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 En pleine coupe du monde de la FIFA 2010, alors que les drapeaux noir-rouge-or fleurissent un peu partout sur les balcons, les voitures des Autonomes d'extrême-gauche ont lancé un grand concours : Capturer un maximum de drapeaux. Témoin d'une normalisation du patriotisme allemand qui ne plait pas à tout le monde, la « querelle des drapeaux » fait rage.  


« 1657 haillons noir-rouge-or »



Les membres du commando devant leur butin.

 Les règles du jeu sont simples, tout ce qui porte les couleurs de l'Allemagne rapporte des points. Ainsi on gagne un point pour un fanion de voiture, deux pour un sifflet, trois pour une écharpe, cinq pour une perruque, et 15 pour un maillot de la Mannschaft.... Bien sûr photos et vidéos doivent prouver l'existence de ces prises de guerre. À ce jeu, le commando Kevin-Prince Boateng-Berlin-Est, du nom du joueur ayant foulé aux pieds la cheville et les rêves de mondial de Michael Ballack,** revendiquait le 23 Juin un total de « 1657 haillons noir-rouge-or » pris à l'ennemi, faisant d'eux les meneurs de la compétition. Dans un communiqué agrémenté de photos où ils apparaissent encagoulés devant un monticule de drapeaux, ils fustigent la renaissance d'un patriotisme allemand lors d'événements, comme la coupe du monde, voire la victoire de Lena Meyer-Landrut à l'Eurovision ou encore l'élection de Benoit XVI.

 


« Contre la résurgence du racisme et du nationalisme »



Supporteurs allemands fêtant la victoire de leur équipe.

Ce patriotisme, particulièrement vivace autour du Onze allemand se manifeste par une prolifération de drapeaux et de fanions qui éclosent subitement sur les automobiles et les balcons. Heureux jusqu'à la défaite contre l'Espagne, des parterres de supporteurs envahissent bars et écrans géants, comme autant d'herbes folles qui provoquent l'ire des Autonomes pressés de sarcler l'endroit. Ces réactions ne sont pas nouvelles, déjà en 2006 des drapeaux avaient été déchirés et des supporteurs arrosés dans le quartier de Friedrichshain tandis que durant l'Euro 2008 des fanions volés avaient été étendus entre des réverbères dans les quartiers de Kreuzberg et de Friedrichshain. Ces militants d'extrême-gauche souvent issus des mouvances antifascistes comme l'Antifa critiquent la « résurgence du racisme et du nationalisme » que déclencheraient ces grands événements sportifs, par « l'exacerbation des oppositions entre les pays ». Ainsi un porte-parole des « autonomen WM-Gruppe » explique au quotidien populaire Bild que le fait d'agiter un drapeau n'est pas pour eux « un acte apolitique mais plutôt une rechute dans une pensée territoriale ainsi que l'entretien d'un ressentiment nationaliste ». Le Commando Kevin-Prince Boateng va plus loin, en accusant les Allemands de « chercher, dans la Mannschaft, une référence identitaire occultant ainsi l'histoire, l'État allemand, et son présent : celui de la guerre d'Afghanistan, du National-socialisme des innovations du capitalisme et de sa quête de pouvoir au travers de sa politique européenne... »

 


« Ce n'est pas parce que ce sont des migrants qu'ils sont différents des autres supporteurs allemands ».



Le drapeau de la discorde, celui d'Ibrahim Bassal.

