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Cérémonie d'ouverture du "Berlin Pride Festival"

Saison tant attendue, le printemps est synonyme de moult réjouissances : bourgeonnement des fleurs, soleil (ou presque), latte machiatto en terrasse, rencontres amoureuses et … signal de départ des Gay Pride un peu partout dans le monde. La capitale allemande reste fidèle à sa réputation « gay friendly » et organise pour la sixième année consécutive son « Pride Festival » du 1er au 20 Juin. Culture, politique, sport et fête sont au rendez-vous de ces trois semaines qui se clôtureront par la traditionnelle CSD* le 19 Juin.


Le calendrier 2010 prête aux comparaisons : 5 minutes à Moscou contre trois semaines à Berlin. La capitale russe s'était vue interdire la célébration en 2006, le maire y voyant une entreprise "satanique", Moscou a finalement renoué non sans mal avec la tradition le 29 mai dernier. Il a fallu jouer des coudes car même la veille, le rassemblement était encore interdit. Motif : à Moscou on ne manifeste que sur une place et celle-ci était déjà réservée de 9h du matin à 9h du soir pour une manifestation en faveur de Poutine. Après une série de fausses informations pour déjouer les forces de l’ordre doublée d’une organisation minutée, la marche a eu lieu très vite, sûrement trop vite et avec trop peu de personnes mais symboliquement le geste était fort. Symboliquement, la trentaine de militants moscovites vaut les 550 000 participants à la CSD de Berlin en 2009. Symboliquement, cinq minutes c’est déjà plus que dans beaucoup de pays du globe. Et si Berlin organise toute une série de manifestations gay-friendly en Juin, c’est bien parce que le chemin vers l’acceptation de l’homosexualité est encore long et qu’il est temps de sortir du symbolique afin d'arriver à des victoires politiques franches et concrètes.




Affiche des Respect Gaymes

Carton rouge à l’homophobie

 

Berlin accueille le samedi 5 Juin ses cinquièmes « Respect Gaymes », un événement à la fois sportif, culturel et politique. La ministre de la famille Kristina Schröder (CDU) donnera le coup d’envoi des festivités qui se dérouleront toute la journée dans le stade de Prenzlauerberg Jahn-Sportpark. Au programme se bousculent les tournois de football et de streetball, les workshops de rap, breakdance et graffiti et les concerts. Le seul mot d’ordre est de « montrer du respect aux homosexuels ». Selon le président de l’association LGBT de Berlin-Brandenbourg, Jörg Steinert, « il s’agit de se faire rencontrer des homos et des hétéros, des jeunes et des adultes pour casser des préjugés ». Les flyers des Gaymes ont été distribués dans les écoles afin de toucher les jeunes qui, comme l’explique monsieur Steinert sont « les adultes de demain qui vont élever des enfants, qui vont devenir prof et influencer la société ». En 2009, les 58 équipes qui s’affrontaient avaient été formées par les centres de jeunes, les associations sportives et les écoles. La finale sera arbitrée par Gisela von der Aue, Sénatrice berlinoise pour la Justice. Le choix du foot et du hip-hop n’est pas anodin étant donné que ces deux disciplines sont extrêmement touchées par l’homophobie. En effet, selon Jörg Steinert, « à cause d’artistes comme Bushido, beaucoup pensent qu’il faut être homophobe pour devenir rapper ». Marcus Urban est l’ambassadeur de l’événement, un tacle à la déclaration de l’ancien entraineur allemand Rudie Assauer le 12 mars 2010 : « les homos doivent chercher un autre travail que footballeur ». Marcus Urban était un joueur de la jeune équipe de foot de la DDR qui a mis fin à sa carrière tant il était alors impossible d’être sportif professionnel et gay.

 




Ouverture du Pride Festival avec de gauche à droite Marcus Urban, Katty Karrerbauer et Klaus Wowereit

Berlin, la ville qui n’assume pas ses arcs-en-ciel ?

 

Après la pluie le beau temps. Scientifiquement ça donne des arcs-en-ciel. De plus, depuis quelques années, le drapeau à six couleurs flotte au dessus des maries berlinoises pendant le Pride Festival. L’idée a été lancée, sans grande surprise, par les quartiers de Schöneberg, Tiergarten et Kreuzberg en 1996. Il aura fallu attendre 2008 pour que l’ensemble des mairies (douze au total) soient décorées par le Rainbow Flag au moins un jour pendant le mois de Juin. C’est ce qu’aurait dû faire le maire Klaus Wowereit hier, jeudi 3 Juin. Cependant, la veille, Sénat de la ville s’y est opposé car d’après le paragraphe 5 du règlement concernant les drapeaux sur les monuments officiels, ceux-ci ne peuvent hisser un étendard autre que celui de Berlin que lors d’un jour particulier. Ainsi, les bâtiments ne seront colorés que le 19 Juin, date de la Gay Pride. Le ton est monté au sein des associations LGBT** qui se disent « très déçues » ainsi que dans les rangs de l’association des policier(e)s homosexuel(le)s « VelsPol e.V. ». Pourtant, d’après Klaus Wowereit, il n’est pas interdit aux mairies d’hisser le drapeau gay dès maintenant. Depuis, le flou règne. Dans le quartier de Kreuzberg-Friedrischain par exemple, la mairie qui se situe sur la Frankfurter Allee ne sera décorée que le 19 Juin alors que le bureau municipal du quartier s’occupant de l’environnement sur la Yorckstrasse hissera le drapeau dès aujourd’hui.

