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Le 10 juin 2010, l'action Deutschmobil a fêté son dixième anniversaire à Paris. Retour sur le parcours du minibus qui sensibilise les élèves français à la langue allemande depuis l'an 2000.





 

Un partage international

 

L'opération, qui s'inscrivait au départ dans le cadre de l’Année Européenne des Langues, a tout de suite témoigné d'une forte influence allemande. D'après Charlotte Kloesel, lectrice dans la région Midi-Pyrénées : « La création du DeutschMobil était une idée typiquement allemande. Le DeutschMobil a été créé dans l’optique d’aller vers les élèves et les écoles au lieu de les faire venir. Ceci n’est pas dans la tradition française. Souvent les Français sont très étonnés que quelqu’un vienne vraiment vers eux. ».

Dix ans plus tard, l'action se révèle efficace, si l'on en croit les 50% d'inscriptions supplémentaires en allemand LV2 et les 25% d'élèves de plus en allemand LV1 recensées après le passage du DeutschMobil. L'action est également l'occasion d'un partage interculturel. Ainsi, Michaela Heinke, lectrice en Aquitaine, explique : « Quand je rencontre des gens d’autres pays, je suis souvent amenée à parler de l’Allemagne, de nos us et coutumes ou de notre langue. J’aimerais aussi le faire avec les élèves en Aquitaine. Je voudrais leur montrer que l’allemand n’est pas si difficile que l’on pense. J’espère qu’à la fin d’une animation du DeutschMobil, ils seront du même avis. […] L’allemand leur ouvrira des portes dans l’avenir comme le français l’a fait pour moi. ». De même, Charlotte Kloesel avoue : « Je regarde ces visages d’enfants et je me rends compte à chaque fois qu’ils ne savent réellement rien sur l’Allemagne et cela me donne envie encore une fois de tout donner. »

Ludique et dynamique, l'activité du DeutschMobil représente souvent une aubaine pour les lecteurs franco-allemands : le plus souvent pourvus d'un diplôme d'histoire et de langue, les lecteurs du DeutschMobil perçoivent de la fondation Robert Bosch une bourse mensuelle de 1250 euros. A une époque où le marché du travail malmène les prétendants au métier d'enseignant, DeutschMobil offre ainsi une expérience plaisante aux plus talentueux : « Le travail de Deutschmobil demande pleins de talents différents, témoigne Anne-Mareike Schultheis, lectrice de la région Normandie. Il faut organiser, enseigner, être animateur, s'habituer à la presse qui participe souvent aux animations, gérer les finances, être dynamique et très flexible, car il y a souvent des situations inhabituelles où il faut improviser. »

 





La fièvre DeutschMobil : une expansion croissante

 

D'abord limitée aux régions du Languedoc-Roussillon, de la Bourgogne, des Pays de la Loire et de la Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'action s'est rapidement étendue au reste de la France. Depuis septembre 2002, l'initiative a été exportée en Allemagne sous le nom de FranceMobil, avec le soutien de Renault et de la fondation Robert Bosch. Contactée par notre rédaction, la Robert Bosch Stifung n'a pas souhaité nous communiquer le budget qu'elle consacrait à l'opération. Depuis son lancement, FranceMobil a connu une expansion croissante : en huit ans, l'initiative a gagné 3 Renault Kangoo, passant de 9 à 12 véhicules.

Plus récemment, même des élèves canadiens ont eu le privilège de recevoir la visite du DeutschMobil qui a sillonné les routes de Kingston à Vancouver sur une période de trois mois.





L'allemand, une langue en voie de perdition ?

 

Grâce à un succès croissant, l'action DeutschMobil contribue ainsi à éveiller l'intérêt pour une langue dont la valeur semble sous-estimée par les écoliers français : actuellement délaissée au profit de l'anglais et de l'espagnol, la langue allemande est pourtant la langue maternelle d'un européen sur 5, et est utilisée pour 30% des transactions commerciales françaises. Avec une telle performance, elle se place en tête du classement des langues employées en Union Européenne. Pas étonnant donc, que l'on recense deux fois plus d'offres d'emploi pour l'allemand que pour l'espagnol sur le marché du travail français (soit 729 contre 309, selon l'ANPE****).

Malgré ce constat, la langue allemande est encore boycottée par les élèves français, trop souvent victime de préjugés. Ainsi, une élève de 5e témoigne après le passage du DeutschMobil au collège Victor Duruy (Chalons-en-Champagne, Ardenne) : "L’initiation était bien car Carmen était sympa et cela nous a fait découvrir l’allemand. J’ai retenu le quizz qui était marrant. Cela a quand même changé mon avis sur l’allemand mais je n’en ferais pas en 4ème". De même, lorsqu'on l'interroge sur les idées-reçues qui cataloguent la langue allemande, Charlotte Kloesel répond : « Les préjugés les plus tenaces sont que « l’allemand est extrêmement dur à apprendre. La grammaire est très difficile. On ne peut pas l'apprendre. ». Un autre préjugé est que: « Les mots sont trop longs! ». En plus, [les élèves] n’aiment pas le son de la langue. ». Sans ménager nos voisins ibères, Charlotte Kloesel ajoute pourtant : « Contrairement à la grammaire espagnole, la grammaire allemande a une structure très logique. ».

Comme pour déconstruire le cliché, la langue allemande semble actuellement connaître un nouvel engouement en France, notamment porté par la scène musicale avec des groupes germanophones tels que Rammstein ou encore Tokio Hotel. Détonant dans la marée de chansons anglophones qui submerge les ondes, l'allemand semble dégager un exotisme inédit lorsqu'il est mis en musique. Exotisme ou efficacité ? L'allemand n'en reste pas moins un choix stratégique pour l'écolier européen.

 

Mélanie Rembert

23/06/2010

 

*Plénipotentiaire (représentant du gouvernement) de la République fédérale d’Allemagne pour les relations culturelles avec la France de l'époque et actuel Ministre-président du Land de Rhénanie-Palatinat, et ancien président du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands = Parti social-démocrate d'Allemagne).

** Deutscher Akademischer Austausch Dienst / Office Allemand d'Échanges Universitaires

***Du nom de l'industriel allemand philanthrope. En dehors des initiatives franco-allemandes, la fondation soutient de nombreux projets des domaines de la santé, de l'économie, de la culture et de l'éducation.

***Agence Nationale pour l'Emploi

 











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