

D’ici la fin de la saison 2009-2010, l’Opéra de Berlin propose à son programme le spectacle « Shut Up and Dance ! Reloaded», mélange un peu particulier de sept pièces différentes chorégraphiées par les jeunes danseurs de la compagnie. C’est la troisième fois que le Staatsballett de Berlin offre à des danseurs la possibilité de mettre en scène leur propre création, cette fois-ci au Komische Oper.

Tout d’abord, le rideau s’ouvre sur une réinterprétation moderne de La Mort du Cygne, suivi d’un mélange original entre classique et contemporain. S’ensuit un enchaînement de créations toutes très différentes, parfois surprenantes ou maladroites, mais plutôt abouties pour certaines. On y découvre des histoires d’amour, à deux, à trois, des histoires d’abandon ou de passion, sur des musiques allant du classique à l’électro. Sept tableaux sont représentés, le dernier beaucoup plus long que les six premiers, et sept univers s’offrent à nous.



La particularité de ce spectacle réside dans ses chorégraphes : sept danseurs du Staatsballett Berlins, l’Opéra de Berlin, ont chacun eu l’entière liberté de réaliser une création. Les thèmes et les styles sont donc propres à l’imaginaire des jeunes chorégraphes, et le public savourera au moins l’une d’entre elles, si ce n’est plus. Les créations sont assez inégales ce qui peut permettre à chacun de s’y retrouver. Les amateurs de néoclassique trouveront leur bonheur dans la troisième ou la sixième création, le divertissant Feelings of X+1=3 et l’émouvant Sonett XVIII (malgré les costumes un peu ridicules des deux danseurs et leurs duos peu réussis), tandis que ceux qui préfèrent les histoires d’amour déçues apprécieront Will, magnifique duo chorégraphié par Martin Buczkó. Ce dernier réalise également Among Myselves, très belle scène à la fois passionnelle et triste dansée par deux couples autour d’un mur qui en devient presque cinquième danseur.



Will. « Souhait ». Véritable histoire d’amour à sens unique, une femme aime un homme qui la repousse, sur fond de pleine lune qui se rapproche, lentement mais inéluctablement. L’homme se laisserait presque apprivoiser, pendant un instant on y croit, lui aussi. Les deux danseurs, Anissa Bruley et Kévin Pouzou, sont sublimes de sentiments pour elle, d’indifférence pour lui. Leurs performances sont remarquables, l’amour est à la fois palpable et si lointain. Dans un acte désespéré, notre Echo se jette sur son Narcisse, l’enlace avec passion, s’offre à lui avec sensualité. Mais un tel amour est impossible, tous deux le savent, et la séparation apporte le finale de peut-être la plus belle création du spectacle.



Accueil mitigé pour les chorégraphes amateurs
On reste enchanté par certaines chorégraphies, on souhaiterait que d’autres ne se terminent pas, comme To Be Continued, où une musique entraînante s’allie parfaitement au style chorégraphique très personnel de Xenia Wiest, passant du sauvage au sensuel de façon très fluide. Certaines créations sont cependant moins appréciées par la critique, comme la dernière, Egopoint, de Nadja Saidakova, présentée pour la première fois en décembre. Elle y mêle musique techno et danse classique pour raconter la vie des clubs, mais certains auraient préféré que la soirée s’achève à la fin de la sixième chorégraphie… La toute première création ne fait pas non plus l’unanimité par son mélange un peu maladroit de moderne et de classique, sans grande unité ni maîtrise malgré la performance impressionnante des danseurs.
Sept chorégraphies aussi différentes ne peuvent évidemment plaire à tout le monde, mais il ne faut pas oublier que les chorégraphes, bien que plongés dans le milieu, ne sont pas des professionnels, et qu’il s’agit de leur première, deuxième voire troisième création seulement. C’est dans cette optique que le public pourra apprécier un spectacle qui, malgré deux vraies déceptions qui l’encadrent, reste appréciable du point de vue artistique pour son concept tout à fait novateur.



Le 06-07-2010
Sophie Le Ster
Dates :
Les 8, 9 et 10 juillet 2010
Après la fin de la saison, reprise en novembre :
Les 11, 19 et 26 novembre 2010
Le 15 décembre 2010
Le 3 janvier 2011
Mise en scène :
Space Control Area : Kathlyn Pope
Among Myselves : Martin Buczkó
Feelings of X+1=3 : David Simic
To Be Continued : Xenia Wiest
Will : Martin Buczkó
Sonett XVIII : Tim Plegge
Egopoint : Nadja Saidakova
resultats entre 1 et 2 de 2
Comme vous le dîtes, Astrid, cette article parvient à rendre compte d'un spectacle pourtant hétéroclite, et que j'aurais eu, pour ma part, bien du mal à synthétiser. Ne m'y connaissant que très peu en danse, je dirai que les jeunes créateurs ont parfois des idées un peu... comment dire? loufoques, comme les survêtements fluo ou la danse sur fond d'écran windows. Mais globalement, on peut admirer leurs talents, dans certaines créations comme among myselves, et apprécier le spectacle!
Enfin un article franc et touchant sur la danse! J'en attendais depuis longtemps! J'aime voir que m... Afficher davantageême en étant amateur et dilettante, on est capable d'apprécier la danse à sa juste valeur: comme un art. Ainsi, cela prouve que même sans l'oeil aguerri des professionnels, il est possible de différencier le bon du mauvais. La chorégraphie n'est pas un art dans lequel tout le monde peut s'essayer! Ce spectacle le montre! Mais cela permet de révéler également des jeunes chorégraphes en puissance comme David Simic qui malgré son jeune âge fait preuve d'un style éclatant et très vif, plein de personnalité et de retrait vis à vis de ses sources d'inspiration! Feelings of X+1=3 est une création aboutie et pleine de vie qui dans son homogénéité témoigne d'un grand talent et de maturité de la part du chorégraphe! Même si d'autres créations sortaient du lot, plus on y réfléchit, plus le souvenir de celle-ci reste impérissable tout simplement parce que David Simic ne fait pas que créer un enchainement de pas, mais fait vivre la danse!
Sur tous les autres points, je suis parfaitement d'accord avec l'article et son auteur, qui sait se détacher de son programme pour observer plus précisément son propre ressenti sur le spectacle.
Mais il ne faut pas oublier les formidables danseurs qui ont su sublimer les créations les plus réussies mais aussi assumer les moins abouties!
Bravo à tous pour cette belle prestation qui prouve que parfois, il faut bien laisser les rennes aux jeunes! =)