

Mi-juin, l’Institut allemand pour la recherche économique* a publié un rapport sur l’évolution des revenus en Allemagne. L’écart entre les plus fortunés et les plus démunis se creuse toujours plus et ce de façon alarmante depuis ces 10 dernières années, au détriment de la classe moyenne : les riches gagnent de plus en plus et les pauvres… toujours moins.
Des riches plus riches et des pauvres plus pauvres
La comparaison des revenus moyens en Allemagne entre 2000 et 2009 montre qu’un net fossé se creuse entre catégories aisées et catégories défavorisées. En 2000, 18% de la population étaient considérés comme pauvres*, en 2009, ce chiffre s’élève à 22%. Leur revenu mensuel moyen diminue, passant de 680 € à 645 € sur la même période. Pour les classes les plus riches* le schéma s’inverse. Elles sont de plus en plus riches mais aussi de plus en plus nombreuses. En 2000, elles représentaient 16% de la population, contre 19% aujourd’hui. Leur revenu mensuel moyen est passé de 2400 à 2700€. Pour les auteurs du rapport, l’écart entre riches et pauvres risque d’aller en s’aggravant dans le futur.
« Ce processus suit l’évolution du marché du travail », explique Jan Goebel, économiste et coauteur du rapport. Selon lui, même quand le taux d’emploi augmente, le nombre de personnes aux revenus bas stagne. En revanche, si le taux d’emploi vient à diminuer, on assiste alors à une nette augmentation du nombre de personnes concernées par les bas revenus. A ce rythme, indépendamment de la conjoncture, le pourcentage de personnes pauvres ne diminue donc jamais.
D’autre part, le projet d’économiser 80 milliards d’euros d’ici 2014 annoncé par Angela Merkel ne devrait pas améliorer la situation, puisqu’il prévoit entre autres la suppression de près de 15 000 postes dans la fonction publique et l'abandon de certaines allocations, notamment pour les chômeurs.



La classe moyenne victime de cette évolution
Avec l’augmentation du nombre de personnes pauvres et de personnes riches, la part de la classe moyenne se réduit. Or une classe moyenne forte est nécessaire pour maintenir une bonne stabilité de la société selon Martin Gornig économiste au DIW. Dans un pays où la recherche du consensus est si prisée, « l’économie sociale de marché » modèle de société aux contours non arrêtés mais qui suscite l’adhésion d’une très grande majorité pourrait à terme être menacée. En effet une large classe moyenne, la fameuse « Mittelstand », semble être le socle indispensable du modèle. En Allemagne, les personnes dont les revenus se situent entre 860 et 1844 € par mois constituent la classe moyenne. Elles représentaient 64% de la population en 2000, elles ne sont plus que 60% en 2009, et le chiffre continue de diminuer. L’équilibre sociétal se trouve donc menacé par cette évolution pour le professeur Gornig.
L’économiste Jan Goebel sonne l’alarme : la peur de devenir pauvre s’insinue dans une classe moyenne en plein rétrécissement. Les sociologues craignent de leur côté une possible ghettoïsation de la société : les plus pauvres se logeraient presqu’exclusivement dans des habitats sociaux, cela entraînant la création de quartiers entiers composés des personnes les plus démunies.
Le député Ernst Dieter Rossmann du SPD* s’allie aux syndicats allemands pour demander au gouvernement une augmentation des impôts pour les plus aisés. De même, l’instauration d’un salaire minimum légal reste un thème qui fait débat, et une diminution des impôts pour les plus pauvres serait envisageable pour les partis de l’opposition. Mais la CDU* refuse de modifier le projet d’économie d’Angela Merkel, comme l’explique Karl-Josef Laumann, ministre du travail, de la santé et des affaires sociales en Rhénanie du Nord-Westphalie. « Il est préfèrable de cibler l’amélioration de l’éducation pour les plus démunis, ainsi que la création de structures d’accueil pour les tout-petits afin que les mères élevant seules leurs enfants puissent trouver un travail » argumente M.Laumann.
Pessimisme, résignation ou peur de l’avenir deviennent les sentiments dominant, et, pour Jan Goebel, les solutions envisagées actuellement par le gouvernement ne sont pas les bonnes. « Pourquoi au juste les personnes aux revenus élevés ne contribueraient-elles pas au projet d’économie d’Angela Merkel ? », propose-t-il comme une possible réponse au problème.
Le 25-06-2010
Sophie Le Ster
*Das Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung (DIW) : le plus grand institut de recherche économique d’Allemagne. Fondé en 1925, le siège de cette institution à but non lucratif se situe à Berlin, elle est dirigée par le Professeur et Docteur Klaus F. Zimmermann et par le Docteur Alexander Fisher.
*En Allemagne, sont considérées comme pauvres les personnes dont les revenus s’élèvent à moins de 70% du revenu moyen (2731 €).
*Sont considérées comme aisées les personnes dont les revenus s’élèvent à plus de 150% du revenu moyen.
*SPD : Sozialdemokratische Partei Deutschlands, le parti social-démocrate d’Allemagne
*CDU/CSU: Christlich Demokratische Union Deutschlands, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne
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Un avis un peu nietzschéen contre la grisaille du monde moderne, contre le mou démocratique... Moins tentant que l'homme au coeur d'airain, hein?
Bon, on n'a qu'a faire deux pays: -celui de ceux qui s'emmerdent, et qui veulent du sang, des guerres, des luttes de classe, et de l'inspiration pour écrire leurs livres...
- celui de ceux qui veulent boire leur coca tranquilles, folâtrer, faire leur collection de pokemons sans qu'une bombe ne leur tombe dessus ou qu'un plus pauvre ne leur vole leur nouvelle pokeball.
Et, je dirais que pour écrire de bons livres, maintenant, il faut suivre la lignée de ce cher Flaubert, et pour écrire ce "livre sur rien" dont il a tant rêvé, quoi de mieux, on y revient, que la grisaille démocratique.
A bas les inégalités! (youhou)
(seigneur, c'est la première fois que je défends ça sur le plan littéraire) :-)
moi je trouve ça pas mal, d'un côté des riches vraiment riches qui claquent et brillent en Dior, en Yacht etc... ça permet de rêver de l'autre des pauvres vraiment pauvres en mode Dickens ou Victor Hugo, ça a de la gueule!
C'est tranché, ça fait des bon bouquins, des belles télénovellas, c'est pas tiède et ennuyant comme la social-démocratie et autres foutaises européennes!
Et c'est navrant de voir que l'Allemagne ne fait pas exception...
Et de voir les interrogations que suscitent à ce sujet le projet économique d'Angela Merkel!
Il est intéressant, comme le fait l'article, de voir les répercussions qu'auraient l'accroissement des inégalités sur le plan spatiale, la "ghettoïsation de la société", une ségrégation spatiale génératrice de conflit sociaux.
A quand un plan de cohésion sociale qui ne serait pas le pendant d'une quelconque exclusion?
très bonne étude, malheureusement ce constat serait malheureusement valable dans la plupart des pays de l'Union...