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Inauguré en mai dernier au cœur de Berlin, 65 ans après la seconde guerre mondiale, la « Topographie des Terrors », le centre de documentation des crimes nazis, entièrement gratuit, ne désemplit pas. Anciennement quartier général de la gestapo et des SS, cet endroit également traversé par le Mur de Berlin, porte les stigmates de l'Histoire. À deux pas du mémorial de l'Holocauste (2005), du bunker d'Hitler et du Checkpoint Charlie, il est l'un des sites les plus visités de la capitale.





 

« Il n'y a pas d'endroit plus lié aux crimes nazis que celui-ci. » C'est ainsi que débute le discours de l'ancien président allemand Horst Köhler, lors de l'inauguration de la « Topographie des Terrors » en mai dernier. Bâti sur l'ancien quartier général de la Gestapo, de la police secrète, des SS et de la sécurité du IIIe Reich, ce nouvel édifice abrite le centre de documentation des crimes nazis. Depuis son ouverture en mai 2010, en tant que bâtiment officiel et permanent, il accueille gratuitement chaque jour des milliers de visiteurs. 

 



Tout au long du chemin tracé entre les panneaux, des photographies et des textes explicatifs (uniquement traduits en anglais au grand dam des touristes venus du monde entier) côtoient les affiches de propagandes témoignant de l'idéologie imposée de l'époque. Entre autres: «Ceux qui ne travaillent pas ne doivent pas manger », un slogan qui coûta la vie à près de 300 000 personnes handicapées. Sur les 800 m2 d'exposition, enrichie d'écrans interactifs, d' extraits sonores et de classeurs d'archives, s'étalent les faits aux yeux de tous : le travail forcé, les camps de concentration, l'occupation des pays d'Europe, la fuite et le suicide des dirigeants comme Himmler, le procès de Nuremberg, les joyeuses réunions des vétérans des Waffen SS quelques années après la guerre...





Difficile d'imaginer pour les citoyens ou touristes de tout âge foulant le sol de la « Topographie des Terrors », qu'ici, en plein centre de Berlin, battait le cœur du pouvoir hitlérien. Qu'ici, dans l'ancien quartier Nazi, à l'angle de l'ancienne Prinz-Albrecht-Strasse et de la Wilhemstrasse, dans ces bureaux, s'organisaient la terreur, la « solution finale », et des interrogatoires finissant dans les geôles où 15 000 prisonniers ont trouvé la mort.

 

 

« Aujourd'hui, nous pouvons à peine croire comment l'histoire de ce lieu a pu être enterrée et oubliée si longtemps. » exprimait l'ancien président Köhler. En effet, après avoir été rasé, dynamité et éradiqué par les alliés, le « lieu du crime » est tombé dans l'oubli. Un oubli peut-être inévitable voire nécessaire pour faire évoluer le pays vers des jours moins sombres, si on en croit les paroles de Konrad Adenauer, chancelier fédéral de la République fédérale d’Allemagne entre 1949 et 1963, citées à la fin de l'exposition au chapitre « Réintégration » : « Je pense que nous devons arrêter la chasse aux nazis, car, si nous ne cessons pas de chercher, alors qui sait où cela finira. »


De « mad land » à « no mans land »


 

Ce n'est qu'au début des années 80 que quelques activistes berlinois entreprirent de déterrer le passé à coup de pelle. Pendant près de 40 ans, les lieux, abandonnés, ont servis de dépôt, de station de recyclage de matériaux de construction, et même de circuit automobile pour apprendre à conduire. Déjà, en 1961, s'est ajouté à la lourde Histoire de la seconde guerre mondiale le poids du béton-armé: jusqu'en 1989, l'ancienne façade nord du numéro 8 de la Prinz-Albert-Strasse était bordée par le Mur de la honte, symbole de la Guerre Froide. Par conséquent, dehors, dans ce cadre qui semble presque irréel, les ruines de l'ancien quartier général de la Gestapo mises à nu sont exposées au public à deux mètres du mur de Berlin, construit 16 ans après la guerre.

