Le salon de l'aviation de Berlin a ouvert ses portes mardi 8 juin avec son lot de surprises: l'annonce d'une commande de 32 Airbus A380, la présentation du nouveau porteur militaire A400 d'EADS, la mise en place par le gouvernement allemand d'une taxe sur les billets d'avion au départ de l'Allemagne et enfin, l'assurance pour Berlin de garder le grand rassemblement aéronautique.



Ici se croisent des avions, beaucoup d'avions... et de l'argent, beaucoup d'argent. Le salon aéronautique de Berlin est un des trois plus importants rendez-vous des professionnels de l'aviation. Il se tient tous les deux ans à l'aéroport Schönefeld. Depuis le mardi 8 juin, jusqu'au dimanche 13 juin, 1153 exposants ainsi que des délégations officielles venus de plus de 43 pays se réunissent. Un record de participation «qui est la preuve de la confiance des acteurs en la croissance de l'industrie aéronautique » a déclaré, satisfait, Thomas Enders, le président de l'Union fédérale de l'industrie aérospatiale allemande (BDLI) et accessoirement président d'Airbus. Cette année, la Suisse est le pays invité d’honneur. La confédération helvétique ne compte pas de grands constructeurs aéronautiques, mais accueille sur son territoire de nombreux sous-traitants essentiels qui espèrent attirer l'attention sur leur savoir-faire lors du salon.

11,5 milliards de dollars, « la plus grosse commande jamais enregistrée » pour Airbus
 |  |

|
 Sheik Ahmed Bin Saeed Al Maktoum, le président d'Emirates Airline et Thomas Enders, le président d'Airbus.
|
Cet événement est l'occasion pour la branche d'annoncer les grandes décisions, de présenter les nouveautés et de faire le point sur les marchés. Cette année, c'est Airbus qui remporte la palme avec la commande par Emirates -la plus importante compagnie du monde arabe- de 32 avions A380. Cet achat représente un total de 11,5 milliards de dollars (9,67 milliards d'euros). Il s'agirait là de « la plus grosse commande jamais enregistrée dans l'aviation civile » selon John Leahy, le directeur commercial d'Airbus. L'A380, présenté au public il y a quatre ans lors du même événement, jouit de la plus grande capacité de transport de passagers au monde. Selon Airbus « il est également l'appareil le plus silencieux et dont la consommation de carburant est la plus faible.»
Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, la compagnie aérienne brésilienne TAM a annoncé la commande de 20 Airbus A320 et 5 Airbus A350-900. Ces deux contrats ont profité du niveau particulièrement bas de l'euro actuellement, ce qui pourrait en encourager d'autres. Sans fournir un effort particulier les A380 se sont ainsi retrouvés 20% moins chers, le prix une fois exprimé en dollars. La baisse violente en quelques semaines de la monnaie européenne est plus qu’une aubaine pour l’avionneur, qui lutte habituellement pour gagner un infime gain de productivité. La chancelière Merkel, présente lors de la signature du contrat, s'est réjouit de la nouvelle : suite à cela 20 000 emplois devraient être conservés et assurés en Allemagne. « Nous sommes heureux et extrêmement fiers » a avoué Thomas Enders.
Satisfaction aussi lors de la présentation de l' A400, le nouvel avion de transport militaire, qui avait failli ne jamais voir le jour. « Les tests se déroulent bien », se sont félicités les responsables du groupe, la semaine dernière.
Cette reprise des affaires tombe à point pour EADS qui tente de faire oublier les coups durs. Entre autres, le gel de nombreuses commandes de l’A380 suite à des « problèmes de câble » et les retards de livraison. D'ailleurs, il y a encore dix jours le gouvernement allemand suspendait ses achats d’hélicoptères Tigre d’Eurocopter (filiale d’EADS) pour des problèmes techniques.
EADS redore donc peu à peu son blason. Pour cela, tous les moyens sont permis, même la coupe du monde. Ainsi, le premier vol commercial A 380 de la Lufthansa a transporté le 6 juin dernier la Mannschaft (l'équipe nationale de football allemande) vers l'Afrique du Sud pour le mondial de football, avec, à son bord, la chanteuse Shakira. Un gros coup de publicité réussi pour la compagnie et le constructeur européen.

Une nouvelle taxe sur les billets, fille de la rigueur budgétaire
Le gouvernement allemand a profité de l'euphorie du salon pour annoncer sa nouvelle taxe sur les billets d'avion au départ de l'Allemagne. Cette nouvelle contribution devrait rapporter un milliard d'euros par an à l'État fédéral et fait partie du projet des « 80 milliards d'euros d'économie pour 2014 » annoncé lundi 7 juin 2010.
Emblématique de l’étroite collaboration franco-allemande, EADS ne semble pas souffrir des divergences actuelles entre Paris et Berlin. La gouvernance économique européenne et la gestion de la dette publique ont pourtant été le théâtre de nombreuses incompréhensions. Rassurant, Louis Gallois, président exécutif d'EADS, a déclaré lors d'une conférence de presse du salon : « Je ne suis pas vraiment pessimiste au sujet du dialogue franco-allemand. Les deux pays peuvent avoir des opinions différentes mais ils savent tous les deux qu'ils n'ont pas d'autre choix que de travailler ensemble (…) ils doivent trouver des solutions communes. Si ce n'est pas le cas, il n'y a plus d'Europe, nous le savons. »

 |

|
 Le salon se tient du 8 au 13 juin 2010 à l'aéroport Schönefeld de Berlin.
|


Le prochain salon 2012 restera berlinois
Près de 250 000 visiteurs sont attendus pendant les 5 jours de l'évènement. Le début du salon étant réservé aux professionnels, l'exposition internationale de l'aéronautique de Berlin s'ouvre au public à partir du vendredi 11 juin. Contrairement à ce qui avait été évoqué, cette année ne sera pas la dernière édition berlinoise du salon. Étant donnés les travaux en prévision pour l'automne 2011 à l'aéroport Schönefeld qui accueille le salon depuis 1992, la BDLI (Union fédérale de l'industrie aérospatiale allemande) avait lancé un appel à projet pour trouver une nouvelle place à l'événement. Ces derniers jours, il était question de Leipzig, mais finalement c'est Selchow qui l'emporte, le village voisin de Schönefeld. Le ministre-président du Land de Brandebourg Matthias Platzeck a déclaré être « extrêmement content de la nouvelle», permettant à la région de conserver la vitrine dynamique de l'industrie aéronautique allemande et ses 1250 emplois.
Aéroport Schönefeld
ouvert au public du 11 au 13 juin 2010
10h - 18h,
19 euros, 12 euros (tarif réduit)
Gratuit pour les enfants de moins de 6 ans.
S 45, S 9 Berlin Schönefeld Flughafen
Jeanne La Prairie
11/06/2010