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 Courtoisie de Sammlung Boros
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De bunker à prison… à entrepôt de fruits et légumes… à club techno sadomasochiste…, et à collection privée d’art contemporain. Voilà ce que l’Histoire a réservé au bunker de la Reinhardtstrasse datant de la Deuxième Guerre mondiale. Christian Boros, collectionneur d'oeuvres d'art, a transformé cet endroit particulier pour y présenter des pièces particulières. Malgré deux années passées, l’intérêt du public ne se tarit pas. Le Berghain trésor de la techno, le bunker trésor de l’art contemporain? À vous de voir. Visites sur rendez-vous seulement.

Lorsqu’on arrive au Reinhardtstrasse 20 et que l’on observe le mastodonte de béton qui se trouve devant nos yeux, on se demande bien ce qui pourrait nous y émouvoir. Dès que l’on franchit la porte, on sait que l’on entre dans un lieu déconnecté de la réalité. Un vieux téléphone à roulette, des portes rouillées, la lumière, jamais naturelle, et un champ de vision bétonné glacent l’atmosphère. Les murs, jusqu’à deux mètres d’épaisseur, au look vacillant entre trash et dirty, respirent le passé. En fait, le temps s’est arrêté, tout comme notre portable de fonctionner.
L’histoire du bunker grugé par le temps (les lacérations sur les murs extérieurs parlent d’elles-mêmes) est un autre exemple frappant de l’appropriation et de la transformation constante de bâtiments berlinois nés lors de la Deuxième Guerre mondiale. Avec une collection permanente d’œuvres minutieusement sélectionnées, Christian Boros a donné un nouveau souffle, artistique cette fois, à l’intérieur de ce vieux bloc de béton pas très sexy.
Créations et approche particulières
The Boros Collection présente des créations de plus d’une vingtaine d’artistes pour le moins inusitées : une boule (peut-être disco!) suspendue faite de plaquettes de verre triangulaires changeant de couleur selon l’angle du regard et de la lumière projetée, un ventilateur en fonction suspendu à un fil et tournoyant dans une salle, une installation de néons colorés entremêlés, une cloche sans son battant pivotant continuellement, un cylindre transparent rempli d’eau simulant un tourbillon (on comprend alors d’où vient le bruit résonnant que l’on entend dès l’entrée dans le bunker), et bien d'autres encore.
Ces œuvres (sculptures, installations et performances artistiques) sont en symbiose avec les salles où elles se trouvent et avec l’espace qu’elles occupent. De fait, lors des trois années de travaux colossaux nécessaires à la rénovation de l’intérieur du bunker pour accueillir les œuvres, plusieurs centaines de mètres cubes de béton ont été retirés pour aérer les lieux et permettre des ouvertures de près de 13 mètres entre certains des cinq étages de l'immeuble.

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 Courtoisie de Sammlung Boros
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Quand le passé sert l'art
Des liens et des raccords existent entre l’art et l’espace l’englobant. Un exemple: quelques graffitis colorés, vestige du temps où le bunker était un club trash et considéré comme le plus hardcore du monde avec ses soirées fétiches sadomasochistes, ont été conservés parce que leurs couleurs s’agencent avec celles d’une création posée sur le mur tout près. Dans une autre salle, de multiples lanternes s’entrechoquent à notre passage; le bas plafond rapproche l’installation artistique du visiteur. Les artistes eux-mêmes ont participé à l’installation de leur art. Certaines pièces ont été créées spécialement pour l’exposition qui s’étend sur 2500 mètres carrés.
Même si plusieurs salles sont davantage aérées que d’autres, on peut avoir le sentiment, au terme d’une visite guidée de 90 minutes à travers ce labyrinthe de béton, d’avoir très hâte de retrouver un peu de « vraie lumière » et un bout de ciel bleu. La visite vaut tout de même le coup d'oeil. Le bunker et The Boros Collection se marient bien. L’atmosphère délabrée, figée et statique du bloc de béton nous oblige à nous concentrer davantage sur les œuvres présentées, et, dans un deuxième temps, sur le dialogue entre celles-ci et l’espace.
Qui est Christian Boros?
Le Polonais Christian Boros collectionne les œuvres d’art contemporaines depuis le début des années 1990 et est propriétaire d’une agence publicitaire basée à Wupertel et à Berlin avec laquelle il aurait fait fortune. Son lot de près de 600 œuvres compte des pièces de 67 artistes, tels que Damian Hirst, Olafur Eliasson, Elizabeth Peyton, Wolfgang Tillmans et Anselm Reyle, pour ne nommer que ces derniers. Par ailleurs, lors des travaux de réaménagement, le collectionneur s'est fait construire un penthouse haut de gamme avec piscine, jardin et terrasse sur le toit du bunker.

La petite histoire du bunker
Le Reichsbahnbunker situé près de la gare Friedrichstrasse a été élaboré par Albert Speer, architecte favori de Hitler et ministre au sein de l’Allemagne nazie, condamné au procès de Nuremberg. Construit en 1942, l’abri protégeait les voyageurs (2000 personnes) de la gare pendant les bombardements. En 1945, l’armée soviétique occupe le bunker. Après la guerre, il devient un entrepôt de textile en 1949 et de fruits et légumes en 1957 (d’où le surnom de bunker banane). Après la Réunification, le bâtiment devient une propriété de la République fédérale d’Allemagne. En 1992, le lieu délabré attire les clubbers et se transforme en club techno où les soirées décadentes Fantasy ou Sexperimenta amènent la ville à fermer le bunker en 1995. Christian Boros achète l’immeuble en 2003 et le réaménage de 2004 à 2007. L’exposition commence en 2008.
Exposition exclusive, il faut réserver!
N’entre pas qui veut à cette exposition. Il faut réserver sa place sur le site Internet. Les visites, en allemand et en anglais, se font les samedis et dimanches seulement. Chaque visite accueille un groupe maximum de 12 personnes. Il faut alors y penser plus d’un mois à l’avance! Chaque deuxième dimanche du mois, une visite en allemand est prévue pour familles et enfants. Éventuellement, d’autres expositions seront présentées, mais rien de déterminé pour le moment. Signe que le succès n'incite pas au changement...
Alexandre Dumont Blais
14 juin 2010
The Boros Collection
Reinhardtstrasse 20, U-Bahn Oranienburger Tor, Mitte
Entrée: 10 euros
Pour plus d’information: www.sammlung-boros.de