

Récemment, des milliers d’œufs bios ont été retirés de supermarchés berlinois après que de la dioxine ait été trouvée dans de la nourriture pour volailles. Inquiétude! Le label bio devenu un puissant argument commercial, censé rassurer le consommateur soulève bien des questions. Qu’est-il arrivé? Comment la chaîne de production bio peut-elle corriger le tir? Et surtout, pendant combien de temps des œufs contaminés ont-ils été vendus? Retour sur l’étiquette bio et ses régulations avec les précisions de Lidl et Rewe sur la situation.

Les œufs bio, compte tenu de ce que l’on sait sur le processus industriel classique appliqué à la production des œufs hors agriculture bio, sont un grand succès de la gamme bio. L’incident a donc eu de quoi inquiéter plus d’un consommateur en recherche de sécurité alimentaire. Alors que la réglementation* de l’Union européenne mentionne que le label bio devrait privilégier une production alimentaire qui allie les meilleures pratiques environnementales et l’application de normes élevées en matière de production « dite naturelle », voilà qu’un produit toxique, de la dioxine (un sous-produit des processus industriels), a été trouvé dans des œufs biologiques déjà mis en vente dans les rayons de supermarchés berlinois.
En effet, les chaînes Lidl et Rewe ont retiré des centaines de boîtes d’œufs de leurs établissements dès le moment où elles ont été informées par les autorités que des fermes allemandes avaient produit des œufs contenant de la dioxine. Par précaution, a-t-on précisé alors dans des communiqués, sans confirmer pendant combien de temps des œufs contaminés auraient été vendus… De quoi faire pâlir les mères poules et autres consommateurs soucieux de trouver des aliments sains!

Que s’est-il passé?
Entre décembre et février, un fabricant néerlandais de nourriture pour volailles situé en Allemagne a fabriqué sa nourriture avec du maïs intoxiqué (des milliers de tonnes) acheté en Ukraine. Selon certaines sources, un séchage rapide à haute température du maïs pourrait expliquer la présence de la dioxine. Des fermes ont acheté cette nourriture et des poules ont évidemment fort probablement pondu des œufs « dioxinés ».
L’Office fédéral allemand de protection du consommateur et de sécurité alimentaire qui surveille les aliments a confirmé avoir fait cette surprenante découverte dans la nourriture pour volailles utilisée dans des fermes du Nord-Rhénanie-Westphalie. La présence de la dioxine a par ailleurs été constatée dans des fermes de 9 Landër. Toutefois, il semble bien qu’en Mecklembourg-Poméranie-occidentale, le Land qui produit le tiers des œufs bio allemands, aucune trace de dioxine dans la production d’œufs n’ait été trouvée. Le maïs contaminé aurait été complètement écoulé. Des poules possiblement intoxiquées ont été tuées et la situation serait sur le point de revenir à la normale.
Dioxine?
Le ministère fédéral des Aliments, de l’Agriculture et de la Protection des consommateurs précise que le niveau de dioxine observée ne présente aucun risque sérieux pour la santé humaine. Toutefois, la dioxine est une substance qui peut causer le cancer après accumulation dans l’organisme. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère ainsi la dioxine comme cancérigène. Elle explique que l’ensemble de la population est confronté à une exposition de fond qui ne devrait pas avoir d’effet sur la santé. « Toutefois, vu le potentiel toxique élevé de cette classe de produits chimiques, il faut faire des efforts pour réduire les niveaux actuels de l’exposition de fond. »
La solution passe par un contrôle rigoureux des processus industriels pour réduire dans toute la mesure du possible la formation de dioxines. Ce qui semble ne pas avoir été le cas avec ce fabricant néerlandais…
Et maintenant, que se passe-t-il?
Contacté par La Gazette, le groupe Rewe explique que pour toutes les marques d’œufs bios propres à Rewe, « une déclaration sur l’honneur est exigée voulant qu’aucun maïs de l'Ukraine n’a été utilisé dans l’alimentation pour les volailles et que toutes les obligations juridiques de l’Union européenne en matière d'alimentation sont respectées. » De son côté, Lidl se simplifie la vie, et ne vend tout simplement plus d’œufs bios pour le moment.

Le label bio change son image
À partir du 1er juillet 2010, un nouveau logo biologique de l’Union européenne sera « obligatoire pour tous les produits alimentaires biologiques préemballés au sein de l’Union. » Selon la Commission européenne sur l’agriculture bio, ce logo vise à consolider la confiance des consommateurs et la présence du logo assure le respect du règlement sur l'agriculture biologique de l'Union européenne. Vraiment? L’expérience démontre que derrière un logo, des méthodes de production peuvent quand même faire fausse route… `
Pourquoi acheter du maïs en Ukraine?
Selon la Commission européenne, la demande de produits bio en Europe dépasse l’offre. Ainsi, le déséquilibre entre l’offre et la demande peut expliquer le besoin d’acheter ses matières premières ailleurs. Même si bien sûr des prix attractifs en dehors de l’Union européenne peuvent aussi être décisifs. Prise de conscience des méfaits de l’agro-industrie, des enjeux écologiques? Tendance de fond vers une alimentation plus sûre et saine? Quelles que soient les raisons, la consommation de produits bio ne cesse de croître en Europe.
L’Allemagne, le premier marché bio de l’U.E., connaît toutefois une progression moindre par rapport à d’autres pays de l’Union, mais cette légère inflexion peut s’expliquer par l’ancienneté de l’intérêt pour le bio dans le pays. La République fédérale se distingue aussi de ses voisins par une demande développée par l’offre des hard discounter qui ont ici une place prépondérante dans la distribution. La pression sur les prix est donc ici plus qu’ailleurs un élément essentiel du marché. La recherche du plus bas prix pourrait inciter les producteurs à se munir de nourriture pour volailles moins onéreuse et, conséquemment, amener à acheter du maïs, par exemple, en Ukraine.
Cette situation devrait peut-être inciter les instances européennes et nationales à accélérer la conversion en bio des producteurs. Selon les chiffres de la Commission, l’Union reste importateur de fourrage et céréales bio. Les disparités entre les membres de l’Union sont grandes. Si l’Autriche (avec +/- 15% suivi par l’Italie et la Finlande) est le champion en pourcentage de terres agricoles consacrées au bio, l’Allemagne (5,1%) ou la France (2,6%) ont encore du chemin à parcourir. Un progrès significatif en la matière ne pourra a priori qu’être accompli avec une politique volontariste.
Ainsi, plutôt que de privilégier des céréaliers qui battent régulièrement les records de quintaux à l’hectare, atteignant à force de subventions et d’une utilisation massive de produits phytosanitaires des chiffres parfois surréalistes, serait-il bon d’encourager les conversions au bio, qui peuvent se compléter sur une période de trois ans. C’est le choix clairvoyant de l’Autriche dont les aides à la conversion sont deux fois plus importantes que celles pratiquées dans la plupart des autres pays de l’Union. Cette politique a payé puisque derrière le petit Liechtenstein (avec 30% des terres agricoles en bio) l’Autriche est non seulement le champion européen, mais mondial!
Alexandre Dumont Blais et R.P.G.
22 juin 2010
*Pour plus d’information : eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do