

Arrivée discrète en New Beetle noire, Monika Kruse nous accorde une interview dans un petit café de Prenzlauer Berg. Ambiance feutrée sur des airs techno, la « Grande Dame de l’électro » nous parle avec simplicité de sa musique, du déroulement idéal d’une soirée, mais aussi de son public. Déplorant le manque de femmes dans sa profession, elle n’hésite cependant pas à nous confier ses bonnes adresses berlinoises pour aller danser. Elle mixera d’ailleurs le samedi 19 juin au célèbre Berghain.

La Gazette: Tu as fait du piano dès ton plus jeune âge. Savais-tu déjà que tu travaillerais dans la musique ?
Monika Kruse: Oui, plus ou moins. Quand j’étais petite, les DJ n’existaient pas encore. Mais c’était mon rêve.
La Gazette: Ton premier Label s’appelle „Terminal M“. Pourquoi as-tu choisi ce nom ?
Monika Kruse: Il devait être ouvert à plusieurs domaines. L’aéroport est aussi un endroit ouvert sur plusieurs destinations, comme le label devrait l’être aux artistes. Ensuite, „M“ peut s’interpréter de différentes manières: Musique, Monika, ou bien Munich. Cette année, « Terminal M » fête ses 10 ans et beaucoup d’évènements musicaux vont avoir lieu, comme un concours de remix.
La Gazette: On dit souvent de l’électro qu’il est commercial ou au contraire qu’il ne l’est pas. Quelle différence existe-t-il pour toi entre ces deux types de musique ?
Monika Kruse : La musique de David Guetta est très commerciale. Mais je distingue encore des différences au sein de la musique commerciale. Il y a des choses qui correspondent à mes gouts personnels. Mais ça ne doit pas forcément passer à la radio. En ce qui concerne la musique non-commerciale, c’est très rare qu’on la trouve dans les Charts. Malgré tout, c’est une musique intéressante parce qu’elle n’est pas plate, mais beaucoup plus spontanée.Ma musique est absolument et définitivement non-commerciale !
La Gazette : Mais, tu as aussi été en tête des Charts en Espagne ou en Hollande.
Monika Kruse : Oui, mais j’avais composé ce morceau sans penser qu’il allait être un succès. Je n’en ai pas fait la promotion et les maisons de disque sont venues à moi pour me demander s’ils pouvaient exploiter mon morceau !

La Gazette : Ou trouves-tu ton inspiration? As-tu une méthode particulière ?
Monika Kruse : C’est toujours un peu différent. Parfois j’écoute de la musique d’autres artistes et ça m’inspire un morceau. Par exemple avec „Latin Lovers“, les voix d’un morceau m’ont plu, mais elles avaient un rythme totalement différent. Je les ai découpé, remixé en ai fait un nouveau morceau. Ou alors je vais parfois au studio sans idée et en commençant à mixer, un morceau me vient. Mais parfois je suis au studio et je ne trouve rien !(Rires)
La Gazette: A qui demandes-tu des conseils pour tes morceaux?
Monika Kruse : Je ne demande l’avis de personne. Je ne suis de toute façon jamais satisfaite à 100% et je dis stop à un moment donné. Mais j’ai quatre ou cinq morceaux à la maison que je ne commercialiserais sans doute jamais et qui ne sont toujours pas parfaits.
La Gazette: Est-ce que tu prépares tes sets?
Monika Kruse: Non. J’achète les vinyles qui me plaisent, c’est tout. Ensuite ils sont toujours dans ma valise et je les utilise quand j’en ai besoin.
La Gazette: Mais, est-ce que tu préfères mixer en festival ou dans un Club?
Monika Kruse : J’ai un public plutôt constant. C’est fantastique, quand dans un festival 20.000 personnes lèvent les bras sur ta musique. Mais c’est beaucoup plus personnel dans un petit club. Je trouve bien le mélange entre les deux : environ un cinquième de festival et le reste en Clubs.
La Gazette : Est-ce que tu regardes les personnes composant ton public?
Monika Kruse: En général plutôt une vision d’ensemble. On ne doit pas se laisser distraire. La plupart du temps, je suis dans mes pensées : quelle musique je vais mettre ensuite ? Est-ce que ça leur plait ? Je ne regarde pas vraiment les gens, mais à travers eux.
La Gazette: Y a-t-il des différences entre tes publics ?
Monika Kruse: Oui, ça varie en fonction du lieu. Les Français de Strasbourg sont de gros fêtards! Les Français de Paris sont un peu plus calmes. A Hambourg ensuite, ils sont plus réservés que dans le sud de l’Allemagne.

