme d'association est mal approprié pour des clubs qui sont devenus des sociétés à but lucratif.

 

Pour faire partie de la ligue et participer à la Bundesliga chaque équipe doit remplir des critères stricts pour obtenir une licence. Les critères qui mènent le plus souvent à un refus sont économiques. Chaque année les finances des clubs sont étudiées par la ligue et l'obtention d'une licence est rendue extrêmement difficile en Allemagne, ce qui rend rare l'insolvabilité des clubs. Si la licence est refusée par la ligue, le club redescend (ou reste) en troisième division. Le Dynamo de Dresde est depuis 1994/1995 le seul club dont la licence est refusée sur des fondements économiques. La ligue peut aussi punir un club par une amende ou un retrait de points. Pour contrôler les finances des clubs, la ligue impose la présentation d'un bilan annuel de ses comptes, au 31 décembre. Le club doit aussi établir un plan quant aux dépenses et recettes pour l'année à venir. Ces règles simples mais strictes participent au développement à long terme des clubs et à la rigueur de l'organisation. Pour éviter les fraudes, tous les contrats avec des sponsors, et des annonceurs sont contrôlés à partir de 500 000 euros.

En France les règles fondamentales de contrôle des finances des clubs sont très proches, cette activité de contrôle étant déléguée à un organe de la ligue nationale, la DNCG (Direction nationale de contrôle de gestion).


La règle du 50+1


L'organisation actionnariale des clubs allemands obéit au contraire à des règles spécifiques. La règle du 50 + 1 est unique en son genre dans l'Europe du football.

Un club ne peut être possédé à plus de 50% par un actionnaire, ceci avec pour objectif qu'un individu seul ne puisse décider de l'avenir d'un club seul. De plus cette règle assure un maintien de la concurrence. En Allemagne, un mécène comme Abrahamovitch qui détient le club de Chealsea ne peut renflouer continuellement le club comte tenu des règles financières, ni décider seul de son avenir. Un actionnaire peut seulement posséder une majorité d'actions lorsqu'il est actionnaire depuis 20 ans.

Cette règle a été instituée dans le but d'empêcher que les clubs allemands prennent le chemin de la Premier League, et de la dépendance envers un seul homme. Pour justifier cette règle on peut aussi observer les luttes des supporters de Manchester United ou de Liverpool pour retrouver un pouvoir d'influence dans des clubs à l'avenir financier flou. La hausse des prix des tickets, et la perte de spécificité culturelle est crainte. La condamnation du « foot business » et de l'argent sale est très forte, comme le fait qu'un étranger puisse posséder un club allemand.

Le club d'Hoffenheim a une organisation particulière, son actionnaire principal, Dietmar Hopp, possède pratiquement tout le capital. Cette spécificité est rendu possible, car le propriétaire du club est un soutien financier depuis 1989, pourtant sur le papier il n'a que 49% des voix au conseil

d'administration.

Les critiques sont tout de même nombreuses à l'égard d'une règle contraire au droit européen, et des règles de concurrence. Selon le professeur Peter Heermann de l'université de Bayreuth, « devant le tribunal de la concurrence la règle n'aurait aucune chance ». L'absurdité du cas de Hoffenheim est par ailleurs révélatrice de l'importance de la dépendance économique par rapport au nombre de voix.

 

Les acteurs et passionnés de football allemand se posent des questions d'ordre global: Doit-il y avoir un plafond sur les prix des places? Comment régler les problèmes de corruption et de dopage? Le sport doit-il être autonome de l'économie?


Des ressources en expansion



trophée du champion d'Allemagne

L'entreprise de conseil en management A.T. Kearney a évalué la santé financière des ligues de football professionnelles en Europe. Sans réforme les meilleures championnats auront des déficits de rentabilités énormes et risquent la banqueroute à terme. Pour les clubs la situation est la même, les clubs de Premier League ont un bilan financier négatif de 5%, de 7% en Espagne, et de 12% en Italie. Au contraire, du côté allemand et français, les résultats sont positifs. Les déficits se creusent du fait de la croissance des rémunérations des joueurs, et du coût des transferts.

La Bundesliga est le championnat qui compte la plus grande affluence, en plus, l'organisation de la coupe du monde 2006 a doté l'Allemagne de grands stades modernes. Les recettes de billetterie sont donc très élevées, même si le coût des places est encore bon marché. La plupart des stades ont été construits au début des années 2000 en préparation du mondial, même les clubs n'ayant pas accueillis le WM (Weltmeisterschaft) ont du suivre ce processus sous peine d'être dépassé par la concurrence, comme Mainz, Bielefeld, Aachen. Le financement de ces stades se fait notamment par le « naming », c'est-à-dire que le stade porte le nom d'une marque, c'est le cas de l'Allianz Arena par exemple. C'est parfois critiqué par les supporters attachés à la tradition d'un club. Le plus grand stade de la Bundesliga est le Signal Iduna Park à Dortmund, qui peut accueillir plus de 80 000 spectateurs. Suivent avec 74 400, le stade olympique de Berlin, et l'Allianz Arena de Munich. Comme dans la plupart des nouvelles enceintes sportives on multiplie aussi les loges dans les stades de la Bundesliga. Ces nouveaux stades et l'engouement né après l'organisation du mondial sont responsables de la forte augmentation du nombre de spectateurs. Le Borussia Dortmund a plus de 79 000 spectateurs de moyenne! La moyenne de tous les clubs a doublé entre les années 80 et aujourd'hui, jusqu'à atteindre 40 000 spectateurs.

 

Les recettes principales des clubs proviennent des ventes de droit à la télévision. La fédération répartit les droits en fonction des performances et du classement final des clubs. Le premier peut gagner au maximum 23,3 millions et 11,7 millions au minimum, auxquels s'ajoutent les faibles gains des ventes des droits à l'étranger ( un des points forts de la Premier League). L'augmentation des droits télévisuels depuis les années 90 a encouragé l'inflation exponentielle des salaires des joueurs et des entraîneurs. En 1995, l'arrêt Bosman a quant à lui favorisé l'augmentation du coût des transferts. Le transfert record de Mario Gomez du VfB Stuttgart au Bayern Munich a atteint 30 millions d'euros.

Les budgets des clubs allemands ont simplement subis quelques turbulences en 2002. Le retrait de Kirch-Pleite, le groupe qui retransmettait la Bundesliga marque une césure. Les clubs furent obligés de réduire et consolider les budgets et de trouver des ressources nouvelles. La dépendance aux droits TV est de ce fait moins forte en Bundesliga qu'en France par exemple, où Canal + porte les clubs à bout de bras. Aujourd'hui, les droits de retransmission des matchs représentent simplement 37% du budget des clubs en moyenne, auxquels s'ajoutent 16% de merchandising, et 7% de gain par les transferts. En 2009, la Ligue a tout de même obtenu 1,26 milliards de droits télé de la part d'ARD (chaîne publique) et de la télévision payante, soit 420 millions par saison sur trois ans.

Les clubs sont aussi des entreprises qui emploient du personnel administratif et commercial. Au total en 2007, 34 000 personnes travaillaient directement ou indirectement pour les clubs de première et seconde division de la Bundesliga. La répartition des sommes portent à controverse par contre.


Ce bilan partiel de l'activité économique et des réglements qui l'encadrent sont à mettre en perspective avec celui des concurrents étrangers. Les clubs allemands ont un potentiel économique et sportif énorme, qui devrait leur permettre de faire leur retour sur le devant de la scène européenne.

 

Alexandre Rigal, 20/07/2010








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