 Dans cette même logique, le quotidien berlinois Tagesspiegel rapporte qu'Ibrahim Bassal gérant du « Bassal's Elektroshop » dans le quartier de Neukölln s'est ainsi vu reprocher par plusieurs jeunes de soutenir le nationalisme et de réveiller des sentiments nazis au sein de la population allemande. Dans cette boutique située au bas d'un immeuble de cinq étages sur la façade duquel grimpe un gigantesque drapeau de 22 mètres de haut sur 5 de large, les Autonomes sont revenus à trois reprises pour l'incendier, le déchirer puis l'arracher. Campé sur ses principes et résolu à défendre le drapeau comme il l'affirme dans le Spiegel, Ibrahim Bassal d'origine libanaise, l'a racheté par deux fois tandis qu'il le garde désormais la nuit avec ses voisins et ne le sort plus que les soirs de match. Amusés par cette résistance et ce rejet imprévus le site fahnenflucht a décidé de décerner un prix spécial de cent points à celui qui parviendra à abattre le drapeau à moins de parvenir à convaincre Ibrahim d'en faire cadeau aux Autonomes. Cette histoire est rapidement devenue emblématique des atteintes aux populations issues de l'immigration dans les quartiers cosmopolites de Neukölln et Kreuzberg sur lesquelles se focalise la presse berlinoise. Les Autonomes se défendent cependant de toute discrimination dans leur action : « Ce n'est pas parce que ce sont des migrants qu'ils sont différents des autres supporteurs allemands ».

Pourtant ces personnes ne comprennent pas que l'on puisse s'en prendre ainsi aux symboles du pays qu'ils ont adopté alors qu'il leur est parfois reproché de ne pas suffisamment s'intégrer, d'autant plus que la composition actuelle de l'équipe nationale allemande est propice à susciter l'adhésion des populations d'origine étrangère. L'expert de la CDU sur les questions liées à l'immigration Burkhard Dregger résume l'incompréhension qui règne au sein de la classe politique : « Nous voulons toujours que les migrants s'identifient à l'Allemagne. Au 36 [au Bassal's Elektroshop] où c'est effectivement le cas, voilà maintenant qu'on le leur reproche. C'est vraiment de la folie ! ».


« Eteindre l'Allemagne »



Logo de l'Antifa

 

L'histoire aurait pu en rester là, si les Autonomes de l'Antifa de Neukölln n'avaient répondu par une tribune publiée sur le site Indymedia en réaction au traitement jugé excessif que fait la presse de la désormais dénommée « querelle des drapeaux ». À défaut d'exprimer le moindre regret pour les personnes concernées, ce texte constitue une attaque virulente contre les médias allemands. En effet, ces atteintes ne seraient pour eux qu'une « occasion de faire croire que les Autonomes s'en prennent sciemment contre les immigrés passant ainsi sous silence les agissements de l'extrême droite ».

La seconde critique concerne cette ivresse dans laquelle est plongé le pays entier tendant à faire de quartiers autrefois stigmatisés comme étant les lieux d'une « société parallèle » où vivent « de grandes familles de criminels », des modèles d'intégration réussie simplement en revêtant une couronne de fleurs aux couleurs de l'Allemagne. Cette participation à la « fête du patriotisme » est selon eux, une façade dont se dote le pays : « celle d'un pays ouvert, multiculturel et pacifique derrière laquelle se cachent l'expulsion des migrants, leur discrimination et le racisme ».

L'argumentaire dérive ensuite, après un détour sur la notion d'intégration, sur un parallèle entre migrants et Autonomes. Ainsi tous seraient victimes, semble t-il, de la « contrainte collective qui forcent les populations marginales à rentrer, si possible sans heurts, dans le moule de la société du plus grand nombre ». Le communiqué qui se termine de manière lapidaire par la phrase suivante « Contre la contrainte collective et l'étroitesse d'esprit nationale – Éteindre l'Allemagne », traduit clairement le caractère antinational des actions de l'Antifa de Neukölln.

 


 Si l'élimination de l'Allemagne face à l'Espagne devrait quelque peu calmer les esprits puisque les drapeaux devraient se faner peu a peu de manière naturelle, les Autonomes vont de nouveau pouvoir passer à l'action dans la mesure où les qualifications en vue de l'Euro 2012 commencent dès le ... 3 Septembre 2010 contre la Belgique.

 

Quentin Schnapper le 09/07/2010

 

* die Fahne : le drapeau en allemand

 

**   http://www.youtube.com/watch?v=D03GuERTMYc.  Vidéo de la faute de Kevin-Prince Boateng, le joueur ghanéen n'est autre que le frère de Jérôme Boateng qui évolue dans l'équipe d'Allemagne.








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CLR /// Freitag, 09-07-10 19:08

Je voulais dire Glückwunsch pour les jeux de mots, méga-réussis!

 
 

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