Cependant, Wowi a jeudi 3 juin tout de même donné le lancement du Pride Festival. Il était accompagné des représentants de l’association LGBT de Berlin-Brandebourg, Marcus urban et de l’actrice Katty Karrenbauer rendue célèbre grâce à la série télévisée, « Frauenknast » (prison de femmes), où elle jouait le rôle d’une détenue lesbienne. Effigie des « Respect Gaymes », la star a même un bus du réseau de transport berlinois à son image.

 




Logo du "Berlin Pride Festival"
copyright "Berliner CSD e.V."

Trois semaines pour convaincre que « Normal ist Anders »

 

Il a souvent été reproché aux organisateurs d’avoir perdu de vue l’objectif premier des manifestations pour l’acceptation de l’homosexualité et de n’en faire que des fêtes hédonistes ce qui pouvait aller à l'encontre des buts initiaux en donnant une mauvaise image de ces évènements. Cette année, pour la sixième édition du Pride Festival, Berlin a choisi un slogan clair et direct « normal ist anders » (« normal est autrement »). L’association « Berliner CSD e.V. » montre du doigt les us et coutumes d’une société guidée par le poids de la norme dont celle de l’hétéronormativité à une époque où pourtant le vocabulaire explose. Les barrières se floutent (et perturbent !) : androgyne, métrosexuel, unisexe, asexuel sont à utiliser avec précaution.

Avec ses 200 évènements, le « Berlin Pride Festival » est le festival culturel gay le plus important d’Europe et ce avec seulement 200 000 euros en poche. Comme l’explique le président de l’association, Robert Kastl à une foule de journalistes enthousiastes « que ce soit au théâtre, à une exposition, au cinéma, lors d’un Workshop ou d’une lecture, le but est de vivre la culture gay de manière « normale » et non communautariste ». Ainsi, la programmation contient par exemple l’exposition temporaire du musée du judaïsme, le spectacle super-star du Friedrichstadtpalast « QI », la pièce de théâtre de Molières « Don Juan » ainsi que des discussions plus sérieuses et engagées comme la conférence de Judith Butler, sociologue et philosophe américaine spécialisée dans les « Gender Studies ».

 




Transgenialer CSD en 2009 à Kottbusser Tor

CSD 2010 : à la fois normale et différente

 

Dans une ville aussi gay-friendly que Berlin, rassembler 550 000 personnes pour la Gay Pride (appelée CSD, lire l’article de la Gazette de Berlin) est tout à fait normal. Comme d’habitude, le prix du Courage Civil sera remis à une femme et un homme dont les travaux et les recherches ont permis une avancée dans l’acceptation de l’homosexualité.

Sur scène monteront Judith Butler et Martin Dannecker, tous deux choisis pour le prix du Courage Civil décerné chaque année. A 55 ans, la philosophe américaine influence encore toujours beaucoup dans le domaine des « Gender Studies » avec notamment sa théorie fondée sur la critique du genre en tant que choix entre le féminin et le masculin. Le sexologue Martin Dannecker est un des plus imminent scientifique de l’homosexualité masculine et co-fondateur du mouvement allemand gay.

Devenue une véritable tradition, la manifestation fêtera ses 32 ans à Berlin avec une différence majeure. En effet le trajet de la marche a été modifié pour se terminer devant la Porte de Brandebourg et non autour de la Siegesäule comme les années précédentes. La colonne de la victoire est en pleine rénovation et ne peut donc accueillir dès 17h la fête de fin de la CSD. Robert Kastl, président de l’association « Berliner CSD e.V. », se réjouit de ce nouveau tracé qui permet aux participants à la CSD d’investir la Porte de Brandebourg où se déroulent normalement les événement politiques majeurs. D’ailleurs, monsieur Kastl réfléchit déjà au trajet des prochaines marches qui doivent forcément se dérouler tant à l’Est qu’à l’Ouest. En effet, la CSD est parfois appelée la « CSD-West », en opposition à la « Transgenialer CSD » ou la « CSD alternative » qui a lieu une semaine après dans les quartiers de Neukölln et Kreuzberg. Cette année, le 26 Juin, le performeur français « Ocean » sera d’ailleurs de la partie.

 

Que ce soit en montant dans le bus des Respect Gaymes ou en participant activement à la CSD, le moi de juin sera particulièrement gay à Berlin. Ces trois semaines de festival ne seront cependant qu’une mise en jambes avant l’été, saison des vacances, de la mise en pratique du leitmotiv « sea, sex and sun » et… de l’Europride début Juillet à Varsovie ainsi que des Gay Games de Cologne début 2010. Affaire à suivre.

 

 

* La Gay Pride est appelée CSD à Berlin. Lire à ce sujet l'article de la Gazette de Berlin "le succès de la Christopher Street Day"

** Lesbian Gay Bisexual & Trans

 

 

Maud Koetschet

04-06-2010

 








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