La Gazette: Le monde des DJs est un monde d’hommes. Comment te sens-tu en temps que femme ?
Monika Kruse: Il y a des avantages. C’est clair qu’on nous repère tout de suite. Mais il y a aussi des inconvénients, parce qu’il y a de nombreux préjugés envers les femmes. Si une femme fait une faute lors d’un mix, c’est qu’elle ne sait pas mixer ! Mais si c’est un homme, alors il est saoul. Je trouve que notre scène est encore très sexiste. C’est peut être similaire dans le monde du Hip Hop, il n’y a pas tant de femmes et celles qui réussissent, doivent être fortes.
La Gazette: Est-ce que tu connais d’autres femmes DJ?
Monika Kruse : Oui, beaucoup. Ellen Alien est l’une de mes amies personnelles. On était en vacances ensemble. Ensuite il y a encore Miss Kittin, Chloé, Manon, Anja Schneider, Marusha, … et bien d’autres !

La Gazette: Tu as un homonyme en Espagne: Monica Cruz, la sœur de Pénélope Cruz. Est-ce que tu la connaîs ?
Monika Kruse: Pas personnellement ! (Rires) Et puis, on ne se ressemble pas vraiment et j’ai dix ans de plus. Mon nom s’écrit différemment et on est dans un contexte techno, on doit le savoir ! Mais à l’étranger, il y a déjà eu parfois des confusions plutôt rigolotes.
La Gazette: Tu es allée au festival de l’Inox à Toulouse en mai 2010. Est-ce que tu as souvent été en France ?
Monika Kruse: J’y suis allée en vacances parfois, pour faire du ski, mais je suis aussi allée aussi à Paris, Nice, ou en Corse. Ma région préférée, c’est le sud de la France bien sûr.
La Gazette: Est-ce que tu connais quelques mots en français ?
Monika Kruse: Je parle un peu français, mais je ne peux pas vous parler maintenant, c’est gênant. Quand j’ai bu un peu d’alcool c’est beaucoup plus simple.

La Gazette: Tu as mixé à Munich et à Berlin. En quoi ces deux villes ne se ressemblent pas?
Monika Kruse: Il y a une différence entre les personnes. Munich a un sens de la fête. Autrefois quand j’y ai grandi, on organisait des fêtes illégales et on avait donc une réelle scène “Underground“. J’ai moi-même participé à des fêtes dans des maisons vides, où la police débarquait ! Quant à Berlin, c’est simplement Berlin ! (Rires).
La Gazette: Berlin est en effet très connue pour sa scène électro.
Monika Kruse: Les grands noms ne déménagent pas à Berlin pour rien. Il existe une scène très dynamique, aussi bien au niveau des clubs qu’au niveau de la scène „Underground“ : pour certaines fêtes, il n’y a parfois aussi qu’une seule page internet, où l’on doit s’inscrire
La Gazette: Tu mixes régulièrement au Berghain. Est-ce que tu vois une différence avec les autres discothèques de Berlin ?
Monika Kruse: Je trouve le Berghain très bien pour plusieurs raisons. D’abord, ils font un très bon « Booking ». Ils essayent de présenter du nouveau en invitant des DJs inconnus et expérimentaux. Ensuite, le bâtiment renvoie à lui seul à la Techno et l’aménagement du complexe est extrêmement bien. Tu peux discuter, mais tu ressens la musique dans tout ton corps ! Le public est aussi en majorité plus âgé. J’ai rencontré des amis au Berghain et aujourd’hui, c’est comme ma deuxième maison.
La Gazette : Quels sont pour toi les meilleurs clubs de Berlin ?
Monika Kruse : Le Berghain, le Watergate et le Weekend Club.
La Gazette: Quels quartiers de Berlin est-ce que tu préfères?
Monika Kruse : Prenzlauer Berg et les coins de Schlesisches Tor, Bergmannstrasse, Kiez et Kreuzberg.
La Gazette : Pour finir, après 20 ans de carrière, tu aimes toujours autant ton métier. As-tu une recette miracle ?
MK : Ma recette, c’est d’aimer la musique. J’offre une partie de moi-même. J’aime cette musique, et si les gens l’aiment aussi et oublient leurs soucis sur la piste, ça me réjouit d’autant plus !
Elodie Mareau
Assistée par Yaëlle Wolf
17.06.2010
Article sur Monika Kruse: www.lagazettedeberlin.de/6145.html
Site officiel: www.monikakruse.de
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