

Avec pourtant des capacités équivalentes, les élèves allemands de catégories sociales supérieures, contrairement à leur camarades issus de familles plus modestes, poursuivraient de meilleures études secondaires. C'est ce que révèle un rapport de l'« Internationale Grundschule-Lese-Untersuchung (IGLU) ». Dans des régions comme la Bavière ou la Saxe, ils auraient presque 5 fois plus de chances d'obtenir une « Gymnasialempfehlung* », véritable sésame des études secondaires.

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 L'école primaire en Allemagne met particulièrement l'accent sur l'épanouissement de la personnalité de l'enfant.
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Après l'école maternelle (Kindergarten), les petits Allemands alors âgés de 6 ans, rentrent en primaire (Grundschule) pour une durée moyenne de cinq ans (les plus doués n'y resteront que 4 ans). Pendant les deux premières années, les élèves ne sont pas notés, le mot d'ordre étant d'éviter toute pression. L'enseignement des langues est mis à l'honneur et les professeurs, ayant reçu une formation très axée sur la pédagogie, pratiquent des « nouvelles méthodes d'enseignement et de travail ». L'école primaire ne met pas tant l'accent sur la transmission du savoir mais plutôt sur l'épanouissement de la personnalité de l'enfant.
A la fin de ces quatre ou parfois cinq années (équivalent du CM1 ou CM2), l'enfant doit alors choisir avec l'aide de ses parents et de l'instituteur son orientation pour les neufs prochaines années à venir en intégrant un des trois types d'établissement secondaires: la Hauptschule et la Realschule pour les enseignements professionnels et le Gymnasium, l'équivalent du lycée français. La « Gymnasialempfehlung », nécessaire pour intégrer un bon établissement secondaire, est basée sur ses résultats, ses capacités et ses centres d’intérêts. C'est donc très tôt et sûrement trop tôt que ses compétences sont jugées alors qu'on lui a à peine donné l'occasion de développer ses connaissances. La rigueur de la sélection pour l'entrée en secondaire fait contraste avec la conception allemande de l'éducation.

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 Dans certains Länder du Sud de l'Allemagne, les enfants issus de milieux privilégiés auraient en moyenne 4 fois plus de chances que les autres d'entrer au lycée.
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« Des résultats honteux pour une démocratie »
Le rapport IGLU 2006 dénonce la reproduction sociale à travers le système scolaire allemand. Le problème viendrait de la « Gymnasialempfehlung » des instituteurs et accordée bien trop souvent aux élèves issus de catégories sociales supérieures. Alors que dans des Länder comme Berlin, Brandenbourg, et Mecklenbourg-Poméranie-Occidentale la distinction est moins marquée. En revanche, dans certains Länder du Sud de l'Allemagne, les enfants issus de milieux privilégiés auraient en moyenne 4 fois plus de chances que les autres d'entrer au lycée: dans la Sarre le rapport s'élève à 4,52, en Hesse 3,84, en Bavière 3,3 et en Saxe-Anhalt 4,12.
Les écoliers de milieux défavorisés, provenant souvent de familles d'immigrés, font face à de nombreuses difficultés. Outre un environnement familial qui souvent ne faciliterait pas leur développement intellectuel, ils ne bénéficieraient que rarement du soutien parental à la maison au moment de faire leurs devoirs. Un handicap qui a alors de lourdes conséquences sur les résultats de l'enfant même s'il possède les même prédispositions intellectuelles qu'un autre. Dans un pays qui compte plus de 7 millions d'étrangers, le problème n'est pas des moindres. Comment alors avoir la chance d'intégrer un bon lycée l'orientation est si précoce?

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 Seulement 23 élèves de famille modeste auront accès à l'enseignement supérieur.
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Cette ségrégation sociale qui prend racine dès le plus jeune âge, se poursuit également dans les études supérieures. En effet sur 100 enfants provenant de milieux aisés, 85 auront accès à l'enseignement supérieur pour seulement 23 élèves de familles plus modestes. « Ce sont des résultats honteux pour une démocratie » déclare Rolf Dabischat, le président de la Deutschen Studentenwerks (association nationale des oeuvres universitaires allemandes). Les jobs universitaires reflètent aussi cette ségrégation sociale: sur 150 auxiliaires de l'université de Marburg, en Hesse, seulement trois d'entre eux seraient enfants d'ouvriers.
Logiquement, le marché du travail reflète aussi ces inégalités: « La moitié des conseils d'administration des grandes entreprises sont composés de personnes issues de la grande bourgeoisie » estime Michael Hartmann, sociologue spécialisé dans l'étude des élites sociales. La différenciation sociale, tellement intériorisée, a parfois des conséquences caricaturales: « Les enfants privilégiés sont souvent paresseux et pensent qu'ils ont déjà tout. Mais ce ne sont pas des vedettes » souligne Ute Frevert, directrice de l'institut Max Planck pour la recherche en éducation.

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 Le système scolaire allemand cherche maintenant à se rapprocher du français.
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Un modèle en crise
Actuellement, des réformes universitaires sont à l’étude: la réforme du système de bourse et son élargissement aux lycéens, par exemple, est à l'étude. Le système de numérus clausus dans certaines universités pose aussi problème. Jusqu'à 60% des places seraient offertes aux étudiants après un entretien de motivation. «Les professeurs, inconsciemment, pourraient privilégier certains candidats issus du même milieu » craint le sociologue Tino Bargel.
D'autre part, tandis qu'on observe en France une tendance à raccourcir les journées de cours en suivant l'exemple allemand, celui-ci cherche maintenant à se rapprocher du système français. En 2000, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à révélé une triste réalité en comparant les divers systèmes éducatifs du monde: les élèves allemands se situaient en fin de classement des 31 pays étudiés pas l'OCDE. Le morcellement du système, la sélection précoce entre l'enseignement général ou professionnel, mais aussi le rythme scolaire sont remis actuellement en cause. Les parents d'origine modeste ne pouvant pas forcément financer des activités pédagogiques l'après-midi, les cours concentrés le matin ajouteraient aux inégalités déjà ressenties. Les féministes s'insurgent par ailleurs contre ce système ne permettant pas aux femmes de cumuler emploi et éducation des enfants, et qui serait, in fine, responsable du faible taux de natalité allemand. En 2003, quatre milliards d'euros ont été consacrés à plus de 7200 établissements du pays afin d'améliorer les conditions d'éducation. Depuis sept ans, la part d'élèves qui fréquentent une école toute la journée est passée de 9,8 à 17,6 % malgré de nombreuses résistances. "Le développement des écoles à journée complète n'a été qu'une des mesures prises pour faire remonter l'Allemagne dans les classements. D'autres mesures, comme l'assouplissement de la différenciation des cursus dès l'âge de onze ans ou l'apprentissage de langues étrangères très tôt ont eu beaucoup plus d'impact", rappelle toutefois Eric Charbonnier, analyste à la direction de l'éducation de l'OCDE. Dans un pays où la mère tient une place plus que centrale dans l'éducation des enfants, où le taux d'occupation féminine reste relativement modeste, ces réformes tardent à se généraliser et relève du choix de société.
Perle Baillard, le 7/07/10
* recommandation des instituteurs donnant l'accès aux élèves à un enseignement secondaire de qualité.