Aujourd'hui conservé en l'état, celui-ci garde les séquelles de la nuit du 9 novembre 1989 troué, creusé, tagué « madness ». Comme une cicatrice supplémentaire, il fait partie intégrante de la visite du site historique.


Reconstruire sur le passé pour l'avenir


 

À la fin des années soixante-dix, c'est le plan de construction d'une route à travers la zone qui réveille les consciences sur la mémoire du lieu. Interdit par l'Internationale Bauausstellung *,ce projet marque le départ des nombreuses négociations sur l'avenir du terrain. En 1987, à l'occasion du 750e anniversaire de la ville de Berlin, les ruines du bâtiment sont rendues accessibles au public, agrémentées d'un pavillon de documentation nommé « Topographie des Terrors ». Temporaire, cet accès est finalement devenu permanent en réponse à son succès: plus de 500 000 visiteurs venaient alors sur les lieux chaque année. « Cela témoigne du désir grandissant de reconnaître et de confronter les auteurs, les responsables et les victimes du national-socialisme», estime Horst Köhler.



Face à ce succès, il a donc fallu trouver un compromis afin de marquer ce terrain à tout jamais. Vaste chantier. Après deux appels à projets en 1982 puis 1993, abandonnés pour raisons financières et techniques, c'est en 2005 qu'un troisième concours tranche enfin. C'est l'architecte Ursula Wilms et le paysagiste Heinz Hallman, deux allemands, qui se voient confier la dure tâche de créer un lieu respectueux -mais discret- à la place du sommet symbolique de l'aberration humaine. Pour se faire, 25 millions d'euros ont été nécessaires. Coquette somme, mais utile selon les dirigeants, car il existe de moins en moins de témoins directs des crimes nazis et, « certes l'Histoire ne se répète pas. Mais l'inhumanité peut revêtir des formes nouvelles. » Il est donc, selon eux, dans l'intérêt général de raconter clairement ces événements pour faire «subsister» la vérité à travers le temps.

Le 6 mai dernier, 65 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la « Topographie des Terrors » ouvrait -enfin- ses portes. Trônant sur le tas de gravas qui recouvre le site, le (petit) bâtiment sobre joue sur la transparence. « L'intention est de permettre aux visiteurs de voir à partir de chaque point le premier objet exposé : le terrain lui-même», décrit Andreas Nachama. Ainsi, lorsqu'une personne observe l'exposition, elle peut continuellement regarder vers l'extérieur et contempler le site, comme si le bâtiment entier était une île, une fenêtre sur la mémoire du lieu. À l'intérieur le lourd et sombre béton du sol, les panneaux en suspension, l'espace dépouillé plongent le public dans une atmosphère pudique. Les nombreux spectateurs bariolés, portant casquettes, short et lunettes de soleil jurent un peu avec le gris clair ambiant. Parfois des groupes de jeunes un peu plus excités par la sortie scolaire troublent quelque peu la visite, quand ce n'est pas le bruit d'un touriste perdu qui se cogne contre la baie vitrée encerclant le bâtiment...

 

Toujours est-il que, ouvert au public de 10h à 20h, entièrement gratuit, cet espace de connaissance et du Souvenir laisse la liberté à chacun de méditer sur l'Humanité, à l'exemple de l'ancien président Köhler: « Comment pouvaient-ils [les policiers nazis] organiser des exécutions massives de leur bureau ? Qu'est ce qui les a poussés à agir de cette façon? Qu'est-ce que mes propres parents savaient de cela? Qu'aurais-je fait à leur place? Nous avons besoin de ces questions et des lieux pour nous les poser. Pour comprendre comment l'Homme peut être à ce point inhumain.»

 

Jeanne La Prairie (02/07/2010)

 

Topographie de la terreur

Niederkirchnerstrasse 8

10963 Berlin

Entrée gratuite

10h-20h

U Kochstrasse

S+U postdamer platz

www.topographie.de

 

* Exposition internationale d'architecture, institution mondiale

 








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Loic /// Dienstag, 06-07-10 17:04

Bel article, agréable à lire :)

 
 

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